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Une question de caractères
La leçon est longue et un peu compliquée, mais le conférencier nous a prévenu, l?histoire des écritures est un puzzle. Un labyrinthe, et mieux vaut être attentif pour ne jamais perdre le fil.
Une fois le chemin tracé, balisé, le puzzle s?assemble soudain facilement et les découvertes que nous propose François Laperotte sont toutes les plus fascinantes les unes que les autres.
Au travers de nombreuses anecdotes et exemples très intéressants que l?on retient facilement, on comprend toute l?histoire. L?écriture est nomade. Elle a voyagé et évolué.
Au départ, l?écriture est cunéiforme (en forme de coins). Les premières traces d?écritures sont apparues sur des tablettes de pierre datant de 3000 avant J.C. et découverte en Mésopotamie, aujourd?hui devenue l?Irak, entre autres.
Ces tablettes représentaient comme des documents comptables, probablement pour les marchands. De cette époque, les scientifiques ont comptabilisé environ 1500 signes, des idéo-pictogrammes (représentation d?une idée sous la forme d?un dessin), dont 20 % seulement étaient compréhensibles.
Comme les dessins n?étaient pas faciles à réaliser, sur la pierre, les scribes ont décidé de simplifier l?écriture, qui deviendra le sumérien, puis l?akkadien (qui utilise le graphisme pour représenter des syllabes). Ces formes d?écritures ont duré jusqu?au premier siècle de notre ère avant de disparaître.
<B>Silence archéologique</B>
Egalement cunéiformes, les hiéroglyphes sont aussi apparus au début du 4e siècle avant J.C. On apprend qu?un hiéroglyphe est l?association d?un pictogramme et d?une représentation phonétique, en plus d?un déterminatif, pour préciser la nature du sujet. Les scribes ont peu à peu simplifié cette écriture, ainsi appelée hiératique. Les hiéroglyphes ont fini par disparaître au 5e siècle de notre ère. Voilà pour les origines.
Le principe de l?alphabet n?est arrivé qu?en 1800 avant J.C. et est appelé écriture proto-sniaïtique car les traces de ces premiers caractères alphabétiques ont été retrouvés au Sinaï, mélangés à des hiéroglyphes. Après un long «silence archéologique », nous dit François Laperotte, on retrouve l?alphabet au tout début du deuxième siècle avant J.C. Il s?agit de l?alphabet phénicien, qui est «la base de tous nos alphabets modernes ». Il comportait alors 22 signes, exclusivement des consonnes. C?est de cet alphabet phénicien que sont nées d?autres formes d?écritures, l?araméen (qui a donné l?arabe, le mongol, le mandchou) et le grec. Les Grecs empruntent donc l?alphabet phénicien et le modifient car dans leur langage, les voyelles sont impératives pour la compréhension d?un mot. Les premières voyelles apparaissent sous la forme d?anciennes consonnes inutiles.
<B>Tradition orale</B>
En phénicien, la lecture se faisait, comme l?arabe aujourd?hui, de la droite vers la gauche. Mais les Grecs ont aussi changé cette manière de faire. Ils écrivaient bien de la droite vers la gauche, mais arrivés au bout de la ligne, ils écrivaient dans l?autre sens, et ainsi de suite. Au 6e siècle avant notre ère, ils ont finalement adopté l?écriture de gauche à droite.
Ce modèle d?écriture a été à son tour emprunté par les étrusques, mais leurs écrits restent encore indéchiffrables.
Toutefois, ces étrusques ont eu la bonne idée de se heurter aux Romains. On date les premières inscriptions latines en 550 avant J.C. Les célèbres capitales romaines sont à l?origine de nos majuscules. Les minuscules arriveront bien plus tard, par l?empereur Charlemagne, en 950. Le style minuscule instauré par Charlemagne s?appelait Caroline. C?est également à partir du grec que sont nés les alphabets arméniens, géorgiens et cyrilliques.
