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Vestiges : préserver ce qui reste

18 avril 2007, 00:00

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Notre patrimoine est en péril… Les maisons d’antan se délabrent, les sega lontan tombent dans l’oubli, les métiers traditionnels laissent la place aux nouvelles technologies… En 50 ans, on peut dire que Maurice a un tout autre visage. Évolution et modernisation sont une chose, mais lorsque c’est au prix de notre patrimoine, là, c’est une partie de nous qui disparaît. Une part de notre histoire et de notre identité mauricienne, de la richesse de la mémoire de nos ancêtres qui se perd. Par ailleurs, en cette journée, une ex-position est prévue pour faire découvrir ce qu’est le patrimoine local et mondial (voir encadré plus loin).

Pourtant on ne peut pas dire que le patrimoine n’est pas à l’honneur depuis quelques années. La nomination du site de l’Aapravasi Ghat comme patrimoine mondial par l’Unesco et la remise du nomination dossier par Le Morne Heritage Trust Fund, sont une bonne illustration de cette prise de conscience grandissante autour de l’importance de préserver ces lieux historiques, de récolter les témoignages du passé et de fouiller notre mémoire.

Mais nous n’en sommes qu’aux prémices de cette prise de conscience et des actions visant la sauvegarde de notre patrimoine. La prise de conscience est loin de toucher tout le monde et à la vitesse à laquelle le patrimoine se détruit et est détruit, seule une infime part de notre riche patrimoine peut être sauvée.

Le patrimoine matériel étant visible, il est plus évident d’en constater la décrépitude, l’abandon et la destruction. Combien de petites maisons en bois se dressent en piteux état sur le chemin que vous prenez tous les jours pour vous rendre au travail ? Puis un jour elles disparaissent sous les bulldozers pour laisser la place à une grande maison de béton armé.

<B>Conserver “so lakaz” mais à quel prix ! </B>

Mais ce qui est moins visible, et tout aussi important, c’est la disparition de notre patrimoine immatériel, de nos traditions, croyances, connaissances de gestes et techniques, qui nous ont été transmis depuis des générations et finissent par tomber dans l’oubli car nos modes de vie ont évolué trop vite et trop brutalement. Les influences extérieures sont venues balayer ce patrimoine ancestral pour imposer la con-sommation de masse, entre Bolly-wood et Hollywood.

Bien souvent, ce qui est ancien, est considéré comme dépassé, démodé, sans intérêt, bon à jeter, oublié ou détruit. Et c’est le sort d’une large part de notre patrimoine, celle qui n’a pas encore disparu. Mais quand bien même il y a une volonté d’en sauvegarder un pan par certains, les moyens d’actions sont bien minces et limités.

<I>“En voie de disparition, ces petites maisons d’antan aux lambrequins dentelés et toit de bardeau coûtent bien cher. Non pas à la vente, mais à l’entretien.”</I> Car si des lois existent, elles ne touchent que le patrimoine classé au rang de National Heritage et n’empêche nullement la destruction massive et sauvage qui touche notre bâti d’antan par exemple.

En voie de disparition, ces petites maisons d’antan aux lambrequins dentelés et toit de bardeau coûtent bien cher. Non pas à la vente, mais à l’entretien. Philippe Lamyeeman, habitant et propriétaire d’une petite maison en bois traditionnelle de Beau-Bassin depuis 30 ans raconte les soucis que lui cause sa maison, les nombreux travaux d’entretien qu’elle demande et l’énergie qu’il faut pour l’entretenir, mais qu’il n’a plus aujourd’hui. “O koumansman mo ti entretenir sa lakaz la, mo ti fer bann reparasyon kan bizin, mai dernierman monn abandone. Monn laiss li kouma li ete. So lambrekin kase, mo laisse li koum sa. Bann zanfan pa pou gard li de tout fason, zot pou kraz li ! ”

<I>“Le lot de soucis que cause une maison est bien lourd pour un propriétaire qui n’a pas toujours les moyens de l’entretenir.”</I>

Le lot de soucis que cause une maison est bien lourd pour un propriétaire qui n’a pas toujours les moyens de l’entretenir. “Kan ena siklon, li koule, lapli abim li, dibwa pouri, bizin sanze, mastik tombe, dilo rantre. Bizin enn ti reparasyon tou le zan, si pa isi enn lot plas”, explique Philippe Lamyeeman. Pourtant il l’aime sa maison, il fait bon y vivre : “Pou reste li bon, li mwin so ki beton. Kan pou kraze, sagrin ti pou sagrin, tia kontan garde si pa ti ena sa kantite reparasyon la.”

