Croissance et climat

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On commence à se lasser des COP annuelles qui relèvent davantage d’un combat idéologique, pour dénoncer un «capitalisme prédateur», que d’une évaluation honnête des causes réelles du changement climatique. À rebours des oukases du GIEC, des scientifiques de renom, tels Steven Koonin, Camille Veyrès, Pascal Richet, Jean-Louis Pinault et Christian Gerondeau, rarement cités dans les médias, émettent des doutes sur l’importance du CO2 anthropique, et sur l’idée que c’est la hausse du dioxyde de carbone qui fait augmenter la température, et non l’inverse. Mais laissons la science faire son oeuvre en confrontant tous les points de vue. Les entrepreneurs, eux, ont suffisamment de problèmes à résoudre – payer les salaires, obtenir des devises – pour prendre comme des vérités d’évangile les propos alarmistes du secrétaire général de l’ONU.

Personne ne nie le changement climatique, mais le mettre sur le dos de la croissance économique n’aidera pas les populations à mieux s’y adapter. On entrevoit d’ailleurs un découplage entre croissance et climat. Dans son édition du 12 novembre, «The Economist» estime que «some 33 countries have in recent years cut emissions while maintaining growth». Le lien historique entre prospérité croissante et augmentation des émissions de carbone n’a pas été rompu grâce aux énergies renouvelables, mais «thanks to energy-efficiency improvements». Bien plus polluants que les économies capitalistes, les anciens pays communistes ont ensuite réduit leurs émissions lorsque leur niveau de vie s’est amélioré.

On peut en dire de même pour Maurice. Son économie utilise aujourd’hui deux fois moins d’énergie qu’il y a 30 ans pour produire une roupie de PIB : son intensité énergétique, en termes de tonne équivalent pétrole (tep) par Rs 100 000 de PIB aux prix de 2006, est tombée de 1,0 tep en 1990 à 0,42 tep en 2021, selon Statistics Mauritius. Les processus industriels ne sont responsables que de 7 % des émissions de gaz à effet de serre.

Cela s’explique par le changement de structure de l’économie mauricienne. À mesure qu’elle croît, elle développe ses secteurs de service, qui consomment moins d’énergie que la manufacture. La part de celle-ci dans le PIB a diminué de moitié en deux décennies, passant de 24 % en 1998 à 12 % en 2019. À l’inverse, le poids du secteur tertiaire dans l’économie a drastiquement augmenté, de 52 % en 1976 à 76 % en 2022.

La prédominance des services dans la production nationale rend possible une croissance économique infinie parce que de moins en moins tributaire des métaux et des produits chimiques. La notion de «croissance finie» n’a de sens que dans une économie matérielle, et elle devient caduque avec la dématérialisation de l’économie. L’électronique est moins intensive en carbone.

Par ailleurs, il est incohérent de parler des limites de la croissance et de s’émouvoir en même temps d’une récession mondiale. De même, il est absurde de combattre le pétrole tout en souhaitant une baisse de ses prix, qui stimule sa consommation !

La transition climatique est inflationniste avec perte du pouvoir d’achat. Elle revient à mettre un prix (taxation du carbone, réglementation) sur une ressource (l’air) qui était auparavant gratuite (coût nul) : c’est un choc d’offre. Si l’on veut améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments avec de nouvelles normes environnementales, les prix des logements et les loyers de bureau s’élèveront même si éventuellement les économies d’énergie générées constituent des gains.

Au cas où la transition ne serait pas financée par l’impôt, l’État devrait s’endetter : c’est la seule définition concrète de la «dette climatique». Mais le gouvernement ne mettrait pas le pays en banqueroute juste pour épouser la vision idyllique des climato-hystériques !

Les climato-réalistes, eux, savent que la transition climatique engendre un coût économique. Ce que l’économiste français Jean Pisani-Ferry appelle «le conte de fées de la relance par la transition climatique» comporte un coût de capital si important que celle-ci aura un impact négatif sur le PIB potentiel.

D’abord, elle va accélérer l’obsolescence des équipements existants et dévaloriser les brevets et les actifs financiers. Aussi, financer le remplacement des énergies fossiles par des renouvelables, c’est consacrer moins d’argent à l’accroissement des capacités de production ou de la productivité du travail. Puis, la production d’électricité verte exige plus de capital (matériel de réserve, batteries, réseau) que celle d’électricité brune, même si les coûts d’exploitation diminuent ensuite. Enfin, les investissements dans les technologies vertes sont initialement moins rentables que ceux dans les technologies déjà maîtrisées, du fait de la dépendance au sentier de l’innovation.

Bâtir une économie neutre en carbone à l’horizon 2050 ne sera pas indolore. Mais l’optimisme est de mise : l’économie décarbonée est déjà en marche avec une croissance qui réduit son empreinte climatique.

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