Nawaz Noorbux: «Mo pa per zot, me eski pou gagn lapoud dan mo loto ? »

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Nawaz Noorbux, directeur de l’information de Radio Plus.

Nawaz Noorbux, directeur de l’information de Radio Plus.

Il est, pour le moment, le journaliste que le pouvoir déteste le plus. «Nawaz Saheb», comme l’appelle si tendrement Pravind Jugnauth, se confie à l’express, avec qui ses relations n’ont pas toujours été faciles. Le directeur de l’information de Radio Plus, as des interviews-polémiques, accepte de jouer à l’interviewé pour expliquer sa plainte ultramédiatisée contre un poster qui le décrit – ainsi que l’auteur de cet entretien – comme un baron de drogue. Sera-t-il aussi confortable si les rôles sont inversés ?

Pourquoi prenez-vous la supposée «hitlist» et le montage photos «Baron La Drog» au sérieux dans la mesure où des personnalités publiques, dont vous comme journaliste radio, ont de tout temps été autant adulés que critiqués sur les réseaux sociaux. Ça n’a rien de nouveau.
Cela fait quelque temps déjà depuis que des amis, des avocats, m’ont conseillé de consigner une déposition. Je n’ai jamais pris cela au sérieux. Depuis que Sherry Singh, dans une émission que j’ai présentée, a révélé les faits troublants de l’affaire Baie-de-Jacotet et encore plus depuis que j’ai révélé le rapport de l’enquête judiciaire, j’ai remarqué une campagne systématique et personnelle contre moi. Il y a eu l’épisode où le Premier ministre, tous les jours dans ses congrès, m’attaquait personnellement tout comme certains ministres dans des conférences de presse. Je ne me suis pas vraiment pris la tête avec ça et je n’ai jamais songé à porter plainte. Même quand Rama Valayden a dit mardi qu’il y aurait un ou des snipers qui chercheraient à nous abattre, lui et moi, et Al Khizr (NdlR : journaliste à Radio Plus), j’ai esquissé un petit sourire. Vous savez, depuis toujours, ceux que je rencontre dans la rue, au marché, me demandent d’être prudents, de bien monter les vitres de ma voiture, etc. Zame monn pran kont.

Par contre, deux éléments m’ont poussé à aller à la police. D’abord, cette semaine, des contacts et sources sérieux qui gravitent autour du pouvoir – l’un d’eux est même au pouvoir – m’ont dit «fer atansyon, bann-la pou atas enn lake ferblan avek twa». Je fais généralement confiance à ces sources. Ce sont des personnes qui sont au pouvoir ou qui gravitent autour, et nous entretenons de bonnes relations personnelles. Le deuxième élément, c’est la fameuse publication de Sun Power – Sun TV. Le poster intitulé Baron La Drog, montre Bruneau Laurette, des avocats, et quatre journalistes, dont vous-même, Nad Sivaramen, Al Khizr et moi. On nous associe au trafic de la drogue. Je considère que la ligne rouge est franchie. On passe une étape sérieuse…

(On l’interrompt). C’est ce que je vous dis. Contre nous, il y a toujours eu des mèmes, critiques, attaques sur les réseaux.
Oui mais là, ce n’est pas qu’une attaque. Une ligne rouge a été franchie. Il y a un build-up de l’opinion publique pour faire croire que je fais partie d’un réseau de trafic de drogue. N’oubliez pas qu’au lendemain de ma deuxième émission avec Sherry Singh, Bobby Hureeram avait dit lors d’une conférence de presse, «ena lax Bruneau Laurette, Sherry Singh ek Nawaz. Et sur le poster Baron La Drog, il y a aussi la photo de Sherry Singh. Il y a une management of public opinion visant à faire croire que je suis de connivence avec Bruneau Laurette. Là quand Bruneau a été arrêté pour trafic de drogue – je ne suis pas là pour juger de son innocence ou sa culpabilité puisque je ne sais pas, même si je remarque que l’opinion publique est très divisée sur la question – et que je vois cette affiche, je me dis que ça commence à devenir sérieux. N’oubliez pas que mes amis au pouvoir m’ont prévenu de lake ferblan dans la même semaine. Quand je vois ce build-up, je commence à me poser des questions.

