La morale économique du football

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L’année qui s’achève témoigne que les Mauriciens se passionnent pour le football, mais très peu pour l’économie. Grands amateurs de foot, ils ont toutefois une pauvre culture économique. Ils croient à tort que c’est le gouvernement qui fait rouler l’économie, que celle-ci doit être vue d’en haut, qu’elle peut progresser sans effort de productivité, que la relance économique passe par la consommation, et que les politiques économiques doivent viser l’égalité de résultats en tant que justice économique. 

Les crises que traverse le pays – hausses de prix, manque de main-d’oeuvre, compétitivité médiocre, surendettement, finances publiques insoutenables – sont révélatrices de notre incapacité à traiter les problèmes économiques de manière sereine et rationnelle. Au cours de cette année encore, les expédients politiques l’ont emporté sur la logique économique, comme en témoigne l’octroi d’une compensation salariale uniforme à tous les employés indistinctement. Les décideurs économiques ont beaucoup à apprendre des mordus du ballon rond, tant il existe des points communs entre le football et l’économie. 

Premier point commun : l’économie, comme le football, est une collection d’individualités. Tous les acteurs économiques n’ont pas le même niveau de capacité, et c’est pourquoi ils donnent des résultats différents et reçoivent des revenus différents. Dans le monde de l’entreprise comme dans l’univers du football, les meilleurs employés doivent être les mieux rémunérés. Si nous n’avons rien à redire des footballeurs les mieux payés du monde (le revenu annuel de Neymar est estimé à près de 82 millions d’euros), nous n’avons pas à être jaloux des revenus de nos chefs d’entreprise, qui ont aussi un talent fou, celui de créer des richesses et des emplois. 

Deuxième point commun : l’économie, comme le football, est un jeu d’équipe. Tout comme chaque joueur est affecté à un poste qui lui convient, un portefeuille ministériel ou une fonction d’entreprise doit être attribué à quelqu’un auquel il sied. Une équipe qui gagne, une économie qui progresse, est celle où chacun excelle dans son compartiment du jeu. Tout ne repose pas sur le capitaine de l’équipe, sur le ministre des Finances. Du plus petit travailleur au plus haut cadre, tous doivent remplir leurs responsabilités pour faire avancer la machine économique. Laquelle peut être grippée par le moindre grain de sable étatique… 

Troisième point commun : l’économie, comme le football, se joue dans un esprit d’unité. Même le meilleur joueur du monde n’a pas sa place dans une équipe s’il ne fait pas cohésion avec ses coéquipiers. Un pays peut avoir des dirigeants visionnaires, mais rien ne bougera sans une vision commune qui implique une entente, même imparfaite, à rebours des intérêts tirés par des groupes de pression. Ce qu’on attend dans les relations entre le gouvernement et le secteur privé, c’est qu’ils regardent dans la même direction. 

Quatrième point commun : l’économie, comme le football, exige de l’efficacité, du travail bien fait, dans la durée. Autant il faut des années d’entraînement avant de devenir un grand joueur, autant la réussite en entreprise passe par beaucoup d’efforts et de sacrifices. Pour obtenir des hausses de salaire, les travailleurs ont une obligation de rendement. Pour développer des activités productives, les patrons sont appelés à prendre des risques, au lieu de chercher des gains faciles dans l’immobilier. Pour soutenir la croissance économique, le gouvernement doit mettre en oeuvre des réformes structurelles. Tout cela forge la productivité nationale. 

Cinquième point commun : l’économie, comme le football, attache une très grande valeur à la méritocratie. Elle récompense les individus qui font le meilleur usage de leurs qualités personnelles, ce qu’on appelle la capacité entrepreneuriale. Telle est la plus grande contribution qu’un individu puisse apporter au bien-être des autres. Les Messi, Mbappe et autre Ronaldo sont des entrepreneurs : ils savent exploiter leurs talents pour faire vibrer toute une nation. Ils créent ainsi de la valeur ajoutée, à l’instar des Musk, Arnault et Ambani qui méritent pareille considération. 

Sixième point commun : l’économie, comme le football, ne fonctionne bien qu’avec un arbitre qui soit impartial. En tant qu’arbitre sur le terrain économique, l’État doit faire respecter les mêmes règles à toutes les firmes, et c’est ainsi qu’il gagnera la confiance des investisseurs. La justice ne peut qu’être procédurale. Autrement, c’est pour protéger les inefficients, les improductifs, les médiocres.

Or, dernier point commun, l’économie, comme le football, fait appel aux meilleurs, quelle que soit leur couleur ou leur religion. Dans nos entreprises comme dans notre classe politique, les Mauriciens s’attendent que les fils à papa fassent leurs preuves, sinon qu’ils cèdent la place aux autres ! C’est la performance qui compte ; le reste, on s’en… foot ! 

Mais nos dirigeants aimentils vraiment le football ?

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