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Une volonté et une soif de pouvoir hors normes au service de la politique.
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Une volonté et une soif de pouvoir hors normes au service de la politique.
Arnold Schwarzenegger est méthodique, déterminé, bien conseillé, ne commet pas beaucoup d?erreurs et a une confiance totale en sa bonne étoile. Il n?a jamais connu l?échec, est prêt à tout pour gagner, est dévoré d?ambition et éprouve une fascination hors normes pour le pouvoir.
Il expliquait tout cela naïvement dans un documentaire à sa gloire tourné en 1977 par George Butler et baptisé Pumping Iron (Muscles d?acier). « J?ai toujours rêvé des gens très puissants, des dictateurs et des personnes comme cela. J?ai toujours été impressionné par des personnages dont on se souvient pendant des centaines d?années.»
Vingt-six ans plus tard, il décrit plus subtilement cette ambition. « J?ai toujours le sentiment que je ne suis pas assez bon, pas assez intelligent, pas assez fort. Que je suis loin d?en avoir suffisamment fait et d?avoir totalement réussi. »
Pour devenir M. Univers et sept fois M. Olympe, Arnold Schwarzenegger n?a pas hésité à prendre des produits anabolisants et l?a reconnu. « Vous devez faire tout ce qui est possible pour gagner, peu importe quoi », avoue-t-il dans Pumping Iron. « Arnold n?est pas vraiment quelqu?un qu?on peut aimer. Soit vous l?admirez, soit vous le détestez », résume pour sa part George Butler.
Ce qui frappe dans Pumping Iron, c?est sa volonté. Elle ne se traduit pas seulement dans sa capacité à sculpter inlassablement son corps et dans sa conviction, alors un peu ridicule, d?avoir un destin hors du commun, mais dans la domination physique et psychologique de ses adversaires dans le monde du muscle. Et tout cela avec un mélange de charme, d?intimidation, d?humour et d?intelligence. Manifestement, Schwarzenegger n?agit pas seulement d?instinct. Il est froid et réaliste, prend en compte les forces et les faiblesses des compétiteurs, y compris les siennes.
La mégalomanie mène en général à commettre des erreurs, à se surestimer. Jusqu?ici, Arnold Schwarzenegger a su l?éviter dans la musculation, le cinéma, les affaires et maintenant la politique. Certains expliquent qu?il le doit à sa femme, Maria Shriver, la fille d?Eunice Kennedy Shriver, s?ur du célèbre président assassiné John Fitzgerald Kennedy.
Avec un tel mariage, en 1986, Arnold Schwarzenegger est entré dans un autre monde, celui des patriciens de l?Amérique. Le père de Maria, Sargent Shriver, a passé de longues heures autour d?un verre à parfaire la culture politique de son beau-fils. Il se disait à Hollywood que Maria Shriver n?était pas enthousiaste à l?idée de la candidature de son mari. Elle n?appréciait pas la perspective d?une vie agitée et garde le souvenir des assassinats de John et Bob. Mais il semble avoir réussi à la convaincre, même si cela a été difficile.
Interrogé en petit comité à Los Angeles sur sa capacité à battre Cruz Bustamante, son adversaire démocrate, il répondait : « Les démocrates, je m?en charge. Je les connais bien vous savez, j?en ai épousé une. C?est parfois dur, mais cela en vaut la peine. »
Maria Shriver lui a aussi appris à ménager l?avenir et le passé. La façon dont il a réglé le problème des rumeurs sur les activités nazies de son père est magistrale. En 1990, Schwarzenegger fait ses premiers pas dans la vie publique en étant nommé, par George Bush père, président du Conseil pour les activités physiques. Il parcourt le pays à ses propres frais pour prôner dans les écoles les vertus de l?exercice physique. Pour éviter la polémique, il donne alors un million de dollars au Centre Simon Wiesenthal afin d?enquêter sur les activités de son père pendant la seconde guerre mondiale. Il y a deux mois, juste après l?annonce de sa candidature, le rabbin Marvin Hier réaffirmait sur les chaînes de télévision que Gustav Schwarzenegger n?avait commis aucun crime de guerre.
Tout en étant républicain, en revendiquant haut et fort le libéralisme économique, sur des questions comme l?homosexualité, l?avortement et le contrôle des armes à feu, l?acteur n?est pas différent des démocrates. C?est une prise de position habile, la grande majorité des Californiens partageant le même avis, et cela le protège des accusations d?hypocrisie.
Dans une interview, devenue depuis célèbre dans le magazine Oui, en 1977, il fait allusion à des orgies sexuelles. Cela lui a valu les critiques farouches, au cours des dernières semaines, de plusieurs organisations féministes. Il y a répondu dans un show télévisé célèbre, celui d?Oprah Winfrey, en compagnie de sa femme.
Certains se demandent maintenant où s?arrêtera Arnold Schwarzenegger. La réponse se trouve peut-être dans un film, Demolition Man, qui est sorti le 8 octobre 1993, très exactement dix ans moins un jour avant la date du scrutin qui a décidé de la révocation du gouverneur de Californie, Gray Davis. Sylvester Stallone joue le rôle principal. Le long métrage ne laissera pas une grande trace dans l?histoire du cinéma, si ce n?est peut-être pour un clin d??il prémonitoire.
Sylvester Stallone y joue le rôle d?un policier de Los Angeles mis en hibernation et réveillé en 2032. À un moment, sa partenaire, Sandra Bullock, évoque une certaine « librairie présidentielle Schwarzenegger ». Elle explique que l?acteur est devenu si populaire que le peuple a décidé de supprimer l?article de la Constitution qui interdit à quelqu?un n?étant pas né américain de devenir président.
Ce n?est pas forcément de la science-fiction. Le sénateur républicain Orrin Hatch a déposé il y a quelques semaines un amendement autorisant un citoyen naturalisé depuis vingt ans à être candidat à l?élection présidentielle. Arnold Schwarzenegger a acquis la nationalité américaine en 1983. S?il est élu gouverneur et l?amendement voté, tout est possible. « De toute façon, explique George Butler, le cinéaste qui a relaté son ascension, si vous croyez qu?Arnold peut être arrêté par quelques mots sur un parchemin quand il a décidé quelque chose, vous ne le connaissez pas. »
2003 Le Monde ? Eric Leser
Distribué par The New York Times Syndicate
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