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Une bouée pour les enfants de rue
Ils rient à gorge déployée, jouent ensemble, font des blagues, chantent comme tout enfant de leur âge. Mais la ressemblance s?arrête là. Ils sont pieds nus, courent dans les rues de la capitale, essaient de « tracer » un morceau de pain en lavant les voitures. Ces enfants n?ont pas leur place sur les bancs de l?école. Et arrivés à l?âge de 16 ans, ils ne savent ni lire ni écrire. Eux, ce sont les enfants de rue. Et un film poignant retraçant une journée normale de leur vie a été réalisé pour marquer le parrainage de SAFIRE par le groupe CIEL.
Ces deux bambins qui gambadent sur l?écran font partie de ces enfants qui vivent dans la rue et qui sont en rupture totale avec leur entourage. Ce n?est là qu?une des quatre catégories d?enfants de rue qui ont été identifiées. Les trois autres sont, en fait, des enfants qui rentrent chez eux occasionnellement, d?autres qui errent en groupe pendant la journée et rentrent tard chez eux pour dormir, sans même dialoguer avec la famille, et finalement, des enfants vivant dans des cités à proximité de leurs familles, mais livrés à eux-mêmes sans éducation parentale.
Mais quel avenir pour ces gamins ? Ils n?ont pas accès à l?éducation, n?ont pas de repères, ni d?encadrement, et vivent au jour le jour dans la marginalité. Leur bouée de sauvetage, ce sont les éducateurs de rue qui font de leur mieux pour les canaliser vers des formations, qui leur enseignent les bases d?une vie normale.
Mais ce n?est qu?une minorité qui est suivie par les éducateurs de SAFIRE, qui ne sont pas nombreux, faute de moyens et de structures. Toutefois, avec le parrainage du groupe CIEL, qui contribue désormais aux fonds du groupe SAFIRE par le biais de la Fondation Nouveau Regard, ces enfants peuvent entrevoir une lumière au bout du tunnel.
Ainsi durant deux ans, la fondation apportera une somme de Rs 3,5 millions à SAFIRE. « Cela fait longtemps que nous voulons nous associer à une cause. SAFIRE est venu vers nous et nous nous sommes trouvés des objectifs communs. Nous avons été convaincus par la qualité de leur travail et aussi par leurs besoins. Voilà comment tout le projet a commencé », explique Delphine Bouic, responsable de la Fondation Nouveau Regard.
La cause des enfants de rue interpelle. Et grâce au travail des éducateurs, ils arrivent à entrevoir une réalité plus reluisante que la leur. Le travail abattu par ces éducateurs, qui demande de la motivation et du dévouement, devrait être salué et soutenu.
EN CHIFFRES
5 600 C?est le nombre d?enfants de rue répertorié à Maurice.
700 ont été contactés.
400 ont été suivis par les éducateurs.
Sheila Courtaud, éducatrice de rue depuis trois ans
« Au début, c?était assez difficile et même choquant de voir dans quelles conditions vivent ces enfants, mais avec le temps on s?y habitue. C?est assez dur lorsque je rentre chez moi et que j?ai de quoi manger, alors que je sais que d?autres doivent faire avec ce qui leur tombe sous la main. Certains cas nous marquent, comme cet enfant qui est actuellement en prison et qui n?a pas suffisamment d?argent pour payer sa caution. Ces enfants-là sont des laissés-pour-compte. Ils vivent dans un environnement infesté de fléaux. Dépourvus d?un encadrement adéquat, ils finissent par développer des problèmes de comportement.
Mais d?un autre côté, on éprouve une grande joie lorsque l?on réussit à accomplir notre tâche. Par exemple, je connais deux enfants de rue qui travaillent maintenant à l?hôtel Shandrani. L?un est barman et l?autre travaille dans la maintenance. »
Edley Maurer, éducateur pour SAFIRE depuis 2002
« Des jeunes dans les rues, j?en ai rencontré beaucoup. Le cas de K. par exemple, m?a énormément touché. C?est lorsque nous avons commencé notre travail social dans les rues de Port-Louis que je l?ai rencontré et je suis devenu son éducateur, même s?il était très réticent au début. Ses parents ont divorcé lorsqu?il avait 12 ans, et après cela, K. a perdu ses repères. Il ne savait pas s?il devait vivre chez son père ou chez sa mère, et il a été entraîné par ses amis qui ont perçu sa vulnérabilité. Et malheureusement, il s?est retrouvé dans la rue? Aujourd?hui, K. a 16 ans et il veut s?en sortir. Mon rôle est justement de l?accompagner dans cette réinsertion. »
Micheline Arlandoo, éducatrice-responsable
« Il y a certes un problème d?enfants de rue, mais ce que je souhaite souligner c?est le manque d?infrastructures. Car même si ces jeunes parviennent à quitter la rue, aucune structure est à même de les accueillir. Il y a véritablement un problème de logement. Donc, avec SAFIRE, nous voulons faire un travail en parallèle avec le ministère du Logement, car la plupart de ces enfants ont une motivation pour s?en sortir, mais ont des contraintes familiales qui les démotivent à rentrer chez eux. »
« Nous comptons recruter plus d?éducateurs »
Vous êtes la nouvelle présidente de SAFIRE. Prévoyez-vous des changements ?
Les éducateurs feront toujours le même travail. Mais il sera plus structuré. Nous allons faire en sorte qu?il y ait plus de contrôle sur la manière de travailler et sur la situation financière du groupe également. Au niveau des méthodes, nous allons également travailler sur l?environnement. Auparavant, le groupe se consacrait uniquement aux enfants. Mais si l?environnement ne change pas, nous ne risquons pas d?avoir des résultats tangibles.
Quelles sont les causes du problème des enfants de rue ?
Ces enfants-là viennent de familles éclatées, sans compter les fléaux, comme la drogue et l?alcoolisme qui sont monnaie courante dans leur environnement. Et dans un tel contexte, l?enfant est en échec scolaire et n?est pas intégré dans le système. Notre système scolaire également est à montrer du doigt. Il est vrai que la scolarité est gratuite ainsi que le transport, mais comment faire s?il n?y a pas de nourriture ou de manuels scolaires pour eux.
Y a-t-il des raisons de croire que la situation va s?améliorer ?
Notre objectif est d?éradiquer le problème d?enfants de rue. Mais nous restons réalistes. On ne pourra pas arriver à une situation où il n?y aura plus ce genre de cas. Les problèmes qui causent ce phénomène existeront toujours et par conséquent, les enfants de rues aussi. Nous travaillons pour que leur nombre diminue et pour améliorer leur situation.
Vous êtes désormais parrainé par le groupe CIEL et vous recevez également des fonds de Beachcomber et de Médine. En quoi cela va-t-il changer la donne ?
La moitié des éducateurs avait quitté SAFIRE à cause du manque de moyens. Aujourd?hui, grâce au parrainage de CIEL, nous nous sentons plus en sécurité. Nous comptons recruter plus d?éducateurs, les former, mais aussi donner la possibilité à ceux qui sont déjà là de se perfectionner. Nous comptons faire de notre mieux pour que ces enfants deviennent des adultes responsables et arrivent à être autonomes.
Sandrine AH-CHOON et Magali KINZONZI
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