Ce système d?écriture à partir d?un alphabet, est utilisé par 50 % de la population mondiale. 25 % utilisent le système d?écriture indien. Peu de traces des premières écritures d?Inde existent car l?on devait dans le passé écrire sur des feuilles, ou autres matières périssables. D?autre part, les religions privilégiaient la tradition orale à l?écrit encore naissant. Les plus anciennes traces d?écritures datent de 2400 avant J.C. Mais silence archéologique encore une fois. On ne retrouvera d?écrits que datant de la période du troisième siècle avant J.C.
On découvre alors le karoshti, qui vient de l?araméen et le brahmi, qui est l?ancêtre de toutes les écritures indiennes. La particularité du système indien est que chaque signe correspond à un son. On compte aujourd?hui 24 langues en Inde, et 15 formes d?écritures. Les 25% de la population mondiale utilise le système chinois d?écriture. Un système né il y a 3500 ans et qui perdurent encore aujourd?hui. Les caractères chinois sont représentés sous formes de traits, car en Chine on écrit avec un pinceau. Il y a 25 traits importants et les traits doivent être tracés dans un ordre précis, selon le caractère. L?écriture en Chine est symbole de cohésion politique est sociale. Car si plusieurs langues séparent les contrées et les peuples, l?écriture est reconnue de tous.
Les caractères sont des dessins simples, des idéogrammes. Par exemple, le caractère désignant le mot arbre, ressemble à un arbre. Le caractère désignant la forêt, représente deux arbres. Aujourd?hui on compte environ 50 000 caractères. Contre 26 lettres seulement dans l?alphabet occidental. Le voyage se termine par cette comparaison étonnante. Une heure et demie est passée, dans le temps et dans l?espace. L?histoire des écritures a rejoint l?Histoire.
- La tablette d?Uruk, datant de 3000 ans avant J.C., découverte en Mésopotamie, est l?une des premières traces d?écriture de l?humanité.
<B>Mémoire sensorielle</B>
Pierre, Cerbère, Victor, Médor, Aubin, Leborgne, Hyacinthe, Apollon, Sans Souci ? Les noms défilent sous vos yeux. Qui étaient-ils ? Des esclaves.
Leurs noms sont inscrits partout, sur des listes de décès d?esclaves, des rapports de police, des actes de naissance. Tout est écrit, là, à la main, dans de grands cahiers aux pages jaunies et déchirés par le temps.
Dans le cadre du 172e anniversaire de l?Abolition de l?Esclavage, le département des Archives a pris la liberté de libérer ses salles d?études, destinées aux historiens et autres chercheurs, pour proposer au grand public une très belle, instructive et importante exposition, qui sera encore visible quelques jours.
Si vous n?avez pas de projets de sortie ce week-end, pensez donc à faire un tour aux Archives, malheureusement situées dans une zone industrielle de Coromandel.
Vous consulterez dans l?exposition, des cartes, des reproductions de gravures, des agrandissements, de dessins.
Des correspondances, couleur sépia, des lettres, des livres, avec ces écritures d?autrefois, si soignées. Vous y trouverez aussi l?Ordonnance ou Code Noir.
Des documents officiels des services de police, ainsi cette liste de rapports des noirs fugitifs, «Le nommé Alexis, noir Mozamb. Marron depuis le 2 août a été arrêté ce 13 septembre 1773.»
La lecture de certains documents peut inspirer la fascination aussi bien que le malaise.
Dans les mains, on ose à peine tenir ces documents, ces morceaux d?histoire dont nous sommes les héritiers et témoins. On a presque le sentiment de découvrir le document, de se plonger dans le passé.
Et pas de vitrine pour nous séparer de l?histoire. Elle est là, tangible, palpable, ce qui ne fait que rendre les émotions plus fortes.
Il est rare que de telles «archives», authentiques, soient ainsi exposées et disponibles au grand public. Ne ratez donc surtout pas l?occasion d?avoir accès à ces précieuses archives.
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