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Un homme... un collège Harold Cham Lam... le London

25 octobre 2005, 20:00

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A la fin d’octobre 1980, un élève de Form V, signant J.N.B., interviewe Harold Cham Lam. Il renvoie ses lecteurs au 26 août 1963. John Fitzgerald Kennedy est encore président des Etats-Unis mais ses assassins, toujours impunis, ourdissent un complot contre lui. Un jeune homme de 24 ans débarque à Plaisance. Il est de la génération Kennedy, pensant être capable de changer le monde. Il est de la génération qui ne demande pas ce que son pays peut faire pour lui mais ce qu’il peut faire pour sa patrie. Il s’appelle Harold Cham Lam. Il rentre au pays après des années d’études.

Sa vocation : le professorat. Impossible à l’époque, pour un débutant comme lui, de faire partie du corps enseignant d’un collège d’Etat. Il débute sa carrière professorale à Curepipe. Un collège privé lui offre, en effet, un emploi… chichement rémunéré… quand il y a des sous dans la caisse.

Il se lance à fond dans le professorat et découvre un monde nouveau à travers ses élèves. Une jeunesse nouvelle pour laquelle il veut se battre de toutes ses forces. Son champ de manœuvre est restreint au sein du collège où il enseigne. Comment aider davantage les élèves ? Germe alors en lui une idée apparaissant d’abord chimérique : fonder son propre collège. Les avantages d’en être le seul maître à bord après Qui vous savez deviennent graduellement plus réels. Il entrevoit plus clairement comment venir en aide aux élèves les plus démunis.

Janvier 1966 (quarante ans l’an prochain), il se jette à l’eau. Le London Collège ouvre ses portes à la rue Rémy-Ollier (site prédestiné), Port-Louis. “London” en hommage à la glorieuse capitale de la nation anglaise, la Rome et la Mecque de tout un Commonwealth, le berceau de tous ses souvenirs estudiantins. La première rentrée du London College est perturbée par une alerte cyclonique. Bon ou mauvais présage ? Que dit l’horoscope chinois, Roland Tsang Kwai Kew ? Bravant les intempéries, 125 élèves répondent “présents, Monsieur Chan Lam !” Ils sont 1 800 en octobre 1980.

Les débuts sont plus difficiles que prévus. Surgissent des problèmes imprévus. Harold Cham Lam tient bon. Il sait pouvoir compter sur les enseignants qu’il a recrutés et qui l’aident à résoudre certains problèmes administratifs. Il veut que le collège London devienne une référence. A tous, il demande de faire de leur mieux. “Comptez sur nous, M. Cham Lam !”

  1. Premier succès. Le collège London obtient son statut B.M. Deux ans seulement après son ouverture. Un record. Cela encourage Harold à viser encore plus haut. “Impossible n’est pas Chan Lam” devient sa devise. Il encourage ses enseignants à améliorer sans cesse le taux de réussite scolaire. Dix ans seulement après son ouverture, le collège London décroche son statut A. Le plus difficile reste à faire : maintenir constamment le niveau atteint et l’améliorer sans cesse.

Harold Chan Lam est un homme heureux. Des enseignants, des parents, de plus en plus nombreux, de plus en plus déterminés lui font confiance. Il est demeuré intransigeant sur la discipline qui doit exister dans un collège digne de ce nom. Il se sait sévère. Peut-être trop au gré de certains élèves. Il sait que c’est pour leur bien. Il se fait le champion de l’éducation intégrale de l’enfant d’aujourd’hui qui doit devenir, demain, un citoyen modèle, faisant honneur à son pays, à son collège, à sa famille. Bonne éducation se conjugue d’ailleurs avec bonnes manières dans le manuel du parfait pédagogue d’Harold Chan Lam.

Les élèves sont indistinctement encouragés à faire du sport. Le Sports Day est d’ailleurs un immense succès. Mens sano in corpore sano. Le collège London domine le tennis de table et le cyclisme intercollèges. Les élèves peuvent s’adonner tous les jours à des activités sportives et au football, le samedi, au Champ de Mars. D’autres préparent des spectacles de variété, prennent part à des concours d’art dramatique.

Le collège London innove en matière d’enseignement technique. Il aménage des ateliers de menuiserie et de métallurgie. C’est sa réponse au manque de travailleurs qualifiés. Il ouvre une ferme agricole à la Pointe aux Sables. Tout Mauricien doit savoir travailler la terre et nul ne doit avoir honte de le faire, professe Harold Chan Lam. Il rêve de pouvoir doter son collège d’un autobus pour faire de ses élèves des excursionnistes éclairés, l’éducation ne pouvant se faire entre quatre murs.

La nationalisation du collège London ? Il ne dit pas non car son collège deviendrait alors un collège d’Etat mais à une condition : “Aucun licenciement… ni celui de son veilleur de nuit… ni celui de son adjoint”.

Mais pourquoi nos partis politiques n’ont-ils jamais eu l’intelligence requise pour demander à Harold Chan Lam de devenir leur ministre de l’Education ?

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