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Véronique Sanson le chant meurtri d?un papillon
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Véronique Sanson le chant meurtri d?un papillon
La musicienne publie un album de nouvelles chansons, Longue distance, le premier depuis huit ans. Ses amitiés, américaines notamment, lui ont permis de surmonter sa crise d?inspiration.On avait presque fini par perdre de vue la chanteuse et musicienne. C?est surtout par le canal de la presse «people» que parvenaient ces dernières années des échos de Véronique Sanson, de la fin d?un mariage très médiatisé à des rumeurs inquiétantes sur sa santé.
T-shirt, jeans et baskets, décontraction à l?américaine : Véronique Sanson reste en 2004 comme on l?imagine. Cette permanence de l?apparence contraste avec les fluctuations de l?humeur, oscillant de la légèreté à la gravité, de la gaieté à la mélancolie, erratisme qui signait l?originalité de ses chansons. De même, quand elle parle, son timbre rauque, monocorde, abîmé par la nicotine, jure avec les miaulements équilibristes de sa célèbre voix de gorge, usant (et abusant, selon ses détracteurs) du vibrato.
L?album de son retour s?intitule Longue distance, un titre plus approprié que celui de son prédécesseur, Indestructible. Car entre-temps, Véronique Sanson a côtoyé les gouffres de la fragilité humaine, perte du désir et autodestruction comprises. Difficile de ne pas remarquer, parmi les quinze nouvelles chansons, La Douceur du danger, et sa dédicace à Renaud : «Je l?ai écrite bien avant qu?il soit redevenu sage, affirme-t-elle. Je ne le connais pas, on s?est juste rencontrés sur un plateau de télé, mais je sais par quelle misère, quelle souffrance, quelle solitude il a pu passer.»
Artistiquement, la situation était aussi grave. Le piano s?était refermé. «Je n?avais rien à dire, car je n?avais rien vécu. Et on n?a plus envie de dire qu?on est déprimé, qu?on est plus mal que les autres. Je ne me disais pas non plus : «Tiens, il y a huit ans que tu n?as rien fait, ma pauvre vieille !»» Un soupir : «N?importe quel crétin est capable d?écrire une chanson tous les jours.»
L?inspiration est revenue progressivement, encouragée par sa famille. Véronique Sanson pouvait aussi compter sur la fidélité de l?entourage, celle des «deux Bernard», Saint-Paul (producteur) et Swell (compositeur). Sur le papier pourtant, la contribution de Véronique Sanson paraît maigre : quatre titres nés de sa seule plume, autant qu?on lui a offert, le reste émanant de collaborations avec des amis ou des proches (Alain Chamfort ou le fiston, Christopher Stills). On regrettera que Le Morceau étrange, un quatre mains avec William Sheller, n?ait pu aboutir.
«Ça ne me fait plus aussi mal qu?avant de ne pas tout écrire», confie-t-elle. Cet aveu nous éloigne de la Sanson conquérante des années 1970, affirmant avec panache et fougue, après Barbara en France et en même temps que Carole King aux Etats-Unis, le pouvoir des femmes à accéder au rang d?auteurs-compositeurs-interprètes. A exposer leurs désirs et leurs fêlures, après les poupées de cire-poupées de son de la période yé-yé, actionnées par leurs pygmalions.
En 1999, Véronique Sanson avait pourtant choisi, pour un disque suivi d?une tournée, de renoncer entièrement à son répertoire et de s?emparer d?un univers qui n?était pas le sien. Quoique. Elle s?appropriait si naturellement, sept ans après sa mort, le spleen doux-amer de Michel Berger qu?on se demandera toujours lequel des deux amants influença l?autre entre 1967 et 1972. «Je lui devais cela pour l?avoir abandonné. Ça m?a tellement rendue malade. Pendant des années, on s?est écrit par disques interposés. Aujourd?hui, j?ai payé ma dette. Je me sens comme un papillon» - comme un papillon à une étoile, évidemment.
<B>Bruno LESPRIT
© Le Monde 2004distribué par The N. Y. Times Syndicate</B>
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