Mes sources au MSM démentent être derrière la page qui a publié le poster «Baron La Drog». Elles accusent des «roder bout» et vont même jusqu’à dénoncer cette publication.
(Il rit). C’est comme si vous me disiez que Soopramanien Kistnen s’est suicidé. C’est à dormir debout. Qui va croire ça ? Laissez-moi vous dire qui est derrière Sun Power, Sun TV. Il y a un attaché de presse, au moins un, que j’ai formé ici à Radio Plus, que j’ai nourri. Certains me disaient que je nourrissais des serpents, mais je ne les ai pas cru. Aujourd’hui ils ont raison. Un ancien maquettiste de la presse est aussi derrière ça. D’ailleurs, ces affiches sont plutôt bien faites techniquement. Elles n’ont pas été bricolées par des amateurs. Il y a aussi un adviser et un ex-adviser expert en écriture de lettres anonymes et fake profiles. Voilà ceux qui sont derrière ça.  Et je leur dis à travers cette interview que le seul message que j’ai pour eux : larou la li tourne sa.

«Il y a trois personnes au sommet qui dirigent une ‘’Dirty Tricks Unit’’»

Il faut les prendre au sérieux ? Ces gens-là sont-ils capables d’«atas enn lake fer blan avek ou» ?
Ceux-là, je les considère comme de petites racailles. Ils font du bruit. Je ne les prends pas au sérieux. Au-dessus d’eux, il y a un senior adviser ; quelqu’un, qui selon son entourage, n’est pas mentalement stable. Je l’ai connu à un moment pour savoir que son entourage a raison. Et il y a deux autres personnes. Voilà la Dirty Tricks Unit.

Mais «what do you expect» quand c’est à la police de Pravind Jugnauth que vous consignez une «precautionary measure» ?
Si bann-la pe fer enn management of public opinion, je dois aussi alerter l’opinion publique. Quand je dis que je ne me sens pas en sécurité, mo pa per bann-la mwa. Une agression physique, une élimination, ne me font pas peur. Mon inquiétude, c’est qu’ils peuvent fabriquer une affaire contre moi. Cherchent-ils à me piéger avec de la drogue, où comptent-ils fabriquer d’autres affaires ? Cela résulterait en une provisional charge et al lager lakur avec ce que cela comporterait comme campagne derrière. Je n’ai pas de big expectation de la police. Mais je l’ai fait pour alerter l’opinion publique sur l’existence d’un problème. C’est vrai que cela pose la question de l’indépendance de nos institutions – l’ICTA, la Cybercrime Unit – les autorités chargées d’agir quand des délits sont commis sur les réseaux sociaux. J’ai porté plainte jeudi contre Sun Power, Sun TV qui ont publié ce poster terriblement diffamatoire contre moi et d’autres journalistes.

Après cette plainte, au lieu de voir agir les autorités, je vois que Sun TV est allée beaucoup plus loin en publiant une vidéo. Cela sonne comme une provocation genre «gouvernma dan nou lame nou fer sa ki nou anvi». Les autorités ne lèvent même pas le petit doigt pour agir. Et on sait que quand certaines personnes portent plainte se sentant lésées et diffamées sur Facebook, on voit la vitesse à laquelle ces facebookeurs sont dealt with et présentées devant une cour de justice. Ces deux poids, deux mesures interpellent tout le monde. Moi je suis un journaliste avec une certaine réputation ; maintenant imaginez ce que subit un simple citoyen. Quel est son recours ? Il faut placer le débat au niveau de l’indépendance de nos institutions.

Est-ce que le fait qu’une grande partie de l’opinion publique penserait que Bruneau Laurette a été piégé joue dans votre subconscient ?
(Il soupire). In the back of my mind, peut-être. J’entends beaucoup de personnes qui parlent de «fer mazik», drogue plantée, etc. Moi je ne sais pas si c’est vrai ou faux. Mais quand vous entendez tout ça et que je vois cette affiche Baron La Drog, et quand il y a l’avertissement de mes sources, toute personne avec un peu de common sense ne resterait pas les bras croisés.

Vos fameuses sources et well-wishers au pouvoir ne vous ont pas donné leur avis sur Laurette ? S’il s’agit d’un piège ou pas ?
Je n’ai pas abordé la question avec eux. L’affaire Laurette, je n’en ai pas parlé avec des sources gouvernementales. Je suis l’affaire comme journaliste, comme vous, et comme les citoyens. L’inquiétude de ces sources, c’était par rapport à moi, pas pour Laurette.

