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Elles ont flirté avec la perfection
Ça commençait à devenir agaçant d?être toujours médaillé d?argent. D?autant plus que l?argent on ne le gagne pas, mais c?est plutôt l?or qu?on perd. En 1979, 1985 et 1990, nos filles échouaient à chaque fois en finale devant les Réunionnaises et les Malgaches. Il fallait bien vaincre le signe indien.
Pour cette mission, Christian Marty, épaulé par Fayzal Bundhun et Roseline Nicole (Team Manager), et une troupe disciplinée et de surcroît disponible, avaient été envoyés aux Seychelles. Ce commando était composé d?un amalgame d?anciennes joueuses, à l?image de Déborah Lily, Danielle Sinasamy et Marjorie Nadal, et de jeunes pousses, comme Rashmi Kamiah, Stéphanie Pompéa, Prisca Cotte, Véronique Ramkissoon, ainsi que certaines fraîchement débarquées du centre national de formation, sans oublier d?autres qui étaient déjà des joueuses confirmées, telles que Richeline Jolicoeur, Sarah Rawat, Joyce Yanasee, Nathalie Ramen et Christine Mooneesamy.
Solidarité, discipline et disponibilité
Comment réussit-on à battre les Malgaches ? Marjorie Nadal, toujours aussi verte malgré la quarantaine bien sonnée et qui évolue au sein des Vallijee Citizens, Danielle Sinasamy, retraitée, et Prisca Seerunghen (ex-Cotte), actuellement en stage au Kenya avec la sélection, ont prononcé la formule magique : solidarité, discipline et disponibilité.
?Ça ne pouvait être autrement. Tout d?abord il fallait jouer pour l?amour du volley et rien d?autre. C?était le cas pour toutes les filles. La solidarité était telle qu?on était imperturbable?, raconte Marjorie Nadal. Danielle Sinasamy, Ti Dan pour les intimes, va même plus loin : ?Nous étions disciplinées sur le terrain et dans notre vie. Et on respectait notre entraîneur.?
Prisca Seerunghen, qui n?avait que 15 ans à l?époque, estime que l?encadrement y a été pour beaucoup dans le succès de cette sélection. ?On n?avait aucun souci. Roseline Nicole, Fayzal Bundhun et Christian Marty s?occupaient de tout. De plus, il n?y avait pas de conflit de génération malgré les différences d?âge énormes entre les joueuses?, évoque-t-elle avec du recul.
Le plus difficile était fait, c?est-à-dire réunir trois générations, venant de différents clubs, dans le contexte de l?époque, sous une même bannière. Il a fallu passer par des stages en France, des sorties où l?idée était de créer cette lidarité. ?Un matin, alors qu?on était en stage quelque part en France, Christian nous disait qu?on allait faire une sortie. Nous étions contentes. Mais avant de partir, il nous faisait remarquer qu?il fallait bien se souvenir du clocher d?une église qui était dans l?enceinte du château où on résidait. On avait marché pendant un bon bout de temps. Puis, soudainement, Christian nous demanda de rentrer deux par deux. Il fallait retrouver le chemin.?, raconte Marjorie Nadal. À Ti Dan de poursuivre : ?Chrisitian voulait développer chez nous la solidarité. Les entraîneurs avaient organisé plusieurs sorties de ce genre pour faire de sorte que nous apprenions à nous unifier. Ils avaient réussi.?
Ajoutée à cette solidarité, il y avait également la confiance. L?arme redoutable de tout sportif. Et cette confiance allait croître au cours de la compétition. ?Dès qu?on avait battu Madgascar lors du premier match en quatre sets, nous étions doublement confiantes. Et nous progressions au fil du tournoi. La victoire de trois sets à rien sur la Réunion nous a boostées encore plus?, explique Prisca.
En fait, Maurice avait battu les Malgaches à trois reprises. ?Le jour de la finale, les organisateurs nous avaient mises dans le même bus que les Malgaches. Déjà ça commençait fort. Elles étaient à l?arrière et faisaient un boucan d?enfer?, se souvient Marjorie et Danielle.
?J?avais peur qu?elles nous jettent un sort. Et on a chanté des cantiques?, raconte Marjorie dans un éclat de rire. Danielle également se rappelle de ce premier duel avant la finale. ?On les avait déjà battues rien que dans ce duel de chants.? Sur le terrain, Maurice concédera un set aux médaillées d?or de 1990 et de 1985. Blessée à la cheville lors du dernier set, Danielle Sinasamy ne sortira pas. ?Christian m?avait demandé de rester. Dans ces moments-là on puise dans ses réserves?, avoue-t-elle. ?Il restait deux points et j?étais au service (13-11).?, poursuit Marjorie. ?L?ambiance était terrible, on n?entendait même pas les consignes du coach. Mais nous étions toutes très confiantes. Déborah était prête à tout casser, Nathalie, c?était une fusée et Dan, la meilleure passeuse que j?ai jamais connue?, témoigne Prisca. Un contre, comme elle avait l?habitude à l?époque, de Nathalie Ramen et l?or était à nous. ?Cétait la folie. Même Christian pleurait?, se souvient Marjorie.
Dix ans se sont écoulés. Parmi les golden girls, seulement quatre sont encore en action. Stéphanie Pompéa (aujourd?hui Elmire) défend les couleurs de l?Entente sportive de Goodlands, Marjorie Nadal et Véronique Ramkissoon continuent à faire la leçon aux jeunes sous le maillot des Citizens et Prisca Seerunghen est à l?Union de Curepipe. C?étaient des volleyeuses d?un autre temps.
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