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L’heure du choix

16 novembre 2022, 09:00

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L’inflation est la préoccupation majeure de tous les Mauriciens, les ménages comme les opérateurs économiques. Lorsqu’elle était relativement faible, en dessous de 5 % sur un an, on pouvait débattre, certes en vain, de la pertinence d’une compensation salariale. Maintenant qu’elle tutoie un taux à deux chiffres, celle-ci paraît tout à fait logique, mais l’enjeu est de savoir comment la déterminer de manière à ne pas accélérer encore plus la hausse des prix. Car si le gouvernement veut vraiment terrasser le monstre inflationniste, qu’il le fasse clairement, sans l’ombre d’un doute. C’est un choix difficile, qui n’est pas du seul ressort de la Banque centrale : il exige une coordination cohérente entre les autorités monétaires et fiscales. 

Au Royaume-Uni, les politiques divergentes du Trésor public et de la Banque d’Angleterre furent sanctionnées par les marchés, avec pour résultat la démission du gouvernement Truss. C’est inconcevable d’avoir une situation où l’un jette de l’huile sur le feu (trop forte hausse de dépenses et trop forte baisse d’impôts) pendant que l’autre essaie d’éteindre le feu (augmentation brutale du taux d’intérêt). C’est une contradiction à laquelle seront aussi confrontées, «mutatis mutandis», les autorités mauriciennes. 

La Banque de Maurice (BoM) vient de vendre 100 millions de dollars sur le marché domestique pour dire que «this latest intervention aims at further containing inflation in the country». D’accord, mais ce sera impossible de circonscrire l’inflation en défendant la roupie si en même temps le ministère des Finances continue avec une politique qui encourage la dépense, publique et privée. Qui dit plus de dépenses (de consommation et d’investissement) dit plus d’importations et, par conséquent, plus de pressions sur la roupie. 

Face à l’inflation, on peut maintenir sa consommation individuelle si l’on a une épargne qu’on utilise à cette fin. Sinon, on consomme moins en priorisant ses dépenses, ce qui ferait baisser l’inflation. Sauf qu’une compensation salariale intégrale, basée sur le taux d’inflation, permettra aux gens de garder intact leur volume de consommation ; et alors l’inflation demeurera sur son orbite. 

À la BoM Tower, où l’on préfère regarder la «headline inflation» plutôt que la «year-on-year inflation», il faut sans tarder faire le choix d’une cible d’inflation, sans laquelle rien ne pourrait ancrer les anticipations inflationnistes. On voit mal comment l’inflation en moyenne annuelle, qui était déjà à 9,9 % en octobre, descendrait à 9,5 % en décembre, et davantage à 5 % en 2023. Le relèvement du taux d’intérêt prend au moins neuf mois pour exercer ses effets, si tant est que le mécanisme de transmission monétaire fonctionne correctement. De plus, on ne connaît pas encore le quantum de la compensation salariale, laquelle n’est pas ponctuelle, mais intégrée dans le salaire, ce qui du coup accroît les charges sociales. 

À l’hôtel du gouvernement, où l’on aime les politiques uniformes plutôt que le cas par cas, le temps est venu de délaisser la fuite dans l’inflation pour choisir la rigueur budgétaire, la discipline fiscale et la modération salariale. Ici aussi, il convient de cibler, en l’occurrence, les secteurs et les entreprises. Toutes les activités économiques ne sont pas logées à la même enseigne ; toutes les firmes n’ont pas la même capacité de payer. 

Dans le tourisme, qui jouit d’un fort rebond de croissance de 243 % cette année, les employeurs peuvent très bien accorder une compensation salariale de 10 %. En revanche, la croissance fléchit dans des secteurs tels que la construction (1,1 % en 2022 contre 22,7 % en 2021), les TIC (2,2 % contre 6,9 %), le textile (2,9 % contre 8,9 %) et les services financiers (3,0 % contre 4,6 %). Pour eux, le taux d’inflation ne saurait être l’unique critère de la compensation salariale. 

Et puis, les entreprises du secteur privé n’ont pas attendu les négociations tripartites pour mieux rémunérer leurs employés au cours de l’année. Au premier semestre, l’indice des taux de salaires a progressé de 4,5 % dans la construction, la distribution et les TIC, et de 4,1 % dans le textile. Il est vrai qu’entre-temps l’indice des prix à la consommation a grimpé de 7,8 %. Mais en ces temps difficiles, ne convient-il pas de donner une compensation seulement à ceux qui n’ont pas été augmentés pendant l’année ?

Enfin, il fait sens de revenir à une compensation graduée en fonction de l’échelle salariale, afin de favoriser le plus les bas salaires. Mieux, au nom de la solidarité nationale, il n’y a pas lieu d’accorder une compensation au-delà d’un certain niveau de salaire, qui peut être de Rs 25 000, puisque c’est actuellement le seuil imposable des particuliers. Ce ne serait pas si injuste, car 75 % des employés gagnent jusqu’à un revenu mensuel de Rs 25 000, selon Statistics Mauritius. 

Reste à savoir si les fonctionnaires concernés, au lieu de renvoyer dos à dos syndicats et patronat, sont prêts à proposer de tels choix…

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