Dans votre récit du «build-up» de l’opinion contre vous, vous avez manqué un épisode. Dans ses congrès où il vous critiquait, Pravind Jugnauth avait allégué que des journalistes sont de mèche avec des barons de drogue.
Exact. Merci de me le rappeler, and the pattern for the build-up becomes more obvious…

Demain quand on retrouvera Rs 100 millions d’héroïne dans votre coffre, ce ne sera donc pas une surprise.
(Sourire) Je me pose la question. Eski pou gagn lapoud dan mo loto ? On en sourit, mais ce matin j’ai fait quelque chose que je n’ai jamais faite de ma vie. Avant de prendre la route, j’ai ouvert le coffre de ma voiture. (Il sourit toujours). Appelez ça de la paranoïa ou je ne sais quoi, mais je l’ai fait.

Rabin Bhujun, un ex-journaliste, qui fut respecté quand il exerçait, a parlé de «Drama Queens» dans un post sur Facebook. On ne sait pas s’il faisait référence à votre déposition. Vous prenez cela pour vous ?
Voyez qui a aimé ce post. Bobby Hureeram, Ken Arian, etc. Je pense que parler de l’opinion des has-been convertis en donneurs de leçons serait un gaspillage des précieuses lignes de vos colonnes. Il y a de plus grandes références, notamment Jean Claude de l’Estrac ou Lindsay Rivière, qui malgré – ou grâce à – leur âge font tellement preuve de justesse et de sagesse. Je vous prierai ainsi de passer à une autre question.

Hormis les années 80 avec les grèves et arrestations des journalistes dans le sillage de l’amendement à la «Newspaper and Periodicals Act», la presse n’est pas un modèle de solidarité. Depuis cette grande ancienne génération, les journaux sont à couteaux tirés. Est-ce qu’aujourd’hui vous ressentez un retour aux grandes heures de la solidarité journalistique ?
Un grand oui, et j’en exprime mon appréciation. Aujourd’hui Radio Plus-Defi Media, l’express, Top FM qui sont les prominent players sont soudés et solidaires. Puis vous avez lu Jean-Claude de l’Estrac et Lindsay Rivière après mon encounter avec Ivan Collendavelloo. Vous avez vu leur soutien. Oui, je note une grande solidarité. Il y a certaines choses qui transcendent la rivalité et la concurrence, la situation actuelle fait partie de ces choses.

On remarquera que ce n’est que récemment, soit depuis le deuxième passage de Sherry Singh dans vos studios que vos prises de position contre le pouvoir ont été plus virulentes et plus tranchées. On vous a accusé avant cela d’être «enn dimounn lakwizinn», «enn pro-MSM». Est-ce qu’aujourd’hui, c’est une revanche contre ceux qui disaient cela ?
Non écoutez ; je suis conscient des posts en ce sens sur les réseaux. Mais vous me connaissez. J’ai un track record. Quelqu’un peut-il me dire que durant les neuf ans du règne Ramgoolam, je lui ai fait des cadeaux ? Vous savez très bien. Il y a eu l’affaire Roches-Noires, l’affaire Khamajeet que vous avez vous-même signé quand vous travailliez ici ; il y a eu tellement de révélations contre l’ancien régime. Ou krwar ki Navin Ramgoolam tro kontan mwa ? Et vous l’avez entendu récemment dire en me félicitant, «mo pann toultan dakor avec li (NdlR : Nawaz Noorbux)». Vous pensez que Paul Bérenger ti kontan mwa kan li ti o pouvwar ? J’ai un track record de 20 ans à Radio Plus. Durant ces 20 ans, tous les régimes au pouvoir à un moment donné m’ont attaqué. Sauf que je considère que ce régime-là dépasse la ligne rouge.

