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5 credits-HSC: voilà de quoi nous avons peur !
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5 credits-HSC: voilà de quoi nous avons peur !
La question de quoi avez-vous peur, a été posée la semaine dernière, publiquement, à l’occasion d’un événement monté par une institution éducative privée auquel participaient de hautes personnalités politiques mauriciennes et étrangères. Référence était faite à l’exigence du ministère mauricien de l’Éducation des 5 ‘credits’ pour être admis en HSC. La peur a laquelle les autorités font allusion est celle qui anime ceux qui pensent que toutes les portes d’un meilleur destin leur sont fermées s’ils ne sont pas admis dans une classe qui leur permette de terminer leurs études au niveau secondaire. Évoquée ainsi, la question de peur atteste de l’inquiétude qu’une telle mesure provoque chez ceux affectés, et il est bien que les autorités éducatives mauriciennes se soient rendues compte de l’effet qu’une interdiction d’accès à l’école a sur un bon nombre de jeunes qui voulaient compléter les deux ans restant de leur cycle études.
Mais la peur ne devrait pas exclusivement être celle des ‘seniorés’ qui ne pourront terminer leurs études secondaires. Nous devons tous nous inquiéter car se met en place un système pour déterminer de quoi sera fait le destin d’une catégorie de personnes dans notre société. L’atteinte au droit d’accès à l’éducation et la nature régressive d’une mesure qui touche davantage des groupes les plus vulnérables sont germes d’instabilité.
L’éducation pour tous ?
On proclame avec fierté l’avènement d’une «education hub», 60 institutions françaises, plus de 300 centres de formations, d’établissements privés : c’est très bien pour un pays qui peut offrir tant de choix à sa population. Mais quid de l’accessibilité à ces opportunités ? Se donnent-elles à tous sans discrimination, qu’importe l’épaisseur de leurs poches ?
Evidemment, les institutions privées ne sont pas des philanthropes : leur double vocation d’éducateur-marchand, elles la mettent au service des Mauriciens aisés, de ceux qui peuvent payer. Et c’est là où l’État doit intervenir, pour assurer le rétablissement d’un équilibre afin que ne s’aggrave la division entre classes sociales et que ne se précisent davantage leurs frontières. L’État doit assumer sa responsabilité inhérente de prévenir les fractures dans la société, et surtout de ne pas en semer les graines. L’État ne peut ignorer les spécificités de notre système éducatif. Il doit, dans ses politiques, intégrer le fait que la réussite scolaire à Maurice est dans une large mesure dépendante de la disponibilité des moyens financiers, et que ceux au bas de l’échelle comptent sur l’éducation pour s’épanouir, pour ‘se faire une place dans la société’.
Exclusion
Nous sommes dans un pays qui se vante de son régime d’éducation gratuite à tous les niveaux, et le budget public consacré à l’éducation, par rapport au PIB, est important. Toutefois, et cela peut paraître paradoxal, à Maurice, l’argent est une variable déterminante du droit d’accès à l’éducation. Des leçons particulières, des coûts associés à la fréquentation d’un établissement d’éducation primaire, secondaire ou tertiaire permettent à ceux qui peuvent se les payer de meilleures chances de réussir. Comme une fatalité, de nombreuses familles aux revenus en dessous de la moyenne sont exclues du système. L’exclusion pour cause de pauvreté.
Les échecs et réussites sont liés à la puissance et à la domination dans l’ensemble d’une société, créant et renforçant les inégalités. Si certaines catégories de personnes peuvent bénéficier de meilleures opportunités que d’autres, défavorisées par leur situation de précarité, c’est parce que la conjoncture impose ses droits.
Appel
Il y a une semaine, le 20 février, à l’occasion de la Journée mondiale de la Justice sociale, les Nations unies appelaient à réduire les inégalités. L’accès à l’éducation annonçant le droit aux opportunités égales dans la vie, faisons ici appel au sentiment humaniste de notre société pour que soit étouffée toute tentative de discrimination, de fracture sociale. Surtout que cette société prenne conscience des risques qu’elle fait courir à sa propre existence. Voilà pourquoi, au fait, nous devons avoir peur !
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