Société: «Les enfants ne sont pas capables d’inventer de telles scènes sexuelles»

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L’auteur réagit suite à un article paru dans «l’express samedi» du 27 septembre concernant des délits sur mineurs. Disqualifier la parole d’un enfant victime d’abus sexuel équivaut d’une part à protéger l’agresseur et d’autre part à signifier à l’enfant victime qu’il ne sera pas aidé, ni protégé.

Nous sommes choqués et fortement interpellés par cet article paru dans l’express samedi du 27 septembre 2014. Nous sommes nombreux, en tant que professionnels en psychologie, à avoir bénéficié de formations d’experts en abus sexuels.

Ces experts français, britanniques, sud-africains ont plus de 30 ans d’expérience dans l’accompagnement des personnes victimes ou auteurs d’abus sexuels. Dans toute leur carrière professionnelle, ils n’ont été témoins que d’un ou deux cas où l’enfant avait menti sur l’identité de l’agresseur mais jamais sur le fait qu’il ait été victime.

L’intervention du psychologue dans cet article nous pose question. Ses propos ne vont pas du tout dans le même sens que ces experts tels que Martine Nisse, cofondatrice du centre des Buttes Chaumont, centre spécialisé dans les agressions sexuelles. Ni ceux du Pr Christopher Goddard qui a, lui aussi, plus de 30 ans d’expérience dans la protection de l’enfance.

Il est excessivement rare que les enfants mentent dans des situations de violence et de violence sexuelle. Les enfants ne sont pas capables d’inventer de telles scènes sexuelles. Ils n’ont pas la maturité psychique.

Le Dr Pierre Sabourin écrit en 1992 que la parole d’un enfant victime de violence a «valeur d’appel au secours». Si un enfant parle c’est pour que les abus s’arrêtent. Ce n’est pas pour attirer l’attention. Ce n’est pas pour faire du tort à autrui.

Le sommet de 1983 explique le syndrome d’adaptation aux sévices sexuels chez les enfants en cinq étapes principales :

Le secret ou non-révélation

L’enfant est victime, dans plus de 80 % des cas, d’une personne issue de son cercle de confiance, c’est-à dire quelqu’un qu’il connaît, aime, respecte et en qui il a confiance. Dr Muriel Salmona psychiatre et psychothérapeute écrit en mars 2014, «les pédocriminels sexuels sont des prédateurs et ils savent très bien ce qu’ils font. Intentionnellement, ils organisent des pièges et des mises en scène qui ne laissent aucune chance à leurs proies. »

Le sentiment d’impuissance

L’enfant est sous l’emprise de cet agresseur, sous son autorité abusive. Il peut difficilement se protéger, ni se défendre. Ceci parce que cet agresseur qui utilise son corps aux fins de satisfaction sexuelle est la personne même qui est supposée le protéger et l’aimer. De plus, dans les situations traumatiques d’abus sexuel, un système de protection se met en place de manière automatique par la personne victime, pour se protéger de la souffrance extrême ressentie.

Dr M. Salmona poursuit en 2014: «L’agresseur qui isole et terrorise la victime va créer chez elle un sentiment de frayeur, de perte de repères, parfois même un sentiment de danger de mort qui la sidère. Cette sidération empêche de contrôler le stress extrême éprouvé et le cerveau va disjoncter puisqu’il ne parvient pas à moduler la réponse émotionnelle. » La victime sidérée ne peut plus réagir, se défendre, crier, s’enfuir.

Le fait d’être pris au piège

L’agresseur manipule l’enfant, lui offre des cadeaux, lui montre qu’il est le préféré, que c’est un «amour» spécial. L’enfant qui n’a pas pu dire non la première fois se sent coincé. Les mécanismes psychiques en jeu, engendrés par la situation d’abus, font qu’il peut se sentir lui coupable et honteux, alors qu’il n’est qu’une victime.

La révélation tardive non- convaincante

L’enfant pris au piège ne sait plus comment parler de cet abus. Il a peur de ne pas être cru par son entourage.

La rétractation

La rétractation d’un enfant qui a été victime est très fréquente à cause de la pression subie, à cause de la peur, par protection de l’agresseur. «Devant le risque de catastrophe que provoque la révélation, l’enfant choisira de se rétracter», selon Lamour dans Gabel, 1992.

La prostitution est très souvent une conséquence des abus sexuels. Entre 76 % et 90 % des femmes et hommes prostitués ont subi des agressions sexuelles dans leur enfance, notamment des situations d’inceste. (Hill & Kathryn, 1992)

Le Dr Salmona le confirme dans le Livre Noir des violences sexuelles en 2013. Le corps si longtemps considéré comme objet sexuel, objet de plaisir d’autrui, dès l’enfance, peut donc être mis à disposition. La personne étant dissociée, se coupant de son ressenti. Et ayant une image d’elle très fragilisée. Si les mineures prostituées se rétractent, c’est souvent à cause des menaces de mort, de privation, d’être emprisonnées, de la pression subie. Elles se rétractent aussi du fait qu’on leur renvoie que leurs paroles vont briser la famille ou que «dimoun pou coz nou coze» etc. Ce n’est pas parce qu’elles fabulent ou qu’elles ont menti.

Il n’y a pas forcément de la violence physique dans les situations d’abus sexuels. Par contre la violence psychologique et émotionnelle est toujours intense. Elle laisse des traces invisibles mais ô combien néfastes.

Disqualifier la parole d’un enfant victime d’abus sexuel équivaut d’une part à protéger l’agresseur et d’autre part à signifier à l’enfant victime qu’il ne sera pas aidé, ni protégé et renvoyé à l’agresseur. Plus les abus perdureront, plus les conséquences seront graves. Il est capital que toute personne interrogée, qui est supposée éclairer sur cette problématique l’approfondisse et fasse très attention au type de propos véhiculés.

Cela peut causer énormément de tort aux enfants victimes qui essaient de dire ce qu’ils sont en train de subir. Et qui ont besoin d’être aidés et protégés.

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