Désamorcer la BoM

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Afin de remplir leur mission de combattre l’inflation et d’assurer la stabilité financière, les banques centrales font souvent des pertes opérationnelles. Elles les absorbent soit en empruntant, soit en puisant dans leur capital. Concernant la Banque de Maurice (BoM), qui a encouru des pertes (non réalisées) de Rs 11 milliards au 31 octobre 2022, non seulement ses emprunts extérieurs ont drastiquement augmenté (à Rs 51 milliards), mais aussi ses fonds propres ont été anéantis. Cela est inquiétant en raison du contexte inflationniste – bien que l’impôt d’inflation, prélevé sur la monnaie en circulation et sur les réserves bancaires, constitue un revenu pour l’institut d’émission – et de la situation de manque de devises (que démontrent les ventes de dollars de la BoM, causant une baisse de ses réserves internationales nettes). Voilà une bombe qu’il faudra désamorcer par recapitalisation de la BoM.

S’il est vrai qu’une banque centrale ne cherche pas la profitabilité, néanmoins elle doit faire des profits pour plusieurs raisons. D’abord, elle est tenue de transférer au gouvernement des dividendes (85 % des profits de la BoM, d’après ses statuts). Puis, le reste du surplus (15 %) lui permet d’accroître ses réserves pour imprévus, des capitaux prêts à être utilisés en cas d’urgence. Ensuite, il est connu dans le monde que les banques centrales qui dégagent des profits sont plus performantes (en réalisant des taux d’inflation plus bas) que celles qui subissent des pertes. Enfin, une banque centrale déficitaire devient dépendante du gouvernement, donc plus vulnérable aux pressions politiques.

Il ne serait pas étonnant qu’en novembre, les pertes de la BoM se soient accrues et que, par conséquent, ses fonds propres soient devenus négatifs. Alors que les rendements de ses investissements de portefeuille demeurent volatils, la BoM doit rembourser plus sur ses emprunts en dollars avec l’augmentation du taux LIBOR (suivant celle du taux de la Fed). De surcroît, au cours de ce mois, pour éponger des liquidités excédentaires, elle a émis beaucoup de titres qu’elle doit financer à des taux de rendement plus élevés.

De plus, la remontée du taux d’intérêt entraîne mécaniquement une baisse de la valeur de marché des obligations de la Mauritius Investment Corporation (MIC) qui se trouvent sur le bilan de la BoM. On y voit d’ailleurs un « mark down » de Rs 2 milliards en octobre. La dévalorisation est encore accentuée par la hausse de 100 points de base du taux repo en novembre. Il faut aussi considérer l’impact du resserrement monétaire sur les risques de crédit de la MIC, la vente des devises et l’appréciation artificielle de la roupie. Tous ces facteurs diluent les fonds propres de la BoM, sauf qu’une revalorisation des terres de la MIC renforcera son bilan.

Des économistes disent que les banques centrales n’ont pas besoin de fonds propres parce qu’elles peuvent toujours imprimer de la monnaie sur laquelle elles ont un monopole. Les citoyens sont obligés d’accepter cette monnaie, et elles ont donc la capacité d’émettre des titres pour financer leurs opérations. Elles peuvent même continuer à fonctionner avec des fonds propres négatifs parce qu’elles ne peuvent pas être mises en faillite, sauf par leur actionnaire, le gouvernement. Or il peut y injecter des fonds pour couvrir leurs pertes.

Toutefois, de nos jours, le pouvoir de l’autorité monétaire est battu en brèche par les monnaies électroniques, les politiques inflationnistes comme le financement du déficit budgétaire par la banque centrale ayant érodé la confiance du public en la monnaie étatique. Forcés de détenir la monnaie de leur pays, les gens ne l’accepteront pas pour autant si elle perd de son pouvoir d’achat. Ils préféreront épargner dans une monnaie étrangère qui est saine. Enfin, la capacité financière du gouvernement est limitée par l’état des finances publiques.

C’est précisément parce que Maurice a un large déficit budgétaire (plus de 5 % du PIB) que sa banque centrale doit avoir un capital de base élevé, qui exclut les réserves de réévaluation (le Special Reserve Fund qui comptabilise les changements des taux de change et des prix de l’or). Vu la faible cote du crédit souverain du pays, des actifs de l’État déposés à la BoM seront, aux yeux des agences de notation comme Moody’s, une sorte de garantie, une forme d’assurance, qui accroît la capacité d’emprunt du gouvernement. Et une autre raison pour la BoM d’avoir beaucoup de capitaux propres est la forte volatilité de notre économie qui l’oblige à stabiliser des secteurs, en particulier le système bancaire.

La recapitalisation de la Banque de Maurice ne saurait se faire par pure création monétaire, une approche inflationniste qui sera en totale contradiction avec sa volonté affichée de juguler l’inflation. Il reste au gouvernement d’injecter des capitaux dans la banque centrale, mais ce sera au prix d’un endettement accru, sinon avec une taxe spéciale sur les banques qu’il a sauvées avec la MIC.

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