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Une île sans voitures?

24 septembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Soyons fous pour un instant et laissons notre imaginaire s?envoler vers cette utopie : une île sans voitures. En y pensant, ça n?a pas l?air si mal. Fermez les yeux, et c?est parti. Premièrement, vous respirez un bon coup et c?est un air pur et frais qui vous emplit les poumons. Le paysage est clair et magnifique. Pas de fumée pour vous obstruer la vue mais uniquement de la verdure à n?en plus finir. On entend presque le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles au lieu des sempiternels bruits de moteurs ou de klaxons accompagnés des vociférations des conducteurs à l?encontre de chauffards sans scrupules.

Mieux encore, le matin, pas de trafic et pas de stress. Vous vous rendez au travail sans avoir à regarder votre montre à chaque seconde, ou vous mordillez les ongles alors que la voiture avance à une telle allure qu?elle ferait pâle figure dans une course d?escargots?

Un beau rêve, n?est-ce pas ? Néanmoins, la voiture demeure, pour nombre de personnes, le moyen de locomotion par excellence et elle présente de nombreux avantages : liberté de mouvement, confort, et en plus, on fait le voyage avec les compagnons de route de notre choix tout en écoutant notre radio préférée ou la musique qui nous plaît.

Mais les désavantages sont tout aussi nombreux, car les véhicules constituent une source importante de pollution due aux émanations nocives. Des désagréments tissent alors leur toile. L?air inhalé est de plus en plus pollué causant des maladies respiratoires. La couche d?ozone se fait plus fine et les pluies acides plus fréquentes. Le climat se dérègle, tsunamis, chaleur insoutenable, inondation et sécheresse surviennent plus souvent. Et que dire des nuisances sonores, des heures perdues dans les embouteillages ou à essayer de se trouver un endroit où se garer.

De plus, posséder une voiture implique des dépenses et pas des moindres. Le coût de l?assurance, le prix du carburant qui, soit dit en passant ne cesse d?augmenter, la maintenance et les réparations? De quoi vous faire froid dans le dos !

Tous ces facteurs ont donc, encouragé les Européens à décréter le 22 septembre comme la Journée mondiale sans voitures et ce, depuis 1998. Cette journée vise avant tout à sensibiliser le public au taux de pollution causé par les émanations provenant des véhicules et aux désagréments quotidiens causés par un trop grand nombre de voitures sur nos routes.

Chaque année, ce sont donc plusieurs villes dans différents pays du monde qui célèbrent cette journée ? en 2004, les habitants de quelque 1 500 villes y ont pris part. Et le temps d?une journée, les participants à cette journée délaissent leurs voitures pour des modes de transport alternatifs comme les transports en commun ou d?autres plus écolos comme la bicyclette. Une belle initiative qui contribue à la diminution de trafic et de la pollution, le temps d?une journée.

Par ailleurs, se déplacer n?est pas toujours synonyme de pollution. De nos jours, l?innovation va dans le sens des carburants plus « propres » appelés biocarburants ou des voitures conçues pour rouler au gaz ou à l?électricité. Il serait donc possible aujourd?hui d?allier les avantages de la voiture personnelle à la protection de l?environnement.

Une île sans voiture est certes une belle idée, mais ce n?est pas pour demain. Toutefois, rien ne nous empêche d?adopter des attitudes écologiques pour une île sans? pollution.

? Pour moins de pollution</B>

Le principal but de la Journée mondiale sans voitures est de sensibiliser le public aux méfaits d?une trop grande utilisation des véhicules qui est l?une des causes majeuresde pollution. Les émanations toxiques provenant des substances utilisées pour carburer les véhicules sont néfastes à notre environnement et à notre santé. Les deux carburants les plus utilisés, notamment l?essence et le diesel, relâchent des agents pollueurs dans l?atmosphère. Et la situation s?aggrave lorsque des problèmes techniques surviennent dans la voiture, causant l?émanation de fumée noire.

À Maurice, selon les Road Traffic Regulations de 2002 : Control of Vehicular Emissions, un agent de la force policière ou de la National Transport Authority (NTA) a le droit d?arrêter un véhicule sur la route s?il juge que la fumée émanant de la voiture est trop opaque, c?est-à-dire trop noire. Le conducteur de la voiture doit se rendre dans l?un des locaux de la NTA pour un Free Acceleration Test. « Le délai pour s?y rendre est de sept jours maximum.

