Retour au pré-Covid

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L’année dernière, à pareille époque, les Cassandre n’entrevoyaient pas encore la sortie de crise du coronavirus, certains prévoyant «entre 2 et 4 %» de croissance pour l’économie mauricienne. Mais les effets de la pandémie se sont atténués et, malgré une invitée surprise, la guerre russo-ukrainienne, la normalisation de la vie économique s’est enclenchée, allant de concert avec celle de la politique monétaire. Même si le virus n’a pas disparu, Maurice retrouvera cette année ses allures pré-Covid… 

On s’enorgueillit d’une croissance réelle (après élimination de l’effet prix) de 7,8 % en 2022, plus que le double de 3,5 % de 2021. Si l’on admet que la base statistique de 2021 était faible, il faut aussi reconnaître que celle de 2022 est élevée, ce qui rend tout à fait honorable une croissance de 5 % attendue en 2023. Dans ce cas de figure, la hausse cumulative du produit intérieur brut (PIB) sera de 17,2 % en termes réels, ce qui compensera largement la contraction de 14,6 % de 2020 – soit un retour au PIB réel d’avant-Covid. 

On ne se réfère pas au PIB nominal parce qu’on peut le gonfler artificiellement par le recours à la planche à billets et par «ongoing recruitment in the public sector», selon les mots de Statistics Mauritius. Reste que, si l’on raisonne en dollar, pour défalquer l’effet prix, d’aucuns font valoir que le PIB par habitant est toujours inférieur à son niveau pré-Covid. Pour reprendre les chiffres de MCB Focus, il atteindrait 10 303 dollars en 2023, contre 11 361 dollars en 2019. 

Cependant, le plus important pour une économie en développement n’est pas le niveau de richesse, mais sa progression. Notre PIB par tête a tout de même augmenté en 2021 et 2022 (hausse totale de 7 %), et ce, malgré la très forte dépréciation de la roupie vis-à-vis du dollar. Il n’est pas certain qu’un raffermissement de la roupie aurait propulsé le PIB/habitant au niveau pré-Covid, car il aurait pénalisé nos exportations et notre secteur touristique.

Tout compte fait, il nous faudra une croissance équilibrée, contrairement à 2022 où le tourisme a contribué à lui seul 55 % du taux de croissance. Or la contribution de cette industrie sera encore conséquente en 2023, à condition que la destination retrouve le nombre d’arrivées touristiques de 2019 (1,4 million). Tandis que le secteur hébergementrestauration va croître de 30 %, la manufacture ralentira à 1,5 %, la construction stagnera, et les services financiers ne feront pas mieux que l’année dernière (3,7 %). 

Surfant sur la crête de la croissance, le marché de l’emploi s’est nettement amélioré entre le troisième trimestre de 2021 et celui de 2022. Le taux d’emploi (par rapport à la population) s’est relevé, de 47,1 % à 51,9 %, parallèlement au taux d’activité, de 52,1 % à 56,1 % ; et le taux de chômage corrigé des variations saisonnières a baissé, de 9,6 % à 7,6 %, à l’instar du taux de chômage des jeunes, de 26,4 % à 24,8 %. On s’approche de la situation du dernier trimestre de 2019 quand le taux d’emploi était à 55,8 %, le taux d’activité à 59,6 %, le taux de chômage désaisonnalisé à 7,0 %, et le taux de chômage des jeunes à 23,2 %. 

Ce serait toutefois une gageure de réaliser ces taux pré-Covid en 2023 avec une récession mondiale qui pointe du nez, une hausse continue du taux d’intérêt et une inflation encore loin d’être maîtrisée. En 2019, notre taux de chômage était de 6,7 %, le plus bas depuis 1997, alors que notre taux d’inflation s’inscrivait à 0,5 %, le plus bas depuis 1987. Ceux qui croient à un arbitrage («tradeoff ») entre inflation et chômage sont renvoyés à leurs chères études. La timidité des dépenses des ménages à la fin de décembre montre bien que les hausses de prix freinent la demande de produits et, on le verra, celle de travail. 

L’inflation continuera à s’envoler dans les prochains mois en raison de l’augmentation des tarifs d’électricité, dont la brutalité est caractéristique de la rigidité des prix administrés, par opposition à la souplesse des prix de marché. Le taux d’inflation descendra ensuite sous la barre des 10 %. Mais le ministre Renganaden Padayachy a été honnête de dire qu’un taux d’inflation de 5 à 6 % «est toujours élevé», et que le taux raisonnable pour Maurice est de 3 à 4 %.

La Banque de Maurice devra resserrer sa politique monétaire tant qu’elle n’aura pas accompli son objectif d’inflation qui sera «in a range of 2 to 5 per cent». La fourchette est toutefois trop large pour ancrer les anticipations inflationnistes, d’autant que c’est la méthodologie de moyenne annuelle qui est choisie pour lisser l’inflation. Une politique de ciblage d’inflation doit être plus ciblée, plus précise – 3 % serait approprié ici – et doit utiliser, comme toutes les autres banques centrales, la mesure la plus compréhensible de l’inflation, celle d’une année sur l’autre («year-on-year»). 

Il fut écrit que ce n’est pas avant 2023 que notre économie retrouvera ses couleurs pré- Covid. Mais ce sera un retour à la case départ. Tout reste à faire.

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