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Un employé du CEB meurt coincé par un monte-charge

12 janvier 2007, 00:00

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Le martyrologe de la classe ouvrière mauricienne ajoute, en ce 12 janvier 1982, un nom additionnel à la longue liste des victimes d?accidents du travail. Un nouveau nom qui vient après ceux de Laval Alex Arekium et de Loganaden Cundasamy, deux égoutiers morts asphyxiés dans un manhole, situé à l?angle des routes Hugnin et Sainte-Anne à Stanley (voir l?express du 3 janvier 2007). Contrairement à nos espérances, il ne semble pas que le 25e anniversaire de leur mort tragique, au champ d?honneur du travail, ait donné lieu au moindre souvenir célébré. Si cela a été fait, la discrétion l?ayant entouré peut surprendre. Au cas contraire, on peut s?interroger sur le manque de solidarité, prévalant au sein de notre classe ouvrière.

La liste donc de ce martyrologe s?allonge donc : 6 janvier 1982 : Laval Alex Arekium et Loganaden Cundasamy meurent asphyxiés dans une bouche d?égout à Stanley. 12 janvier 1982 : Faisal Mohamad Roze meurt coincé par un monte-charge à la station Saint-Louis du CEB à Plaine-Lauzun.

Il est en train de retirer les compteurs se trouvant sur le monte-charge pour les déposer au laboratoire de contrôle métrologique de cette station, quand soudain l?appareil se remet en marche. Il n?a pas le temps de s?extirper de ce piège mortel. Son cou se trouve coincé entre le monte-charge et un montant du palier du laboratoire au premier étage de la station. La mort est instantanée. Il est huit heures du matin, en ce 12 janvier 1982. Ses collègues ont toutes les peines du monde pour lui porter secours et pour dégager son corps coincé entre l?ascenseur métallique et un des paliers de l?immeuble. Pour le faire, ils doivent scier une barre de fer transversale. Un des responsables du laboratoire du métrologie du CEB parle d?une possible défaillance mécanique du monte-charge.

M. Roze se joint au CEB en 1973. On lui confie le soin de tester l?exactitude des compteurs électriques. Il meurt à 27 ans.

Hawoodess Umed (Barrat) connaît davantage de chance que Faisal Mohammad Roze, Laval Alex Arekium et Loganaden Cundasamy. Il part à la retraite après avoir fidèlement et efficacement servi l?usine sucrière de Britannia pendant 45 ans. Le demi-siècle et même davantage de bons et loyaux service ne lui font pas peur mais les lois du travail et des relations industrielles sont tellement rigides dans certains secteurs professionnels qu?on ne badine pas avec l?âge de la retraite dans l?industrie sucrière. Nos champs et nos moulins sont interdits aux plus de 60 ans. Cela est d?autant plus vrai, en 2007, où l?on n?échappe pas à l?effet de serre du VRS et aux autres menaces de dégraissage.

Barrat regrette de ne plus pouvoir continuer à servir l?usine de Britannia et ses chers équipements qu?il entretient depuis si longtemps avec tant d?amour et de dévotion. Parmi eux figurent un crusher centenaire acheté à Mon Désert-Alma en 1951 et un treuil, âgé de 121 ans. Faut croire que les machines ont davantage de chance que les machinistes. On regarde à deux fois avant de se passer de leurs services.

Le délégué syndicaliste (de l?AGWU) que Barrat a été pendant 12 ans sait qu?il faut voir les deux côtés de toute médaille comme de toute amélioration. Le manque de flexibilité, concernant l?âge irrévocable de la retraite, va de pair avec tous les avantages sociaux acquis de longue lutte, grâce aux efforts de plusieurs générations de syndicalistes, avantages qui n?existent pas quand Barrat met les pieds pour la première fois, vers 1937, à l?usine de Britannia. Cela l?oblige à travailler pieds et torse nus, dans le cambouis, vêtu d?un simple pagne de goni.

Il a alors 15 ans et ne possède aucune formation technique et professionnelle. Il commence comme apprenti. Durant ses deux premières années de labeur, il ne touche d?ailleurs aucun salaire. Le chef mécanicien lui apprend le métier. Sa première rémunération est de 10 sous par jour et ce pendant trois ans. Il devient alors journalier à 60 sous par jour et le reste pendant cinq ans. Une décennie après son entrée à Britannia et dans le monde du travail, il accède au statut d?ouvrier de 2e grade et a droit à un salaire mensuel de... Rs 78. Il gravit ensuite d?autres échelons pour parvenir en fin de carrière comme chef mécanicien à Rs 2 048.50 par mois.

Avant René Noël, il a connu comme administrateurs MM. Pilot, Nicol, de Chazal, Julienne, père, Wiehé et Hardy. Son chef hiérarchique, le Factory Manager, Jacky Julienne, et le chef du personnel, Yacoob Ghanty, ne tarissent pas d?éloges sur Barrat. Ils le voient partir avec tristesse. Mais que faire l?âge c?est l?âge. On n?échappe pas à ses 60 ans.

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