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Un débat sain
À la table ronde, organisée par le Conseil économique et social et la Banque mondiale dont le principal objectif était de débattre de la nouvelle politique de développement à adopter, le ministre du Développement économique et des Services financiers, Sushil Khushiram, devait estimer que le modèle consensuel traditionnel n?est plus viable. « Nous avons des choix difficiles à faire. La politique de compromis ne nous amènera pas loin », a-t-il ajouté lors de cette table ronde.
Tant aux plans social, économique que culturel, il y a toujours eu à Maurice cette obsession du consensus. Les différents partenaires de l?État, craignant une érosion de leur pouvoir de marchandage, ont régulièrement pratiqué le chantage pour pouvoir maintenir un semblant de fonctionnalité. Mais le monde a changé. Non seulement il va plus vite, mais il est aussi devenu plus impitoyable. À l?intérieur de nos côtes, elles-mêmes, s?expriment des besoins nouveaux. Il y a plus d?exigence de qualité et de performance.
Le miracle mauricien s?est achevé dans les années 90. Aujourd?hui, malgré les discours politiques pompeux, on s?est installé comme une société de marché avec ce que cela implique en termes de développement économiques et en termes d?injustice et d?inégalités. On a parallèlement assisté à l?épuisement du mythe idéologique au sens où on l?entendait voici 15 ? 20 ans. Dans ce cadre général, le corporatisme est devenu l?arme principale des partisans du statu quo. Les modérés prennent prétexte de la fragilité des institutions pour plaider en faveur des « acquis sociaux ». Et des politiques jouent avec le feu tant ils ont soif de pouvoir. Pourtant, et Rundheersing Bheenick, ancien grand argentier, le fait bien ressortir lors de cette table ronde : « Nous avons pu assurer une continuité dans le développement même lors des changements de régime. La stratégie n?a rien à faire avec la politique partisane. » Désormais, et Rama Sithanen a raison de le préciser à cette table ronde, c?est du rôle et du choix du système économique qu?il faut débattre.
Étonnant que ces hommes puissent exprimer des visions aussi concordantes dès qu?ils sont loin des camions à haute résonance. Étonnant qu?il y a tant de consensus entre les politiques pour faire ressortir que la quête obsessionnelle du consensus peut produire une société bloquée.
L?inventivité est possible même si le marché est tentaculaire. Un autre type de développement est possible, même si le libéralisme occulte la pauvreté. Pour cela, il nous faudra, entre autres, sortir de la logique d?une confrontation politique basée sur les sentiments. La continuité, dont parle Bheenick témoigne de la solidité de l?État, de sa capacité à transcender les hommes qui aspirent à l?incarner.
L?État est plus régulateur qu?acteur. Mais cela n?est vrai qu?en partie. Portant en bandoulière les réflexes anciens, le secteur concurrentiel évite de prendre de nouveaux risques alors que le secteur public affaiblit le dynamisme de l?État. Les acteurs sociaux et culturels sont loin de remplir leur responsabilité vis-à-vis de l?État. Lorsque l?initiative doit toujours venir de l?État, c?est qu?il y a un dysfonctionnement. On évoque souvent une société à plusieurs vitesses. Il faut se demander s?il ne faut pas aussi parler de modes de pensées à plusieurs vitesses ? Et, par extension, relever la contradiction qui existe entre le discours et la conviction chez les politiques dès qu?il est question de gestion économique ? Cesser d?être hypocrites et essayer de corriger les inégalités du libéralisme en profitant des opportunités qu?il présente, voilà le défi. Ces politiques, qui peuvent exprimer des idées si proches les unes des autres, sauront-ils, pour une fois, reconnaître que le vrai débat est ailleurs que dans la seule aventure de l?ethnicisation de notre société.
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