Autre problème, la main-d’œuvre qualifiée pour la restauration de ces vieilles demeures est devenue bien rare. Et là aussi, c’est une part de notre patrimoine qui disparaît avec la perte des connaissances et techniques typiquement mauriciennes de ces artisans. Hemsley Sunders, menuisier travail à la restauration d’une vieille maison de Beau-Bassin – Rose-Hill. “Premie fwa mo travay lor sa kalite lakaz la, li pli konplike. Sak laf’net ena so tay, sak sasi diferan. An plis klian pe rod fer li parey kouma li ti ete lontan. Bizin enn bon lantretien sa kalite lakaz, dernie lantretien pa dat de se zour sinon li pa ti pou abime sa kantite la ! ”

Alors par facilité, au lieu de restaurer, c’est la destruction qui est de mise. Seules les plus grosses de-meures sont restaurées et transformées en lieux touristiques, boutiques ou restaurants, afin que la mise en valeur et l’entretien soit rentable. Tandis que ces petites maisons d’habitants particuliers, les vieilles boutiques ou ateliers qui reflètent l’âme de Maurice et son histoire sont relégués à cette part de notre patrimoine trop souvent oubliée.

<B>Maya DE SALLE ESSOO</B>

<B>SOS Patrimoine lutte pour cette “richesse” de la nation</B>

C’est leur passion pour le patrimoine, les belles pierres et l’âme de notre île qui a rassemblé cette vingtaine de bénévoles issus de différents milieux socioprofessionnels pour former l’association SOS Patrimoine. “On a pensé que l’union ferait la force, au lieu que chacun œuvre de son côté”, déclare Jean François Guimbeau, président de l’association. Le but de l’ONG : conscientiser sur la valeur inestimable de notre patrimoine. “On veut faire comprendre que ce patrimoine peut rapporter de l’argent s’il est bien entretenu, il faudrait restaurer et revaloriser le vieux Port-Louis. Ça pourrait être une attraction pour les touristes, mais il faut une volonté politique”, estime Jean François Guimbeau.

L’association déplore la destruction de ce patrimoine bâti. “Chaque maison est différente, est une œuvre d’art. Chaque balcon, lambrequin, est unique. Ce sont des monuments au savoir-faire des artisans mauriciens, tailleurs de pierre, charpentiers, menuisiers, peintres, sculpteurs… Tout ça a été fait à la main !” déclare Jean François Guimbeau avec passion.

Mais bien des propriétaires décident de raser leur vieille maison face au coût important de l’entretien et de la restauration, le manque de main- d’œuvre qualifiée et le manque d’aides venant de l’État. “SOS Patrimoine sait qu’on ne peut pas tout sauvegarder, mais certaines zones, rues, les plus beaux exemplaires doivent être sauvegardés. Il ne faut pas tout raser.”

C’est pour essayer de sauver une partie de ce patrimoine portlouisien que les bénévoles de l’association font un relevé de ces petites maisons d’antan, sillonnant les rues de la capitale les samedis. “Le but est d’encourager les gens à restaurer, leur dire : oui ça coûte, mais ça peut vous rapporter de l’argent”, selon le président de l’association. Encourageant la reconversion de ces vieilles structures, l’association espère sauver ainsi de la démolition de certaines d’entre elles par leur réhabilitation en boutiques, restaurants ou hôtels.

Toute une histoire à raconter</B>

Pour SOS Patrimoine, la sensibilisation du public passe aussi par la sensibilisation des jeunes. Inculquer aux enfants que les choses du passé sont belles et méritent d’être appréciées à leur juste valeur, en passant par la sensibilisation des jeunes, voilà une des missions de SOS Patrimoine. À cet effet, l’association propose des séances dans les écoles. “On veut déclencher un éveil, un réveil. L’accent n’a pas été mis assez sur la merveille du patrimoine. Un côté négatif y est rattaché”, déclare Jean François Guimbeau.

Loin de chercher la confrontation, l’association se veut constructive et encourage des actions entreprises par le gouvernement telles que le projet de musée à la Citadelle. “Quand le gouvernement veut sauver un bâtiment, il peut très bien le faire, voyez le bâtiment du Trésor, le Réduit ou Clarisse House, ils ont été très bien restaurés”, argue Jean François Guimbeau.

Passionné par les vieilles sucreries, Jean François Guimbeau souligne également l’importance de ces vestiges sucriers. “Ce sont les clochers de nos villages. C’est toute la vie et l’histoire de ce pays. Ce sont des témoignages du passé qui rappellent les bons comme les mauvais côtés de notre histoire.”

Admirant le savoir-faire mauricien dont ces cheminées sont les témoignages, ce passionné de patrimoine fait remarquer qu’elles “sont toutes différentes, elles devraient toutes être classées, elles ont toutes une histoire à raconter, elles ont toutes écrit une page de l’histoire de Maurice !”

QUESTIONS À…

<B>Diana Bablee,historienne et présidente du National Heritage Fund</B>

● <B> Une partie de notre patrimoine tombe en ruine, qu’en pensez-vous ? </B>

Le développement va très vite et il n’est pas évident pour le National Her-itage Fund (NHF) de rattraper cette vitesse. Mais malgré nos limites, nous essayons de préserver déjà ce qui est classé, même si ce n’est pas toujours évident.

