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Un pavé dans la mer

2 août 2003, 20:00

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La déclaration des avoirs de l?homme d?affairesTeeren Appasamy dans le cadre de l?affaire MCB-NPF est venu mettre en cause plusieurs personnalités. L?une d?elles, le ministre Sushil Khushiram, a déjà fourni des explications à la commission anti-corruption.

Plusieurs personnes se sont retrouvées, bien malgré elles, sous les projecteurs de l?actualité à la suite de la diffusion dans la presse des Worldwide Assets de Teeren Appasamy. Ce dernier, qui se trouve au centre de l?affaire Mauritius Commercial Bank/National Pensions Fund (MCB-NPF), a fait parvenir à Maurice une déclaration de ses avoirs, dans le cadre de la Mareva Injunction (gel des avoirs), réclamée par la MCB au juge Paul Lam Shang Leen. La publicité faite autour de l?engagement de l?homme d?affaires basé à Londres dans la phase II du Port-Louis Waterfront a eu des effets collatéraux.

C?est ainsi que le ministre du Développement économique, des Services financiers et des Affaires corporatives, Sushil Khushiram, s?est retrouvé dans les locaux de l?Independent Commission against Corruption (Icac), mercredi et jeudi derniers. Appelé pour apporter des éclaircissements sur des éléments relatifs à la déclaration des avoirs de Teeren Appasamy, le ministre a été interrogé pendant six heures par les enquêteurs de l?Icac.

L?événement est de taille car Sushil Kushiram est le premier membre du gouvernement à être entendu par l?Icac dans le cadre de l?affaire MCB-NPF. De plus, il est le ministre responsable du secteur financier, donc le principal décideur dans la lutte contre le blanchiment d?argent. Dans certains milieux gouvernementaux, on affirme que l?hôtel du gouvernement est irrité par cette convocation de Sushil Khushiram par l?Icac. Les commentaires n?ont pas été favorables à cette dernière à la réunion du Conseil des ministres de vendredi. « C?est pour dire le moins surprenant que le ministre soit appelé à se rendre à l?Icac et que toute la presse soit au courant avant qu?il ne s?y rende », s?étonne un membre du gouvenement qui préfère garder l?anonymat.

Toutefois, le ministre a, lui, choisi de minimiser la portée de la chose. (Voir texte plus loin). Il a, dans la matinée de jeudi, juré un affidavit pour dire qu?il n?a jamais été un consultant d?ABM Juul International, le cabinet d?architectes du consortium Gold Harbour, dont le projet a été retenu dans le cadre du Port-Louis Waterfront II. Dans son affidavit, Sushil Khushiram affirme également qu?Iqbal Raman Muthy, le consultant mauricien du consortium Gold Harbour, n?a jamais été son conseiller.

Confusion sur le site Web

L?épouse du ministre, Mira Khushiram, architecte elle aussi et mise en cause dans le document de Teeren Appassamy, a juré un affidavit pour déclarer qu?elle ne connaît pas Iqbal Raman Muthy et pour affirmer que ses services n?ont jamais été retenus par ABM Juul International. Ce dernier fait est confirmé par Marc Daruty de Grandpré, l?architecte local du projet.

Toutefois, Marc Daruty de Grandpré n?est pas content du tout. Sur le site Web de William Associates Ltd, il est présenté comme l?un des directeurs de la compagnie. Or , il dément cette information. « Je connais M. Iqbal Muthy pour l?avoir rencontré dans le cadre de mes activités professionnelles. Il n?est pas un ami et je ne suis pas actionnaire de sa compagnie », déclare Marc Daruty de Grandpré. Il dit avoir déjà pris contact avec son avocat, Me Veda Baloomoody, pour préparer un affidavit qu?il jurera en début de semaine.

Quant à Iqbal Muthy, confronté à la déclaration de Marc Daruty, il avoue que l?architecte n?est pas directeur de William Associates. « Marc Daruty de Grandpré est le local architect du consortium Gold Harbour, son nom sur le website est dû à une confusion », affirme-t-il. De son côté, l?architecte confirme qu?il a effectivement apporté son concours à la conception du projet de Gold Harbour, mais « je n?ai jamais été payé », précise-t-il.

Marc Daruty de Grandpré raconte qu?il ne connaissait pas Iqbal Muthy. « C?est Dev Manraj qui m?a présenté à Ravi Ramdewar, un des directeurs de Gold Harbour ». Il reconnaît avoir participé à des réunions au State Property Develop-ment Company Ltd (SPDC) en présence d?Eddy Boissézon, président du conseil d?administration de la compagnie d?Etat.

Eddy Boissézon pourrait être appelé à s?expliquer devant l?Icac dans la mesure où son nom figure dans la déclaration des avoirs de Teeren Appassamy. Le président du conseil d?administration de la SPDC est lui aussi agacé de se retrouver de cette manière sous les projecteurs de l?actualité. « Je ne connaissais pas M. Teeren Appasamy, je ne l?avais jamais rencontré jusqu?au jour où il est arrivé à une réunion alors qu?il n?y était pas attendu », déclare Eddy Boissézon.

Procédures suivies

Il raconte que c?est l?avoué Ravi Ramdewar qui représentait le consortium Gold Harbour. « Lors des réunions, l?homme de loi était souvent accompagné d?Iqbal Raman Muthy et de Robert Lesage », précise le président de la SPDC.

Prenant les devants pour prévenir toute interprétation tendancieuse, selon lui, du contenu du document de Teeren Appasamy, Eddy Boissézon déclare que la SPDC a suivi toutes les procédures pour la Phase II du Port-Louis Waterfront. « Nous avons fait notre travail selon les règles. De toute façon, le projet doit passer par le Board of Investment et devra aussi obtenir l?aval du Conseil des ministres », déclare-t-il.

D?autres professionnels sont également mentionnés dans ce qui est présenté comme la déclaration des avoirs de Teeren Appassamy. On retrouve Claude Wong So, Island Secretary à Rodrigues, qui était à un moment Managing Director de la SPDC, et Shakuntala Jugmohun, cadre au ministère des Finances.

A tout point de vue, les informations qui circulent sur la Phase II du Port-Louis Waterfront constitue un véritable pavé dans la mare. La suite des événements promet d?être intéressante...

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