Justement, ce qu’on vous reprochait, c’est que vous n’étiez pas aussi virulent contre le MSM que vous l’ayez été contre Ramgoolam, jusqu’à juillet 2022.
Oui. Je n’ai pas vu d’éléments aussi graves à ce point que récemment. Vous avez fait les révélations que vous avez faites, vous avez vos sources, j’ai les miennes. Mais moi personnellement, I did not really come across des dossiers ou documentations qui me permettaient de voir la gravité de ce qui se passait. C’est lors du premier confinement que j’ai vraiment ressenti que quelque chose n’allait pas. Quand nous avons vu les contrats de Rs 1,5 milliard alloués, avec des bijouteries et quincailleries se transformant en fournisseurs sanitaires, l’épisode dilwil dan zorey, ça été un déclic. Nous étions en 2020. Personne ne savait ce qu’était le Covid. Toute la population était angoissée. Dimounn ti pe gagn traka so lasante, so lavi, eski pou gagn manze pou so fami. Dans un moment pareil, nous avons vu des magouilles autour des contrats. Get sa, mo enn zournalis, me mo enn sitwayen sa pei la. J’ai ma propre appréciation des choses. À l’époque, zot ti pe vinn lor mo radio. Les Jagutpal, Maneesh Gobin, etc. Allez revoir ces interviews. Je les ai taken to task. Donc, je pense qu’il y a eu des critiques injustes contre moi pour dire que je les ai protégés. Allez revoir toutes ces interviews. J’ai été très dur, jusqu’au point où ils ont cessé de venir. Ils ont trouvé justement que j’étais trop dur envers eux. Puis il y a eu Sherry Singh. Je profite de cette interview pour mettre les points sur les i. Le Premier ministre a dit «we, ena zournalis pe trap pen drive, etc.». J’ai démontré, preuves à l’appui, que le Premier ministre avait menti à l’Assemblée nationale. Il avait dit, qu’il y avait «no interception, no recording, no data capture». Vous avez vu le rapport du CTO qui dit «there was data capture». Pravind Jugnauth lied in parliament. Le Premier ministre a-t-il sniff ? Qui doit le déterminer ? Dites-moi quelle institution de ce pays a le courage d’enquêter sur le Premier ministre. Il n’y a même pas eu d’enquête. Je me répète. (Il hausse le ton). Ki institisyon pou al fer lanket lor Premie minis ? Dir mwa.

Ce que mes sources dans Lakwizinn vous reprochent – je ne sais pas si nous avons les mêmes sources – c’est l’expression «Game Over» dans l’émission avec Sherry Singh qui a particulièrement agacé le pouvoir.
Zame monn dir sa. Al reget lemission la. Ils se trompent, et vous vous trompez aussi. Game Over, c’est un post Facebook de mon collègue Al Khizr. Je l’ai convoqué, pour lui demander des explications. Sa réponse, c’était qu’il disait «Game Over» par rapport à la campagne médiatique. Rappelez-vous, Sherry Singh était venu à Radio Plus. Puis il vient à l’express chez vous où il ne donne aucune preuve. Le Premier ministre avait commenté votre émission pour dire que Sherry Singh n’avait rien démontré et qu’il n’y avait pas de scandale. Puis Sherry Singh est revenu ici, et j’ai montré des preuves. Al Khzir m’a expliqué que le «Game Over» publié sur Facebook ce soir-là, c’était pour dire que le débat sur l’existence d’un scandale était clos. C’était la fin du débat médiatique. Pravind Jugnauth a publiquement dénoncé ce «Game Over». Mais fondamentalement, nous avons ce soir-là démontré que le Premier ministre a menti à l’Assemblée nationale.

J’assume ce que je dis because I am factually right. Pour se débattre et ne pas avouer qu’il a menti, Pravind Jugnauth zet sa lor zournalis la pour dire qu’il est de mèche avec Sherry Singh. Il y a un conseiller, dont je ne révèlerai pas le nom, qui a répandu des rumeurs selon lesquelles j’ai obtenu de l’argent de Sherry Singh. Il y a eu de faux chèques, fabriqués de toutes pièces, «Pay Nawaz Rs 100 000», signés Sherry Singh et publiés sur Facebook. L’ICTA n’a rien fait. Le pouvoir répond aux révélations sur l’affaire Baie-de-Jacotet par une campagne de dénigrement. Est-ce que depuis juillet, le Premier ministre a tenu une conférence de presse sur cette affaire pour répondre à cette question ? Non. Il va sur des plateformes politiques, socioculturelles pour s’attaquer à la presse, pour m’attaquer, avec des sous-entendus communalistes et racistes.

