Mahua Moitra et Rana Ayyub championnes de la résistance

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L’on se focalise un peu plus sur l’Inde depuis le 1er décembre 2022, date à laquelle la Grande péninsule, cinquième économie de la planète, a accédé, pour la première fois, à la présidence du G20. Mais derrière la progression économique et démographique soutenue, plusieurs rapports et analystes ne manquent de souligner que «la plus grande démocratie du monde» se retrouve en déclin, entre autres, parce que le Parlement, la presse et les institutions n’arrivent pas à contrer les excès du parti au pouvoir, alors que celui-ci devient plus impitoyable que jamais dans sa répression de la dissidence et la persécution des musulmans indiens.

Dans cette atmosphère politique tendue, où la prise de parole critique dans l’espace public se fait rare, deux femmes indiennes se font remarquer pour le sens de leur combat incessant contre les dérives autocratiques. Elles affrontent avec courage et conviction, en alignant faits et chiffres, les écarts du gouvernement Modi. La députée de l’opposition Mahua Moitra et la journaliste Rana Ayyub peuvent inspirer nombre d’entre nous, mais il ne faut pas s’attendre à ce que les autorités les invitent à prendre la parole. Leur regard serait embarrassant pour plus d’un.

Who’s the Pappu, Now? Ce discours au Lok Sabha, en décembre dernier, a confirmé la puissance oratoire de Mahua Moitra, comme députée du Congrès de Trinamool (lien : https://www.youtube.com/watch?v=qEaDaJ2ba8Y). «This government and the ruling party coined the term Pappu. You use it to denigrate and signify extreme incompetence. But the statistics tell us who the actual Pappu is», a assenné Moitra, une ex-banquière de Wall Street, devenue l’une des voix les plus critiques du régime Modi. Ses interventions font mouche parce qu’elles sont un savant mélange de recherches statistiques et de travail de terrain. Moitra ne passe pas par quatre chemins pour dénoncer «l’atmosphère de peur» qui s’est installée en Inde et l’érosion de l’indépendance du système électoral. Selon elle, depuis 2014, quand le régime de Modi a pris les rênes du pays, «le fascisme est en hausse» et l’Inde est de plus en plus déchirée, divisée. Elle évoque sans détour le non-respect des droits humains, qui a fait que les crimes ont augmenté par plus de dix fois durant ces huit dernières années. Soutenant que le gouvernement a «peur» d›une nation «bien dans sa peau», Moitra estime qu’il est temps pour le peuple de sauver le pays. «The exodus of 2022 takes the total number of Indians renouncing Indian citizenship under this government in the past years since 2014 to a record number (…) Is this sign of a healthy economic environment or a healthy tax environment (in the country)?» s’est-elle demandé, en rajoutant, de manière provocante : «Who is the Pappu now?» «This government has us believe that this country’s economy is going great guns, we are the fastest growing most efficient global player, everyone is getting employment, cylinders, electricity and pucca houses. This falsehood flies, then the truth comes out limping after it…»

***

«I believe that I love India more than any other country in the world… which is why I’m here, risking everything, because this could potentially be my last trip out of India», a déclaré, pour sa part, Rana Ayyub, il y a quelques semaines, alors qu’elle recevait un prestigieux prix en journalisme à Washington, DC, soit le John Aubuchon Press Freedom Award. (Lien : https://www.youtube.com/ watch?v=ImNTJ5ZTE4M). Rana Ayyub a dédié son prix à notre consœur d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, qui a été tuée, d’une balle israélienne dans la tête, alors qu’elle était en reportage sur le terrain à Jénine (nord de la Cisjordanie) le 11 mai 2022.

Journaliste au Washington Times, elle ne peut pas vivre une existence normale en Inde ; ses amis doivent se cacher pour la rencontrer, tellement elle est traquée par la police secrète de Modi. Son récit sur la presse indienne, pourtant reconnue jusqu’ici pour sa farouche indépendance et son irrévérence, en dit long. «The Indian government is increasingly cracking down on journalists critical of Prime Minister Narendra Modi. The country, which once took pride in having a media landscape that was diverse in nature, has been moving in the opposite direction in recent years (…) There is nothing like press freedom in the world’s largest democracy of 1.3 billion people. Most of the mainstream media is literally repeating the government’s lies and the ones who are independent, who are critical, are paying a price…»

Quand on écoute les discours de ces deux dames, les similitudes ne peuvent que sauter aux yeux. Aux yeux encore perspicaces, cela va sans dire.

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