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Une grande soif d?apprendre?
?Il n?y a pas d?âge pour apprendre?, dit l?adage. Il fait plutôt frais à Chamarel et la cour du centre communautaire est pratiquement déserte cet après-midi. Peu à peu des femmes, dont certaines âgées, munies d?un sac en plastique, envahissent la véranda du bâtiment. Après un brin de causette, elles prennent place autour d?une table. Elles sortent des livres et cahiers de leurs sacs et attendent impatiemment leur professeur.
Au premier coup d??il, tout laisse croire qu?elles sont là pour des cours de cuisine ou pour d?autres exposés destinés aux femmes. Non. Elles se donnent rendez-vous deux fois par semaine à cet endroit pour des cours d?alphabétisation, un programme initié par le ministère des Droits de la femme avec la collaboration de l?International Fund for Agricultural Development (IFAD). Les cours sont dispensés par Gérald Noël, membre de l?association des Amis de Chamarel. Bien que les cours soient ouverts également aux hommes, ces derniers sont peu nombreux. Il n?y a qu?un seul homme les mardis.
L?enseignant qui le fait à titre bénévole a dû scinder le groupe de 30 stagiaires en deux pour leur accorder toute son attention. Les apprenantes se rencontrent les mardis et les vendredis. Ainsi, pendant un an, ces femmes apprendront des choses fonctionnelles notamment comment écrire leur nom et aussi comment lire une facture. ?Je leur apprends des choses qu?elles utili-seront dans le quotidien de leur vie?, explique Gérard Noël.
<B>Dessiner les lettres</B>
Marle Beseguy fait honneur à l?adage qui dit qu?il n?y a pas d?âge pour apprendre. Elle donne également l?exemple aux jeunes qui ne veulent pas faire l?effort de s?instruire. En effet, elle est la doyenne du groupe.
A 64 ans, elle tient son crayon comme une ? grande avec sa main droite et arrive à former des mots dans son cahier. Elle semble satisfaite de son travail. C?est la toute première fois de sa vie qu?elle arrive à le faire. Elle découvre tout un monde.
?Il y a beaucoup des jeunes qui ne savent pas lire. Quand nous leur demandons de nous accompagner, ils refusent.? En face d?elle, un abécédaire traîne sur la table. Il sert de référence aux dames. De temps à autre, elles jettent un coup d??il dans le livre et copient des mots. Gérard Noël fait le tour de la table et montre aux apprenantes ayant quelque difficulté à ?dessiner? les lettres.
Marionne Stéphanore est fière de suivre ce cours. Entre deux lignes, elle arrive à écrire un mot. Elle jette un coup d??il au professeur qui fait un geste approbateur de la tête. ?Mo pas trouvé qui faire nou besoin honté. Au contraire, li éne fierté pour nous. Nous famille ti pauvre. Jamais fine gagne l?occasion pour apprane quand nous ti jeune. Astère nou besoin profiter.? Quelques-unes ont dans le passé cherché le soutien des jeunes scolarisés pour leur apprendre à écrire, mais la réponse n?a pas été positive. ?Zotte péna patience pour appran nous?, déclare Marionne Stéphanore.
Fières d?apprendre, mais peu bavardes car il semble qu?elles sont impressionnées par les flashes des photographes. Au fur et à mesure que la classe se poursuit, les langues se délient. L?une d?elles raconte que ce sont les questions répétitives posées par sa fille qui l?ont poussée à venir apprendre à lire à écrire. Eline Louise se trouve souvent dans l?incapacité de répondre à sa fille écolière en standard III. ?Elle me demande souvent comment écrire un mot et quand elle n?arrive pas à le lire et la seule réponse que je trouve est : ?pas conné?.
En sacrifiant leur après-midi deux fois par semaine, ces femmes savent que la récompense sera grande en retour. Le va-et-vient des voitures sur les routes menant aux Terres de sept couleurs ne semble guère les distraire de leur tâche.
Elles sont toutes intéressées par une seule chose : pouvoir lire correctement un jour. Quand la doyenne du cours s?applique pour apprendre, c?est parce qu?elle se souvient des fois où le facteur déposait une lettre chez elle. ?Croire moi, à chaque fois ki mo gagne lettre mo impatiente pour conné qui éna là-dans. Mo besoin alla cote voisin ou rode enn dimoune pour mo capav lire.?
Quoiqu?il en soit, en sortant de ces cours, les femmes verront le monde différemment. « Il sera possible pour nous de savoir quel bus prendre et lire les nouvelles dans le journal. Cependant, le plus important sera que personne ne pourra nous berner quand on signe un document», conclut Edwige Emilien, une des stagiaires.
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