Venons-en à l’indépendance des institutions. Vous dites ne rien attendre de la police et qu’aucune institution n’a le courage d’enquêter sur le Premier ministre. Mais cette mainmise du pouvoir sur les institutions, elle ne date pas d’hier. Nous sommes journalistes depuis deux décennies, vous plus, ça a toujours existé. Votre discours ne fait-il pas le jeu de Ramgoolam ?
Avec Jugnauth-père et Bérenger au pouvoir, il n’y avait pas une telle mainmise. Je ne dis pas que les institutions étaient totalement indépendantes. Un exemple. À ce jour, l’ex-chairman de l’IBA, Ashok Radhakisoon, me reproche en boutade qu’à cause de moi, il s’est fait virer de l’IBA. Il raconte avoir subi des pressions pour sanctionner RadioPlus mais son évaluation des reproches formulés ne justifiait pas une suspension ou une révocation de licence. Cela veut dire qu’à l’époque, les institutions travaillaient. Ce sont les hommes et les femmes qui font les institutions.

«Ma grande satisfaction, c’est que mes confrères sont solidaires envers moi et Radio Plus.»

Qui est fautif aujourd’hui ? Ces hommes et ces femmes ou le gouvernement qui leur dicte tout ?
Les deux. Il y a une tentative totalitaire pour tout contrôler. Ceux qui le font ne sont pas des démocrates, mais ce qui est triste, c’est que ceux à la tête de ces institutions acceptent de jouer ce rôle de paillasson.

Il y a eu de gros débats quand le gouvernement a amendé l’IBA Act. Ressentez-vous les changements apportés dans l’exercice de vos fonctions quotidiennes ? La sensibilité du directeur de l’IBA influe-t-elle désormais, comme une épée de Damoclès, sur ce que vous diffusez ?
Ces amendements de l’IBA Act, je le sais et vous le savez, visait à l’époque Top FM. On ne se sentait pas menacés. Malgré ça, nous avons été solidaires. Rappelez-vous de l’émission conjointe tenue avec Murvin Beetun. Sa osi enn de bann eleman ki gouvernma inn koumans gagn nou inpe kont. Pourtant nous étions à l’aise, il n’y avait pas de problèmes, on avait nos publicités. Certains disaient que nous étions dans Lakwizinn. On était donc tranquilles. Notre solidarité avec Top Fm résulte du fait que nous considérons que ces amendements sont abusifs. Aujourd’hui, on vise Top Fm, et demain on pourrait nous viser. Krish Caunhye (NdlR : le directeur de Top Fm) reconnaît que nous avons été solidaires avec lui. Oui, ces amendements sont comme une épée de Damoclès, mais on ne pratique pas l’autocensure. On continue notre travail, en faisant triplement attention. Je note que certains politiciens disent que dans les premiers jours de leur éventuelle prise de pouvoir, ils révoqueront ces amendements. J’espère qu’ils tiendront parole.

Est-ce que le groupe ou la radio ressent une forme de pression commerciale depuis votre prise de position dans l’affaire Baie-de-Jacotet ? L’express qui ne reçoit pas de publicités gouvernementales depuis l’ère Ramgoolam, doit vous dire, «Bienvenue au club» ?
Une précision d’abord. Vous utilisez à chaque fois le terme «prise de position». Nous n’avons pas pris position. Nous avons démontré les faits. Nous n’avons jamais mélangé l’information et l’opinion. Les preuves sur Baie-de-Jacotet, le rapport de l’enquête judiciaire sur Kistnen, ce sont des faits. Dans La Voix Maurice, le samedi, j’exprime des opinions. Ce ne sont pas, littéralement, des prises de position. Mais des fois, il faut que je réponde à certaines observations, des attaques malpropres et de mauvaise foi.

La réponse à votre question, c’est oui, il y a eu des coupes commerciales. Il y a eu le gel de certains contrats publicitaires, par exemple avec Mauritius Telecom. Je ne suis pas impliqué dans le marketing, mais je sais que ce contrat entre Mauritius Telecom et Radio Plus valait quelques millions de roupies. Mais malgré cela, nous restons fermes. Cela vient démontrer notre indépendance et que nous ne sommes attachés à aucun régime politique.

