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Voile de mystère sur l?identité de l?épave de Pointe-aux-Feuilles
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Voile de mystère sur l?identité de l?épave de Pointe-aux-Feuilles
De nombreuses incertitudes pèsent toujours sur la véritable identité de l?épave retrouvée le 10 octobre dernier à Pointe-aux- Feuilles, Mahébourg. Les premières observations effectuées durant les quatre jours qui ont suivi la découverte laissent penser qu?il pourrait s?agir de celle du Coureur, une petite goélette engagée dans la traite négrière au début du 19e siècle. Mais les historiens et autres experts restent réservés. Une expédition archéologique, regroupant plongeurs locaux et spécialistes étrangers, sera organisée en mars 2005. En attendant, le site a été placé sous haute surveillance par la National Coast Guard (NCG).
Armyo Vundapa Naiken, plongeur à la Ferme marine de Mahébourg, est celui qui a repéré l?épave lors d?une plongée de routine. Il en a averti Yann von Arnim, du Mauritius Museums Council, et de la Mauritius Marine Conservation Society. Une première plongée a été aussitôt organisée pour tenter d?identifier la structure en bois.
Un archéologue dépêché par le gouvernement égyptien, Ibrahim Ahmed Metwalli, a été un des premiers à s?être approché de l?épave. Le spécialiste égyptien avait été sollicité pour encadrer l?équipe de plongeurs sur le site du Sirius à Grand-Gaube. ?L?épave de Pointe-aux-Feuilles a été découverte pendant mon séjour ici. C?est donc tout naturellement que j?ai souhaité aller la voir de plus près?, explique t-il. Les plongeurs découvrent une structure en bois longue de 25 mètres encore en bon état. Une partie de la quille ? 22 mètres de long, 31 centimètres de large et 60 centimètres de haut ? est enfouie sous le sable.
Bouteille de gin d?époque
L?équipe effectue le jour même des relevés précis de l?épave ainsi que de tous les objets gisant à proximité. ?Toutes les mesures et les photos que nous avons prises seront utiles pour la suite des recherches au mois de mars de l?année prochaine?, explique Ibrahim Ahmed Metwalli. D?autres fouilles effectuées à proximité de l?épave permettent de retrouver un bol en porcelaine de couleur blanc et bleu. Cette pièce daterait, selon toute vraisemblance, du début du 19e siècle. De la vaisselle en porcelaine similaire, datant de 1820, a été retrouvée sur une épave en Asie-du-Sud-Est. Un tesson de bouteille de couleur noire a en outre été retrouvé et identifié comme étant une bouteille de gin, fabriquée entre la fin du 18e siècle et le milieu du 19e siècle.
Pour tenter d?identifier l?épave, les chercheurs se tournent vers les documents historiques. La seule trace de naufrage à être mentionnée est celle du Coureur, une goélette française qui a coulé le 3 mars 1821. Elle était impliquée dans le trafic d?esclaves. L?une des sources citées par les chercheurs, un naufrage dans la région de Pointe-aux- Feuilles, provient des Esquisses Historiques d?Albert Pitot : ?Dans la nuit du 3 au 4 mars 1821, une petite goélette, le Coureur, commandée par le capitaine Charles Letord, dit Dorval, homme de couleur, signalée comme portant une cargaison de noirs nouveaux et pourchassée par une des mouches de l?état, se jetait au plein à la Pointe-aux-Feuilles et l?équipage l?abandonnait après y avoir mis le feu. Le lendemain, 26 Noirs mozambiques nouveaux étaient découverts aux environs par l?officier militaire du poste voisin et envoyés sous escorte au Port-Louis, où ils arrivaient le 6, dans la soirée. Le jour suivant, le 7, M. Farquhar annonçait l?événement et promettait des récompenses pour la capture de l?équipage et du reste des Noirs introduits.?
Un autre éclairage est donné par l?ouvrage Une île et son passé d?Antoine Chelin : ?3 mars 1821 : la goélette le Coureur transportait une traite illégale d?esclaves, chassée par le chasse-marée du gouvernement, échoue près de la Pointe-aux-Feuilles. Les esclaves débarqués, la goélette est brûlée par son équipage afin de faire disparaître toutes traces évidentes.?
Même si toutes les indications recueillies jusqu?à présent appuient la thèse du Coureur, Jocelyn Chan Low, historien, se montre prudent. ?Nous devons identifier de manière formelle l?épave?, explique-t-il. L?identification, affirme t-il, pourrait permettre d?éclairer une partie importante de l?histoire de l?île Maurice. Il faudra attendre l?expédition archéologique qui sera organisée au début de l?année prochaine pour que soit levé le voile.
RECOUPEMENTS
Un deux-mâts
■ Selon toute probabilité, l?épave de Pointe-aux-Feuilles est un deux-mâts datant du 19e siècle. Certains détails, concernant les verrous de sécurité ou le revêtement cuivré des pièces, l?apparentent au ?Sirius? et à la ?Magicienne?, navires échoués en 1810.
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