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Vice-président : Un poste en sursis

10 septembre 2006, 00:00

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«La Constitution se contente de dire : » There shall be a vice-President ». On vous nomme et après six mois, on oublie jusqu?à votre existence? » Cette boutade de l?ancien vice-président de la République, Angidi Chettiar, conforte une partie du gouvernement dans sa volonté de faire disparaître le poste actuellement détenu par Raouf Bundhun. « Nous avons discuté de la question, mais la décision finale n?a pas encore été prise », confirme un Senior Minister.

À l?expiration de son mandat en mars 2007, Raouf Bundhun, pourrait donc passer à la postérité comme le dernier vice-président de la République. Deux raisons sont avancées par ceux qui souhaitent voir disparaître l?adjoint du président de la République. Tandis que certains déplorent le « peu de rôle » que le vice-président exerce dans la pratique, d?autres invoquent la nécessité de réaliser des économies par ces temps de disette budgétaire.

Le montant alloué à la vice-présidence peut paraître relativement « modeste » avec les Rs 6,75 millions prévues pour l?année financière 2006-2007, soit le quart de la dotation du Bureau du président. « Certes, ce budget n?est pas énorme. Mais c?est une dépense incompressible. Si on met de telles dépenses bout à bout, cela peut générer des économies conséquentes », reprend le ministre.

Mais pour beaucoup de responsables politiques, ce poste ne doit pas être lié à une question de budget. L?ancien président Karl Offmann proteste. « Les considérations financières ne devraient pas déterminer s?il faut ou non maintenir le poste de vice-président », affirme ce dernier.

Cassam Uteem, remarque, quant à lui, que si le gouvernement veut réellement réaliser des économies, il ferait tout aussi bien d?éliminer le poste de vice-Premier ministre qui n?est « autorisé à prendre aucune décision, même la plus banale, en l?absence du Premier ministre ». Pravind Jugnauth, le leader du MSM, propose d?économiser sur les missions à l?étranger des ministres et des nominations qu?il juge inutiles.

Très peu de fonctions

Dire que le vice-président n?exerce effectivement que très peu de fonctions n?est pas non plus exagéré. Dans la pratique, il remplace le président de la République quand ce dernier n?est pas au pays. Et dans d?autres cas, après consultation avec le président de la République, il le représente dans des cérémonies officielles ou les rassemblement publics auxquels le président ne peut se rendre. « Notre système est inspiré du modèle indien. Mais on est bien loin de celui qui préside le Rajya Sabha (le sénat en Inde) et qui représente la présidence à nombre de cérémonies protocolaires à l?étranger », déplore Angidi Chettiar, qui suggère qu?on revalorise la fonction du vice-président.

Raouf Bundhun, l?actuel vice-président, s?oppose à cette manière de voir sa fonction. « Le poste de vice-président est très important pour le pays. Il travaille en étroite collaboration avec le président et il le remplace à Maurice ou à l?étranger lors d?importantes conférences, car le président ne peut pas être partout à la fois. J?ai honoré mes fonctions, conscient du fait que le vice-président doit promouvoir l?unité entre les composantes de la nation mauricienne. Je travaille pour le progrès du pays. »

Remettre en cause la République

D?autres abondent également en ce sens car, selon eux, le vice-président joue un rôle politique de représentation incontournable. Ainsi, Karl Offmann, insiste sur la signification sociale de certains symboles dans un pays pluriel comme Maurice.

« L?existence même du poste de vice-président doit être perçue comme un engagement de notre République à sécuriser les minorités. »

« J?ai honoré mes fonctions, conscient du fait que le vice-président doit promouvoir l?unité entre les composantes de la nation mauricienne »

Un avis partagé par Alan Gannoo, le vice-président du MMM. Ce dernier renchérit en expliquant que ce poste est relié au statut de République du pays. Car la République avait été pensée et conçue avec la fonction de représentation du vice-président. Remettre en cause ce poste serait remettre en cause la République.

Pravind Jugnauth soulève une autre question, d?ordre plus pratique. Lorsqu?avec la nouvelle configuration, le chef juge remplacera le président à chaque fois qu?il sera en déplacement à l?étranger : « Le chef juge est à la tête du judiciaire. Il ne faut pas l?embarrasser inutilement. Car certaines décisions émanant de l?exécutif, et qui sont de nature sensible, devront obtenir l?assent de celui-ci, alors que ces décisions pourraient concerner le judiciaire. Cela le mettrait dans une position inconfortable. »

Mais malgré les récriminations, le gouvernement pourrait poursuivre dans la logique de faire disparaître ce poste. Dans ce cas, un amendement constitutionnel sera nécessaire. « Si le gouvernement ne compte pas maintenir ce poste, il peut tout simplement ne pas le remplir au départ de l?actuel vice-président en mars prochain. Pour cela, il faudra qu?il y ait consensus au Parlement, avec une majorité de trois-quarts qui se dégage », prévient l?ancien ministre et juriste Anil Gayan. Alors que son ancien camarade de parti, Ashock Jugnauth note que « le moment est mal choisi pour évoquer cette question dans la conjoncture actuelle ».

Tout indique toutefois que le gouvernement ne pourra pas faire adopter aussi facilement cet amendement constitutionnel, si jamais il décide de présenter ce projet à l?Assemblée. En effet, pour que le poste de vice-président disparaisse, au moins 52 députés de l?Assem-blée nationale devront voter l?amendement. Or, même si les quatre députés de Rodrigues soutiennent le gouvernement sur la question, il ne disposera que de 48 votes en faveur de l?amendement.

Ce qui voudra dire qu?au moins 4 députés de l?opposition devront soutenir le gouvernement pour que le poste disparaisse. Rien de moins sûr. Et sur cette question, l?opposition semble démontrer une certaine unité.

Pravind et Ashock Jugnauth, de même qu?Alan Ganoo, indiquent tous que leurs partis respectifs ne voteront pas un tel amendement. Reste à savoir si le gouvernement a suffisamment d?arguments en stock pour convaincre quelques députés de l?opposition. À défaut d?arriver à les persuader, il lui faudra composer avec un vice-président de la République dont il juge la fonction inutile?

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