En 2015, beaucoup avaient observé que beaucoup de journalistes de votre rédaction furent recrutés comme attachés de presse du gouvernement de l’Alliance Lepep. N’est-ce pas vous qui avez fait entrer le ver dans le fruit que le gouvernement vous fait manger aujourd’hui ?
Vous voyez, c’est injuste. Il y a une fixation sur 2014. On fait semblant de ne pas savoir qu’avant 2014, de nombreux journalistes de la presse écrite et parlée ont été recrutés comme attachés de presse. Cela dit, oui, un certain nombre de journalistes ont été recrutés comme attachés de presse. Mais que voulez-vous que j’y fasse ? Ici un journaliste touche entre Rs 25 000 et Rs 40 000 par mois. Là-bas, ils peuvent gagner jusqu’à deux fois plus et la position leur donne droit à d’autres faveurs et privilèges, qui, je l’espère, sont légaux et ne nous choqueront pas plus tard. Zot pli dan bien. Zot well-off. C’est une décision qu’ils ont prise. Mo pa kapav atas zot lame lipie. On n’y peut rien.

En 2019, c’est à RadioPlus que Pravind Jugnauth choisit d’accorder son ultime interview avant les élections générales. Navin Ramgoolam était venu à l’express. Je comprends que vous avez essayé d’avoir les deux, tout comme nous. Vous pensez que Pravind Jugnauth viendra à Radio Plus à la veille des élections 2024 ?
As it is, ce sera un peu difficile, non ? Mais on va lui lancer l’invitation et on verra. Vous savez, j’espère que les relations se normalisent, même si cela me semble très difficile…

(On l’interrompt). On est arrivé à un point de non-retour ?
Je ne sais pas. La seule chose que je sais, c’est que pour une normalisation des relations, il faut du respect, et il faut que ce respect soit mutuel. Moi, je le respecte comme Premier ministre quoique je n’ai absolument aucun respect pour certaines personnes de son entourage. Il est le Premier ministre de mon pays. Mais si lui ne me respecte pas (il marque un long silence)… Il a formulé beaucoup d’attaques contre moi. Il m’a même traité de mercenaire. Ce qui était très grave. On m’avait conseillé d’aller porter plainte, je ne l’ai pas fait. Donc s’il ne me respecte pas, il y a un problème. À la base de toute relation, c’est le respect mutuel, qui n’existe pas pour le moment.

Nous n’avons jamais pu avoir des débats entre candidats au poste de Premier ministre. La faute à qui ? L’absence de maturité des politiciens ou celle de la presse ?
Certainement pas celle de la presse. Je pense que vous et moi, nous sommes professionnellement prêts pour accueillir et arbitrer un grand face-à-face. Quoi qu’aujourd’hui il y a beaucoup de prétendants et cela ne pourra pas être un face-à-face. Ce qui est triste, c’est que là Pravind Jugnauth n’est pas en bon termes avec RadioPlus ; il ira sur un autre média qu’il estime sera plus complaisant envers lui. Ramgoolam ira chez un autre. Le problème, c’est que ces politiciens ont eux-mêmes, et beaucoup grâce à leurs conseillers, collé des étiquettes sur des médias. Ce sont eux qui font ça. Pas le grand public. Et tout ce qui se passe en ce moment, le grand public suit. Et je dis toujours que ce qui fait la force de Radio Plus depuis 20 ans, c’est la masse silencieuse. Qu’une radio reste la première radio au bout de 20 ans, ce n’est pas le fruit du hasard. Les auditeurs regardent notre track record, et mon track record, comme responsable de la rédaction ; et cette masse silencieuse nous fait confiance. Cette masse silencieuse assiste à tous ces événements et ils tirent leur propre conclusion.

Pravind Jugnauth peut toujours remporter les prochaines élections ?
Je ne suis pas politologue. (Éclats de rire.)

Vous posez toujours la question à vos invités. Aujourd’hui, c’est à votre tour d’y répondre.
Réfléchissons ensemble. Les élections sont pour quand ? Est-ce vraiment pour 2024 ? Il y a l’appel de la pétition électorale de Suren Dayal qui sera entendue par le Privy Council. Donc cette affaire…

Attendez, Pravind Jugnauth n’a pas à craindre ce jugement, vu la manière dont il a remporté cette affaire en Cour suprême.
Je n’en suis pas si sûr. Moi, à la place de Pravind Jugnauth, je ne prends pas ce risque. J’ai parlé à des avocats qui estiment que c’est du 50-50. L’avocat britannique de Suren Dayal lui a dit que c’est du 50-50. L’éminent avocat britannique que compte retenir Pravind Jugnauth lui a dit, selon mes informations, que c’est du 50-50. Donc moi, à la place de Pravind Jugnauth, je ne prends pas ce risque. Car il y a une chance sur deux que cela sonne le glas de sa carrière politique, alors qu’actuellement il est plus ou moins confortable. Va-t-il prendre le risque d’un jugement qui peut lui être défavorable au Privy Council ? Ne serait-il pas well advised de dissoudre le Parlement avant cela et l’affaire deviendrait caduque. Il faut ensuite voir comment l’opposition s’organise. Elle est actuellement divisée, mais elle ne sera pas éternellement divisée. Qui sera le challenger direct de Pravind Jugnauth ? La réponse réside dans cette question. Quand on aura cette réponse, je répondrai à votre question.

