Le bouc émissaire de l’inflation

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À l’origine, l’inflation était définie comme une augmentation excessive de la quantité de monnaie dans l’économie, une variable facilement mesurable. Depuis l’invention, au XXe siècle, de l’indice des prix à la consommation, l’inflation officielle est calculée sur la base de celui-ci, une construction statistique arbitraire et compliquée qui n’épouse pas la réalité économique. De surcroît, cette approche méthodologique donne lieu à des boucs émissaires de l’inflation, dont l’un s’appelle «l’inflation importée». 

Dans une analyse parue dans «l’express» du 27 décembre dernier, l’économiste Pierre Dinan estime que l’inflation à Maurice est «largement importée». Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que les hausses des prix internationaux de l’énergie, des matières premières, des aliments et du fret frappent durement les pays importateurs comme Maurice. Mais la vraie question, c’est de se demander comment les gens arrivent à acheter des produits qui deviennent plus chers. Si la quantité totale de monnaie restait inchangée, en l’occurrence si les agents économiques (entreprises, ménages et gouvernement) ne détenaient pas plus de monnaie en leur possession, les prix de certains produits baisseraient forcément, ce qui, au final, annulerait l’effet des prix en hausse : le taux d’inflation, qui est une moyenne générale, serait alors zéro. 

Or, lorsqu’une banque centrale imprime l’équivalent d’un tiers du PIB du pays (Rs 158 milliards comme dons au Trésor public et à la MIC), cette création monétaire, qui ne correspond pas à une production de biens et services, signifie plus de monnaie chassant la même quantité de produits, ce qui fait monter les prix. Ces nouvelles unités monétaires, qui ne sont pas créées d’un seul coup, prennent généralement entre 9 et 18 mois pour se propager insidieusement dans l’ensemble des activités économiques. Et c’est ainsi que le pays en subit les conséquences inflationnistes depuis peu. 

L’inflation importée est aujourd’hui un argument usé, n’étant pas la cause principale de la hausse continue des prix. Car cela fait plus d’une année que l’inflation sous-jacente (core inflation), qui exclut les prix alimentaires et énergétiques, est élevée, ayant franchi les 5,0 % en glissement annuel depuis novembre 2021 pour s’établir à 7,4 % en décembre 2022. S’il n’existe pas une grosse différence entre l’inflation sous-jacente et l’inflation globale, c’est parce que les prix de l’énergie sont administrés, n’étant pas dictés par le marché, ce qui protège quelque peu la population contre l’inflation importée. 

Par ailleurs, l’indice des prix à l’importation a reculé de 2,3 % entre le deuxième et le troisième trimestre de 2022, en dépit de la dépréciation de la roupie contre le dollar. Avec le raffermissement de la roupie au dernier trimestre, les prix à l’importation ont sans doute encore baissé. Une désinflation importée est même possible cette année grâce à une récession mondiale et la remontée des taux d’intérêt internationaux. 

Il est bon de préciser que l’évolution du taux de change de la roupie constitue une cause locale, et non étrangère, de l’inflation. Les taux d’intérêt bas, les excès de liquidités, le manque de compétitivité structurelle des entreprises ainsi qu’une consolidation et une diversification insuffisantes de nos exportations, tout cela est le fait de nos propres choix, qui affaiblissent la roupie. 

Ensuite, l’inflation importée n’est pas pour Maurice un phénomène conjoncturel, mais elle est permanente : notre commerce extérieur de marchandises a toujours été structurellement déficitaire. Et pourtant, il y a eu des périodes où le taux d’inflation était relativement peu élevé, comme en 2009 (2,5 %), en 2010 (2,9 %), en 2015 (1,3 %), en 2016 (1,0 %), en 2019 (0,5 %) et en 2020 (2,5 %). 

On admettra, pour utiliser le vocabulaire du dernier procès-verbal du comité de politique monétaire, que «inflation in Mauritius has been influenced by external factors». Les facteurs exogènes influencent certes l’inflation locale, mais ils n’en sont pas la cause ultime. Sinon, pourquoi relever le taux d’intérêt ? C’est, en fin de compte, nos propres politiques qui créent des pressions à la hausse sur les prix, via l’endogénéisation de l’offre de monnaie (produite par le système bancaire lui-même en dehors de tout apport extérieur). Or nulle politique ne peut vaincre les conséquences de l’inflation si elle en est elle-même la cause. 

Lorsqu’on trouve essentiellement des causes étrangères à l’inflation domestique, cela revient à dédouaner les autorités monétaires et fiscales de toute responsabilité dans l’envolée des prix. La vraie cause, comme l’affirment Ramesh Basant Roi et Sushil Khushiram, c’est la politique de «print and spend». Il incombe à la banque centrale de «print» et au gouvernement de «spend». Le fort accroissement du bilan de la Banque de Maurice et du déficit budgétaire contribue largement à nourrir le monstre inflationniste. C’est un animal plus dangereux qu’un bouc.

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