Le test consiste à juger de l?opacité de la fumée grâce à un appareil entièrement informatisé, le Smoke Opacity Meter. Si l?opacité de la fumée est de 50 % ou plus, le conducteur est alors verbalisé et doit, dans les plus brefs délais, remédier à la situation. Par la suite, il devra revenir pour un autre test à une date butoir », souligne un cadre de la NTA.

Pour éviter cette fumée noire qui pollue l?air et cause des maladies respiratoires, quelques précautions simples peuvent être prises pour éviter ce genre de désagréments.

Par exemple, une maintenance régulière de la voiture ou encore respecter le poidsmaximum que peut porter un véhicule. Aussi, selon le cadre de la NTA, il y a désormais des appareils pour tester le niveau de pollution sonore, mais ils sont toujours au stade expérimental.

Par ailleurs, afin de contribuer à la diminution des substances polluantes relâchées dans l?atmosphère, des voitures dites « propres » sont également commercialisées. Elles sont électriques ou roulent au gaz. Celles-ci sont très rares à Maurice. Mais les appeler « propres » ou « non polluantes » n?est pas totalement vrai. Avant même d?avoir parcouru leur premier kilomètre, les véhicules ont déjà consommé énormément d?énergie pour leur fabrication et relâché des déchets qui peuvent être extrêmement polluants. Néanmoins, le fait qu?ils ne relâchent pas ou moins de substances toxiques dans l?atmosphère lorsqu?ils roulent demeure un aspect positif non négligeable.

? quelques alternatifs</B>

Imaginer une ville sans voitures n?est pas une idée si loufoque que cela.

Il existe des villes et des villages dans le monde où les voitures ne circulent pas, car les infrastructures ou la situation socioéconomique du pays ne leur permettent pas ou ne rendent pas l?utilisation des véhicules obligatoire.

Par exemple à Discovery Bay, Hong Kong qui compte une population de plus de 14 300 personnes, les voitures privées n?ont pas le droit d?y circuler. Les habitants voyagent donc principalement par autobus ou au moyen de golf carts dans certains cas. Par ailleurs, à Curitiba au Brésil, les habitants qui sont plus de 2,7 millions circulent grâce à un système de transport en commun élaboré, efficace, rapide et pas cher.

Un mode de transport alternatif à la voiture est donc le transport en commun. Avant tout, cela implique moins de pollution mais aussi moins de trafic, sans oublier que cela permet de se déplacer l?esprit tranquille sans avoir à penser aux contraintes de stationnement.

Mais la réalité à Maurice est tout autre. Selon un cadre du ministère de Land Transports, le nombre de voitures pour les routes de Maurice est trop important. Il souligne que « les routes sont saturées et instables, surtout celles reliant Port-Louis à Curepipe.Il suffit d?un petit incident pour que la circulation soit complètement bloquée. » Une autre solution devrait donc être trouvée pour remédier à la situation et c?est de là que vient l?idée de mettre sur pied le projet de métro léger qui date du début des années 90. Pour certaines raisons, principalement financières, rien n?a encore été enclenché dans ce sens car aujourd?hui, un tel projet impliquerait un coût de près de 6,5 milliards de roupies.

D?autres solutions ont par ailleurs vu le jour, notamment le Park and Drive mis en place par la National Transport Corporation (NTC). Afin de permettre aux automobilistes d?éviter la circulation lorsqu?ils se rendent à Port-Louis ou en reviennent aux heures de pointe, ces derniers peuvent laisser leurs voitures dans les parkings des supermarchés Jumbo ou Shoprite avant de prendre les autobus Blue Line à des heures fixes. À ce jour, 31 autobus Blue Line sont en circulation et à partir de l?année prochaine, il faudra en compter encore une vingtaine sur nos routes. Mais ce projet, qui existe depuis 2002, n?a toujours pas beaucoup d?adeptes. Tous les jours, ce ne sont en moyenne qu?une trentaine de passagers qui utilisent ce système.

Si les transports en commun ne vous tentent pas, il existe d?autres moyens de limiter le nombre de voitures sur les routes comme le covoiturage. Ainsi, au lieu d?une personne par voiture, ceux qui travaillent dans la même entreprise peuvent partager le même véhicule.

Par ailleurs, pour de courtes distances comme se rendre à la boutique du coin ou à la boulangerie, pas la peine de prendre la voiture. Optez pour la marche, le vélo et pourquoi pas les rollers. Vous ferez ainsi d?une pierre deux coups. Vous garderez la forme tout en étant 100 % écolo.