Pour le moment, c’est votre ami Ramgoolam (sarcasme) qui se positionne. Ses casseroles sont trop lourdes ?
Jean-Claude de l’Estrac a dit que ce serait un match coffre-fort vs casseroles. Je ne suis pas politologue mais je parle avec beaucoup de personnes de toutes couches sociales et de toutes les communautés. Je pense que beaucoup de personnes maintiennent un point d’interrogation sur Navin Ramgoolam. Maintenant lui, le moment venu, il sera well-advised de prendre certaines décisions. Il ne va pas nécessairement step down, il peut step aside et présenter quelqu’un d’autre comme Premier ministre. Mais ça c’est le BP du PTr qui décide.

Les opposants à Pravind Jugnauth vous ont promis une investiture, ou la direction d’un corps paraétatique ou un autre poste ?
Je vous remercie grandement pour la question. En 2005, Nawaz était annoncé comme candidat du PTr. En 2010, Nawaz serait candidat du MMM. En 2014, Nawaz serait candidat du MSM. En 2019, Nawaz serait candidat du MSM ou Senior Adviser au PMO. Aux prochaines élections, ki res pou dir ? Nawaz sera candidat du PTr. Ça me fait rire. Ils ont tout essayé. D’abord en me collant une étiquette politique. Li pann mordé. Ils ont essayé de dire que je touche de l’argent de Sherry Singh. Je leur ai dit que je leur ouvre mon compte bancaire et leur montre ce que j’ai. Li pann mordé. À présent, on veut faire croire que je suis dans le trafic de drogue. Sannla plis pa mordé ankor. Sannla koumadir ou pe dir mwa ki Kistnen in suiside. Donc, it’s bullshit. Nawaz sera toujours à Radio Plus. Je ne dis pas que je mourrai à Radio Plus, mais je ne vais certainement pas faire de la politique. Sa nisa mo gagne ek sa travay la, okenn lot metie pa pou donn mwa sa. La politique veut que vous suiviez quelqu’un, et de nature, je ne suis pas un suiveur,

Une carrière est marquée de moments forts et de moments creux. Au cours de la vôtre, y a-t-il des regrets que vous nourrissez ?
Il y a eu certainement eu des hauts et des bas. Mais il y a eu beaucoup plus de hauts que de bas. Radio Plus a connu de grands moments de gloire. Et là, je pense que it’s too dirty. Je ne suis pas intimidé. Je n’ai pas peur, mais je suis triste. Ma grande satisfaction, c’est que mes confrères sont solidaires envers moi et Radio Plus. J’apprécie que vous m’ayez proposé cette interview. Nous avons eu nos différends dans le sillage de l’affaire Yerrigadoo. Avec recul, je pense que s’il fallait que je fasse ce que j’ai fait sur cette affaire, je ne l’aurais pas refait. Je pense que c’était une erreur. Si vous voulez appeler ça des regrets, d’accord, appelons ça comme ça. Disons que la façon dont nous avons approché cet épisode n’était pas bonne. Je ne dis pas que nous n’aurions pas dû accueillir ceux qui étaient venus faire des dénonciations, mais peut-être qu’on aurait pu le faire différemment. Je suis conscient que cela a créé des dissensions personnelles et professionnelles, et je suis heureux qu’on ait pu passer l’éponge sur cette affaire et je pense que l’âge aidant, nous avons gagné en maturité et nous sommes devenus sages. (Rires). Ki politisien pa dir lor zot kamarad apre zot fer lalians ?

Une alliance PTr-MSM est donc toujours possible ?
Ce serait vraiment contre-nature dans la conjoncture. Mais sir Satcam a dit que rien n’est impossible en politique, mais là je pense pou inpe difisil.

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