Post-COP27 – Océan Indien: Plaidoyer régional avant que nous ne soyons engloutis

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Parmi les Etats de l’océan Indien, les îles Maldives sont les plus exposées à la montée du niveau de la mer due au changement climatique.

Parmi les Etats de l’océan Indien, les îles Maldives sont les plus exposées à la montée du niveau de la mer due au changement climatique.

Les différends territoriaux et diplomatiques entre Maurice et les Maldives ou les Seychelles, qui sont tranchés par des instances internationales, sont regrettables dans la mesure où il y a du travail urgent à faire collectivement pour contenir les effets du changement climatique, comme l’ont rappelé les débats lors de la COP27. Les îles voisines du sud-ouest de l’océan Indien ont des défis communs et uniques à surmonter, ensemble, face à un monde qui se fragmente encore plus sur l’autel des intérêts géostratégiques.

Ces défis auxquels sont confrontées nos sociétés en développement devraient nous unir. On a besoin de travailler de concert pour trouver des partenariats et des solutions durables afin de pouvoir prétendre à un avenir meilleur. L’idée de mettre en lumière la contribution des petits États insulaires en développement (PEID) à l’activité mondiale, et de célébrer leur culture, très riche, et leur grande diversité a du sens. Ici, dans l’océan Indien, ce rapprochement, comme jadis la grande fête des Jeux des îles, ne peut que nous toucher directement, en plein cœur.

Selon plusieurs experts internationaux travaillant sur la réduction des risques liés aux catastrophes naturelles ou au changement climatique, sur la protection des zones marines et de l’environnement, sur la biodiversité, sur le développement durable et les énergies renouvelables, les habitants des PEID se révèlent souvent à la pointe des efforts pour résoudre les problèmes mondiaux pressants grâce à l’ingéniosité, l’innovation et l’utilisation de leurs savoirs traditionnels.

La Commission de l’océan Indien (COI), consciente de la nécessité d’instaurer des partenariats au service du développement durable de l’Indianocéanie, a abattu un travail remarquable à bien des niveaux, même si en termes de commerce interîles un gros progrès reste à faire, malgré des décennies de diplomatie active. Mais la COI peut mieux faire ; elle doit se faire davantage entendre et mieux diffuser le travail des experts pour atteindre le grand public.

Aussi, pour relier les territoires et les peuples de l’océan Indien, qui restent éloignés à cause d’un déficit de communication intra-indianocéanique, grandement dû à des tarifs aériens et maritimes prohibitifs ou inexistants, les médias comme notre groupe de presse ont-ils un rôle crucial à jouer ? La question à poser : le journalisme dans l’océan Indien, qui s’exerce dans des contextes sociohistoriques, économiques et politiques tellement hétérogènes, poursuit-il les mêmes desseins ? Est-il pratiqué par des femmes et des hommes animés par les mêmes objectifs, les mêmes conceptions et représentations de leur profession?

«The Indian Ocean has a quite vibrant and well-established media that has significantly helped towards the consolidation of democracy (Mauritius and Seychelles), bringing about political transition (Madagascar) or creating a democratic culture (Comoros). Despite the specificities and differing level of democratic achievement of these Indian Ocean islands, they share a common geographical space that is being exploited for economic and cultural gains. In fact, the creation of an Indian Ocean identity is at the centre of the work of the Indian Ocean Commission and the media is seen as an important component in rallying the islands closer», font ressortir des études sur la presse régionale.

Il ne faut pas oublier que la révolution de la presse provoquée par les nouvelles technologies et les réseaux sociaux nous permet aujourd’hui de repenser les modèles de partenariat entre les acteurs de la presse dans la région.

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Bientôt vingt ans de cela, La Sentinelle signait un partenariat stratégique avec l’express de Madagascar. De cette union mauriciano-malgache sont nés quelques produits de presse qui font leurs preuves, dont L’Hebdo de Madagascar (le premier hebdomadaire d’informations générales de la Grande île), Ao Raha (quotidien malgache à faible coût destiné à un large public), et Essentielle Madagascar (qui valorise l’importance du rôle de la femme dans la Grande île et dans notre sous-région).

Après dix ans d’échanges continus, la mise en commun de nos ressources, de nos expertises et expériences, et le croisement de nos regards journalistiques nous ont ont permis d’ouvrir nos colonnes à de plus larges perspectives et de mieux couvrir la région océan Indien, en publiant le premier numéro de Business Magazine océan Indien.

Ce nouveau mensuel était le fruit d’un travail d’équipe entre deux rédactions, l’une basée à Port-Louis et l’autre à Tana, ainsi que d’un réseau de journalistes passionnés qui vivent au sein de et travaillent sur la région océan Indien. Nous avons fait le pari d’offrir, à chaque début du mois, une plateforme d’échanges à l’intention de la communauté des décideurs politiques, investisseurs, hommes et femmes d’affaires, simples citoyens de la zone, pour favoriser le développement des entreprises et autres start-up.

Si les échanges entre les pays de la zone (plus précisément entre les cinq îles du sud-ouest de l’océan Indien), qu’ils soient d’ordre commercial, économique, politique ou culturel, demeurent en dessous des attentes, ambitieuses, de la Commission de l’océan Indien et celles, bien moins ambitieuses, des gouvernements nationaux ; si le mot-clé «Indianocéanie» qui ambitionne d’être «le socle et le tremplin de notre devenir» s’avère toujours au stade d’idées et de projets malgré de bonnes initiatives çà et là, s’il faut mieux canaliser les flux, le journalisme coopératif (ou collaboratif), ainsi que les nouvelles technologies de dissémination et de traitement d’informations peuvent certainement contribuer à mettre en relief la masse des informations, données et autres connaissances, afin de contribuer à vaincre notre insularité commune et, pourtant, créer les conditions concrètes de coopération et d’intégration régionales entre nos populations et nos diverses forces et cultures entreprenantes et créatives. Plusieurs de nos interlocuteurs de l’océan Indien nous ont souvent confié leurs difficultés à accéder aux informations susceptibles de leur permettre de s’exporter dans la zone, d’entrer en partenariat, bref de prendre des décisions informées et de créer de la valeur.

Attention pour autant à ne pas tomber dans un enchantement du numérique. La toile demeure une mine grandissante d’informations souvent mal agencées, pas vérifiées, donc pas tout à fait fiables. Outre la rigueur des faits et l’exactitude des données, il y a aussi l’aspect humain lié à la production journalistique. L’enseignant-chercheur en Info-Com, Bernard Idelson, de l’université de La Réunion, souligne qu’«au-delà de la technologie, ce qui compte, ce sont les besoins, les envies, les pratiques des lecteurs, téléspectateurs, auditeurs et/ou internautes (…) pour paraphraser Dominique Wolton, le village global numérique est une coquille vide s’il ne tient pas compte des cultures et des centres d’intérêt propres aux individus».

Et justement, au lieu de se contenter d’être une juxtaposition d’articles d’ici et d’ailleurs, il faut créer une synergie de groupe, un réflexe régional.

Nous sommes bien plus que 25 millions d’habitants aux Comores, à Madagascar, à Maurice, aux Seychelles, à La Réunion et aux Maldives à rêver d’un avenir meilleur, ensemble… à l’abri de l’ingérence des grandes puissances jadis coloniales et des dégâts irréversibles du changement climatique. On a encore le temps de se battre avant d’être engloutis.

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