Il est vrai que nous ne sommes pas prêts de voir des hommes en costard, cravate et attaché-case à la main à bicyclette dans nos rues, mais rien ne nous empêche d?y penser pour l?avenir, comme le font déjà certains Britanniques.

<B>... ou avec des voitures écolos</B>

L?essence et le diesel sont une source importante de pollution et les réserves de pétrole ne cessent de décroître. Heureusement, ces deux carburants ne sont pas irremplaçables et il existe d?autres moyens de faire rouler un véhicule.

Au Brésil, les véhicules roulent désormais à l?éthanol. Depuis maintenant 30 ans, le pays exploite ses réserves agricoles de cannes à sucre pour produire de l?éthanol. L?or noir, toujours plus cher et plus rare, serait-il en phase d?être détrôné par l?or vert ? L?éthanol serait donc devenu la nouvelle poule aux ?ufs d?or pour le Brésil, le premier producteur et exportateur mondial.

En effet, ils ont tout à y gagner. Ils sont autosuffisants et l?éthanol représente pour eux un triple avantage sur l?essence : moins cher, plus propre et renouvelable à volonté. À Maurice, l?E10, le carburant constitué de 10 % d?éthanol et de 90 % d?essence, est une nouvelle réalité, alors que dans les années 80, déjà 96 % des véhicules au Brésil roulaient à l?éthanol. Le succès de ce nouveau carburant avait connu une baisse considérable jusqu?en 2003 où les producteurs automobiles se sont eux aussi mis de la partie.

En effet, Volkswagen frappe fort en 2003 avec la première voiture flex-fuel. Cette petite invention fonctionne aussi bien à l?essence, à l?éthanol, ou avec les deux à la fois, selon le choix de la personne. Devant l?immense succès, d?autres marques européennes et japonaises lui ont emboîté le pas. Désormais, dans ce pays de l?or vert, l?éthanol a le mérite d?exister sur une échelle industrielle. Il représente une réalité pour plus de 20 millions d?automobilistes brésiliens.

À Maurice, avec l?E10, nous sommes encore très loin de l?éthanol pur. Ce nouveau carburant n?est encore qu?à l?essai pour le moment. Selon Monsieur Dabeea, Commercial Manager à la State Trading Corporation, « la différence de prix entre l?essence et l?E10 ne serait que très faible et il se pourrait également qu?il coûte plus cher vu le coût de la production. L?avantage serait donc plus au niveau de l?environnement que celui de notre poche puisque c?est un produit moins polluant. »

Il faut savoir que l?utilisation de l?E10 ne nécessite pas de modifications aux voitures, ce qui ne serait pas le cas avec l?utilisation d?un carburant contenant un plus haut taux d?éthanol.

Par ailleurs, dans un proche avenir, nous pourrons compter sur un nouveau biocarburant sur le marché local, le B20, le bio-diesel. Il sera constitué de 20 % d?huile végétale et de 80 % de diesel. Le coût serait moindre que pour celui du diesel et il serait également moins polluant. Et aucune modification ne doit être apportée au véhicule.

L?innovation sur le marché local dans le domaine des carburants ne cesse pas. Depuis quelque temps, un additif pour essence - le Spur - est disponible dans différentes stations-service. Il est commercialisé par la compagnie Slotworks et selon André Tang, le directeur, « il raffine l?essence et aide à en brûler moins. Ce qui, au final, revient moins cher à l?utilisateur. Il aide également à la protection de l?environnement, car il brûle les impuretés contenues dans l?essence. »

EN CHIFFRES

305 000

C?est le nombre de véhicules, incluant les quatre roues, les autobus, les motos et les autres types de véhicules, recensés auprès de la NTA en 2005. En 2000, on comptait 244 000 véhicules sur nos routes. Ce qui représente doncune hausse de plus de 60 000 véhicules enregistrés en l?espace de cinq ans seulement.

247

C?est le nombre de voitures privées pour chaque 1 000 foyers à Maurice en 2005. En 2000, ce chiffre était de 169.

2 020 km

C?est la longueur totale de nos routes. En 2005, il fallait donc compter 151 véhicules pour chaque kilomètre de route.

3 005

C?est le nombre total de véhicules arrêtés sur la route pour émission de fumée noire pour les mois de janvier à août 2006. Pour l?année 2005, 5 156 véhicules ont été arrêtés. Ces chiffres nous donnent une indication de la quantité de substances nocives relâchées dans l?atmosphère.

Dossier réalisé par Sandrine AH-CHOON

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