C’est très coûteux de conserver les bâtiments, mais les gens doivent comprendre que s’ils investissent dans la restauration, à long terme cela peut devenir un investissement très rentable. Les gens veulent visiter Maurice pour y voir et comprendre ses spécificités, son âme profonde. Le domaine du patrimoine est un nouveau créneau qui va prendre une place importante dans l’économie du pays, les touristes s’intéressent au tourisme culturel !

● <B>Quelle est la mission du National Heritage Fund ?</B>

Les objectifs principaux du NHF sont la préservation, la gestion et la promotion du patrimoine. Tout cela pour faciliter la recherche scientifique et culturelle à long terme, à des fins de développement pour le loisir et le tourisme au niveau national et international. On a aussi pour mission d’éduquer et de sensibiliser le public aux valeurs culturelles et au patrimoine national.

Y a-t-il des conditions pour qu’un site classé fasse l’objet de transformations ou de réparations ? </B>

Selon la loi, un site classé est protégé, il ne peut y avoir de travaux sans que le NHF en soit informé et ne donne les permis nécessaires. Mais il faut bien souligner que le NHF n’est pas propriétaire des sites classés et donc, on ne peut que donner des conseils par rapport à la préservation et l’exploitation des sites pour qu’elles n’aillent pas à l’encontre de la conservation desdits sites.

● <B>Si un site de notre patrimoine est en danger de destruction, que peut faire le public ? </B>

Un hot line (800 10 01) a été lancé il y a un an, dans le cadre de la Journée internationale des monuments et des sites 2006. Le NHF invite le public à y faire ses suggestions s’il pense que des sites méritent l’attention du NHF, si un site est en danger de destruction ou la proie des vandales. Un inspecteur du NHF se déplacera afin d’établir un constat et nous établirons les solutions afin de résoudre ces problèmes s’il y en a.

● <B>Quels sont les projets du NHF ? </B>

À court terme, le NHF a commencé une campagne de sensibilisation et d’information. C’est le début d’une longue campagne auprès du public mauricien. Au niveau de la recherche, pour ce qui est du patrimoine bâti, on termine en ce moment un inventaire complet des sites déjà classés. Après on va faire un inventaire de ce qui n’est pas classé, afin de mettre sur pied une liste des sites à éventuellement classer au niveau national et international. Pour ce qui est du patrimoine intangible, on commence aussi à faire un inventaire et on voudrait également aborder le patrimoine naturel dans le futur.

● <B>Le Morne à l’honneur pour la journée du patrimoine</B>

Aujourd’hui, 18 avril, dans le cadre de la Journée internationale des monuments et des sites, le National Heritage Fund organise conjointement avec Le Morne Heritage Trust Fund (LMHTF) et l’Aapravasi Ghat Trust Fund des activités, notamment une exposition présentant une sélection de sites classés patrimoine national. “Le but est de faire connaître les sites classés de Maurice”, explique Diana Bablee, présidente du National Heritage Fund (NHF). Elle ajoute : “On veut faire comprendre que le patrimoine n’est pas l’affaire d’un petit groupe, que tout mauricien peut se sentir fier de son patrimoine.” Le thème choisi par l’UNESCO et ICOMOS pour la journée étant “Cultural Landscapes and Monuments of Nature”, on ne pouvait pas mieux tomber avec le site du Morne dont le dossier a été remis tout récemment à l’UNESCO, et sera donc cette année au centre de cette exposition.

Dans le cadre de cette journée, le LMHTF présentera son site au grand public et le NHF distribuera des affiches aux écoles et centres communautaires à travers l’île.

Le lancement de cette exposition itinérante se tiendra aujourd’hui à 15 heures au village du Morne, et tournera ensuite dans l’île jusqu’au mois de novembre. Une campagne de sensibilisation et d’information auprès des jeunes âgés de 11 à 13 ans sera également organisée conjointement par les trois organismes, afin d’expliquer ce qu’est le patrimoine national et mondial aux jeunes mauriciens.

<B>Calendrier : </B>

Du 18 avril au 21 avril –- Rue des Camélias – Le Morne Village

Du 30 avril au 7 mai – L’Alliance française Triolet

Du 10 mai au 16 mai

Youth Centre – Rivière-du-Rempart (à confirmer)

Du 25 mai au 29 mai – Foyer du Théâtre de Port-Louis

Du 12 juin au 18 juin – L’Alliance française – Souillac

Du 1 juin au 2 juin – Foire artistique – Municipalité de Quatre-Bornes (à confirmer)

Du 6 juillet au 10 juillet – Municipalité de Rose-Hill

Durant le mois de novembre Musée d’Histoire Nationale Mahébourg (dates à préciser)

Les séances de sensibilisation seront organisées le samedi 21 avril au Centre communautaire du village Le Morne, le samedi 26 mai au Foyer du théâtre de Port-Louis et au mois de novembre à Mahébourg (date à préciser).

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