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Chronique de la patience

10 octobre 2007, 20:00

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Vous en connaissez beaucoup vous, des ado qui veulent tellement aller à l?école, qu?ils finissent par fuguer ? Pahlad Ramsurrun l?a fait. On est comme cela quand on a 17 ans.

L?homme assis en face de nous a aujourd?hui 70 ans. Il a derrière lui une carrière dans l?enseignement de l?hindi, notamment dans les deux Royal Colleges. Plume prolifique, il est responsable de la publication du magazine trilingue anglais ? français ? hindi, Indradhanush. Sans compter la longue liste d?ouvrages sur l?histoire contemporaine qu?il a signés. Le prochain étant consacré à Manillal Doctor.

Dans la pièce remplie de livres où il nous reçoit, Pahlad Ramsurrun jongle avec deux paires de lunettes. Il prend son temps. Le temps qu?il faut pour raconter ?des incidents?. Les uns cocasses, les autres à la chute pas forcément spectaculaire mais qui livrent par-delà les mots, cet homme émotif, attaché aux valeurs traditionnelles. Aux vertus du travail. Ils racontent l?homme qui a reçu début octobre le Honorary Fellowship in History de l?université de Maurice.

?Achetez-moi une bicyclette pour que je puisse livrer plus de queues d?oignons et de pains et payer ma scolarité?

Comme quoi, même si la vie lui a réservé son quota de traversées du désert, sa soif du savoir, l?a conduit vers l?oasis de la reconnaissance académique.

Retour au fugueur. Qui passe une semaine dans une caverne du côté de La Nicolière, à ?méditer?. A prier ?pou ki bondie fer moi zoinn enn dimoun ki pou montre moi lir ankor?.

A 16 ans, Pahlad Ramsurrun est l?élève le plus âgé de sa classe de sixième, à l?école de Brisée-Verdière. Né à Bois-Jacquot, localité d?Amaury, il est le deuxième des cinq fils d?un planteur de légumes. ?Dans klas mo ti kouma dir enn hero?, se souvient avec humour l?homme de 70 ans, que Pahlad Ramsurrun est aujourd?hui.

Mais il y a une fin à tout. Dans les années 40, la scolarité secondaire est payante. Ses parents n?en ont pas les moyens. Pahlad supplie qu?on l?envoie au collège. Impossible lui ré-pond-t-on. ?Achetez-moi une vache, que je pourrais nourrir et avec ça je pourrais payer mes études?. Impossible, lui répond-t-on. ?Achetez-moi une bicyclette que je puisse livrer plus de queues d?oignons et de pains et payer la scolarité?. Impossible, sera encore une fois la réponse.

Face à un tel mur, Pahlad se révolte. Mieux vaut partir. Une semaine dans les bois, où il vivra de fruits sauvages et de bouts de canne. ?Après quelques jours, je me suis rendu compte que même si mes parents ne pouvaient pas me payer des études, o moin zot ti pe donn moi enn pogne manze?.

Retour du fils prodigue. La maison retrouve sa joie de vivre. ?Les gens disaient que quand quelqu?un passe une semaine dans les bois, il perd sa lucidité, moi, je suis revenu normal ?.

La fête finie, Pahlad Ramsurrun retrouve l?affligeante normalité de son quotidien. Il retrouve l?univers des petits boulots. Un monde qu?il connaît déjà car c?est à cause d?eux qu?il arrivait toujours en retard à l?école. Avant d?aller en classe, il devait faire la tournée pour vendre le pain dans les régions de Sainte-Croix, Riche-Terre et Baie-du-Tombeau. Avant d?aller livrer des queues d?oignons dans un ?ti lotel? de Port-Louis.

Avec les roupies récoltées, il se paie des leçons particulières chez Sookdeo Bissoondoyal pour la Form I à 3. Avant d?intégrer le Port-Louis High School pour la senior. Malgré ses efforts, Pahlad Ramsurrun ne réussit pas aux examens. Une fois, deux fois. ?Boukou foi monn seye?. Il devient professeur de hindi à mi-temps dans une baïtka, tout en continuant à étudier pour le school certificate.

En même temps, Pahlad Ramsurrun décide de participer à un concours de dissertation sur les 60 ans de présence de l?Arya Samaj à Maurice. Avec l?aide d?Anand Mulloo, il finit par écrire un livre de plus de 100 pages. Ce qui lui vaut également une distinction de l?université de New- Delhi. ?Mo tinn fini fer mo plan. Pa al laba zis pou al sers pri me pou al suiv kour ousi?.

Le plan fonctionne, le jeune homme revient à Maurice en 1973 avec un diplôme universitaire en hindi, anglais, histoire et sciences politiques. L?année suivante, il est nommé au Collège Royal de Curepipe. Après des passages au collège Gaëtan Raynal et à la Droopnath Ramphul SSS, il finira sa carrière au Collège Royal de Port-Louis en 1997.

En parallèle, à la fin des années 80, il lance Indradhanush. Quand on lui demande son objectif, il faut se cramponner à sa chaise quand fuse la réponse. ?Quand on a écrit sur l?histoire contemporaine, on a commis des erreurs, que le magazine a cherché à corriger?. En clair, s?intéresser surtout aux pionniers. De 1988 à 1999, le magazine paraît en hindi uniquement.

A la veille du nouveau millénaire, Pahlad Ramsurrun, sensible au fait que le choix de l?hindi exclut les publics francophone et anglophone, opte pour la formule trilingue. Avec le concours d?Yvan Martial, qui fait désormais partie du comité éditorial.

Depuis, Indradhanush s?est attaché à l?analyse d?auteurs locaux d?expression française, ayant un lien avec l?indianité. Des numéros ont notamment été consacrés à Marcel Cabon, et Léoville L?Homme. S?il n?a rien arrêté de son travail de fourmi laborieuse, qu?une biographie élogieuse à son sujet vient tout juste de sortir, qu?il a été distingué par l?université de Maurice, Pahlad Ramsurrun garde toujours au c?ur, la simplicité du ?garson vilaz?. Celui qui tire sa ?force? de son jardin potager. Là où il va se ressourcer, ?kan monn fatigue lir ekrir?.

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