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Une troisième force peut-elle émerger ?
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Une troisième force peut-elle émerger ?
<B>Est-ce le bon moment pour qu?émerge une troisième force ? </B>
<B>Malenn Oodiah. </B> D?abord, les valeurs et les pratiques des principaux blocs sont de plus en plus aux antipodes de celles capables d?assurer le développement d?une société moderne. Ensuite, les sondages indiquent que les majoritaires sont les indécis. Une troisième force semble donc nécessaire.
<B>Razack Peeroo. </B> On ne peut plus gérer le pays comme dans les années 60. Les partis traditionnels ont du mal à répondre aux attentes de la nouvelle génération qui souhaite vivre autrement. Il y a un désir de voir se constituer une véritable identité mauricienne, qui s'articulerait autour de l'homogénéité et non de la division de la nation.
<B>Yousuf Mohamed. </B> Nouvelle force ou pas, nous avons besoin d?hommes au passé irréprochable. Des hommes qui soient capables de faire preuve d'imagination et de créativité. Il faut établir une symbiose entre les nouveaux et les hommes d'expérience.
<B>Sheila Bunwaree-Ramharai. </B> Les mêmes têtes depuis 30 ans, les mêmes acrobaties, c?est étouffant.
Il faut une troisième force pour amener plus de débats et un réel projet de société, pour créer une démocratie plus participative. On dit que les crises sont des opportunités pour émerger. Et il y a plusieurs formes d?instabilité dans le pays.
<B>Qu?est-ce qui peut empêcher une telle force d?émerger ? </B>
<B>M. O. </B> Il faut tirer les leçons du passé. Les erreurs ont été : une approche intellectualisante qui consiste à vouloir imposer un modèle-projet importé avant de l?avoir suffisamment travaillé ; une méconnaissance des réalités sociopolitiques du terrain ; une démarche animée dans un registre d?opposition, voire de règlement de compte ; une sous-estimation de l?ampleur de la tâche pour obtenir l?adhésion afin de se développer en force véritable.
<B>R. P. </B>Le premier écueil provient du système westminstérien dont nous avons hérité, qui s'articule autour de deux blocs. Mais si l?Angleterre a pu faire de la place à une troisième force, pourquoi pas nous ? L'autre difficulté est liée à la spécificité de notre vie politique. Le communautarisme, le castéïsme et le sectarisme empêchent l'émergence d'une force fondée sur des facteurs objectifs et rationnels.
<B>S. B-R. </B>Notre jeu sectaire entrave la constitution d?une troisième force crédible, basée sur la compétence. La réforme électorale aurait pu la faire émerger en modifiant le jeu, mais on ne voit rien venir. Le financement des partis politiques reste l?autre contrainte.
<B>Y. M. </B> Il y a un manque d'intérêt des jeunes pour la politique, amplifié par les scandales. Il faut aussi d'importants moyens financiers pour s'imposer face aux blocs qui disposent de l'appui des opérateurs économiques. Le communautarisme et le castéïsme, qui se sont accentué ces dix dernières années, constituent l?autre écueil.
<B>Quelles conditions doivent être réunies pour qu?une force s?affirme ?
M. O. </B> Les animateurs de cette troisième force doivent avoir une juste appréciation des attentes de la population. On ne peut pas faire du neuf avec du vieux. Il faut donc de nouveaux leaders avec une ardoise propre. Il faut que les animateurs se disent que c?est un travail de longue haleine. Il ne faut surtout pas qu?à la première occasion, ils se lancent dans des compromissions en invoquant les mêmes prétextes que ceux qu?ils critiquaient hier. Un discours simple, qui accroche, autour des valeurs qui animent la tribu des « Ki Font » plutôt que celles des « Il n?y a qu?à ».
<B>S. B-R</B>. Il faut éduquer l?électeur afin qu?il comprenne que son vote ne peut pas se limiter à être ene correction. Il doit se rendre compte que ce vote peut améliorer sa situation. Il est essentiel pour être crédible d?avoir une assise nationale. En 1982, le Rassemblement pour le progrès et la liberté aurait pu devenir une troisième force. Ce parti, constitué à la dernière minute, a disparu parce que ses candidats n?avaient pas d?assises et étaient considérés comme trop proches d?un groupe.
<B>R. P. </B> Il faut arriver à penser en termes de nation homogène. C?est une dynamique indispensable pour nous aider à faire face aux nombreux défis que la nation doit affronter. La limite des idées obsolètes et des pensées qui prônent le sectarisme, le communautarisme et le castéïsme va contribuer à l'émergence de cette troisième force. La nécessité d'une nouvelle approche, avec de nouveaux visages, va s'imposer d'elle-même comme la voie obligée vers la résolution des problèmes.
<B>Y. M. </B> Une condition sine qua non, c'est la volonté des promoteurs à ne jamais avoir recours au communalisme. Il faut une équipe d?hommes et de femmes intègres et honnêtes. L'autre élément indispensable, c'est l'argent. La création d'un parti, la mise en place de ses structures, le recrutement des cadres, le financement de son programme et de sa campagne requièrent de gros moyens.
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