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Séjour à Maurice en 1860, miroir d?aujourd?hui
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Séjour à Maurice en 1860, miroir d?aujourd?hui
C?est d?abord une photo. Frappante. Celle prise par Modeste Chambay vers 1860. Et conservée au musée de la photographie. Le noir et blanc a statufié la Place d?Armes. Premier repère, la statue de Mahé de Labourdonnais, fraîchement inaugurée le 30 août 1859. Autour, des carrioles, des costumes d?époque, des bâtiments dont certains subsistent encore. Vies grouillantes et colorées.
C?est tout cela et plus encore dont témoigne Alfred Erny. De lui, on ne sait pas si c?était un ?romancier de passage ou un explorateur de renom?. Ce qui est établi, c?est que ce Mauricien né à Port-Louis en 1838 et mort à Paris en 1903, est «chargé d?apporter une appréciation jeune, calme et fraîche ? du Maurice de 1860 ?61. Une commande réalisée pour le compte de Le Tour du Monde, ?revue de vulgarisation géographique en français qui parut de 1860 à 1914?. C?est ce ?reportage (?) rédigé dans un style simple et détaillé ( ?) superbement illustré de gravures sur bois?, que publie la maison d?édition Streak Design. Un beau livre intitulé Séjour à l?île de Maurice 1860 ? 1861 par Alfred Erny, qui a été présenté vendredi.
En guise de préface, Olivier Lalouette, directeur de Streak Design, explique son désir de ?rendre hommage aux artistes parfois oubliés?. Il est en cela épaulé par Annie Lagarde-Fouquet, co-auteur d?une biographie du directeur de la revue Le Tour du Monde, Edouard Charton.
C?est donc à la demande d?Edouard Charton que Alfred Erny revient par steamer dans son île natale. Il a alors 23 ans et son père, ?l?année de sa naissance ( est) notaire à Port-Louis?. Mais comme le souligne Annie Lagarde-Fouquet, en introduction, ?rien dans le récit ne peut laisser supposer que l?auteur appartient à une famille implantée à Maurice depuis plus de 124 ans?.
Alfred Erny est surtout intéressé par le théâtre. Entre 1869 et 1886, il va écrire huit pièces qui seront jouées dans les théâtres parisiens, en particulier le Vaudeville. Mais il aura ?rarement la faveur de la critique et le modeste succès de quelques ?uvres (?) ne lui a pas permis de passer à la postérité?.
?Une bienveillante hospitalité?
Avant d?en arriver là, Alfred Erny se voit confier une mission délicate. En 1861, Le Tour du Monde a publié le récit de voyage de l?Autrichienne Ida Pfeiffer, à Madagascar et à Maurice. Une région sur laquelle la voyageuse porte des ?jugements sévères? avec une ?amertume de langage? mise sur le compte des souffrances de fin de vie de la voyageuse. Edouard Charton demande à Alfred Erny d?être le pendant d?Ida Pfeiffer. D?équilibrer l?opinion du lecteur.
Le reporter donc, commence sa visite à Port-Louis, consignant ses impressions de voyage sous forme de longue description fluide et visuelle. Sous sa plume, on (re)découvre une île où coule des rivières limpides, où poussent des champs de canne et des forets. Avec Erny, on rencontre une ?bienveillante hospitalité?, on profite de talents culinaires d?un Noir nommé Isidore qui ?nous fit un kari bien relevé de piment et de safran (?) des feuilles de bananier nous tinrent lieu de plat, notre dessert se composa de pêches et nous bûmes dans le creux de nos mains?.
Erny nous renseigne abondamment sur les mentalités de l?époque. Il écrit par exemple, ?qu?il faut toujours être sur ses gardes avec les Indiens?, que ?l?Indien est sale et paresseux ; il cherche tous les prétextes pour ne pas aller aux champs et se dit malade pour rester dans sa case?. Un jugement à replacer évidemment dans son contexte.
Il compare aussi le ?Parisien (qui) est souvent hors de chez lui , au ?créole, au contraire( qui) vit enfermé le plus possible?. Il poursuit que ?l?on se visite peu? et note que les ?Anglais n?ont pu assimiler complètement le pays et y détruire l?esprit français?.
*Beau livre publié à 1 100 exemplaires. Disponible à Rs 1 500.
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