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Un crash aérien endeuille la France
Un avion de la compagnie colombienne West Carribean assurant un vol charter entre le Panama et la Martinique s’est écrasé mardi matin au Venezuela, faisant 160 morts, dont 152 Français de la Martinique.
“Cent cinquante-deux passagers dont un bébé” et huit membres d’équipage ont été tués, a déclaré à Reuters une porte-parole du quai d’Orsay. Sur place, dans l’ouest du Venezuela, les efforts des équipes de secours étaient entravés par d’épais nuages et des pluies dans la zone de l’accident, proche de la frontière colombienne. Les autorités ont annoncé que les services de secours avaient retrouvé l’une des deux boîtes noires de l’appareil contenant l’enregistrement des données de vol.
A Seattle, Jim Proulx, porte-parole de Boeing, a déclaré que la compagnie dépêchait sur place une équipe d’enquêteurs. Boeing a repris, en 1997, McDonnell Douglas, constructeur du MD-82. Des stations de télévision locales ont montré des photos de morceaux d’épave encore fumants sur un sol labouré par l’impact. L’empennage gisait seul dans un champ. “C’est vraiment terrible, c’est indescriptible, il y a des corps mutilés, démembrés”, a déclaré le maire de la localité, Alfonso Marquez, à la télévision.
Des ouvriers agricoles ont dit à la télévision avoir vu l’appareil en flammes avant qu’il touche le sol. En milieu de journée, les services de secours avaient retiré 56 corps de l’épave, a déclaré le colonel Antonio Rivero, chef de la protection civile.
Cette catastrophe aérienne, la quatrième depuis le début du mois et l’une des plus importantes de l’histoire aéronautique française, a endeuillé la Martinique, d’où sont originaires la totalité des passagers. Les noms des victimes, qui participaient à un voyage organisé, ont été lus à l’aéroport de Fort-de-France, suscitant cris et larmes. Jacques Chirac a fait part de sa “très vive émotion” après “l’épouvantable catastrophe aérienne” dont ont été victimes “un très grand nombre de Français” et “cette terre de Martinique si dramatiquement touchée par cette épreuve”.
<B>152 français de la Martinique</B>
Il a eu dans la soirée un entretien téléphonique avec le président vénézuélien, Hugo Chavez, qu’il a remercié pour l’action conduite sur place et “pour la promptitude de cette action”, a souligné l’Elysée. Jacques Chirac lui a également demandé “de faire le maximum pour que l’on sache ce qui s’est passé”. Jacques Chirac a demandé au ministre de l’Outre-Mer, François Baroin, de se rendre immédiatement sur place et une cellule de crise a été mise en place à l’aéroport de Fort-de-France. Au Quai d’Orsay, une cellule d’informations a été activée.
Les passagers avaient acheté leurs billets par l’intermédiaire d’une agence de voyages locale, Globe Trotter, située à Rivière Salée, a-t-on précisé à l’aéroport de Fort-de-France.
Le ministre des Transports, Dominique Perben, a précisé que l’avion, un McDonnell-Douglas 82, avait été contrôlé à deux reprises depuis le printemps par les antennes locales de la DGAC et n’avait fait l’objet “d’aucune observation particulière”. La compagnie West Caribbean “avait été autorisée à faire un vol charter entre Panama et Fort-de-France (Martinique) d’une part et Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) d’autre part, depuis le début du printemps 2005”, a précisé le ministre des Transports.
En mars cependant, un autre appareil de West Caribbean – un Let L-410 – s’était écrasé dans les collines peu après son décollage de Providencia, en Colombie.
Deux membres d’équipage et six passagers avaient péri. L’appareil, a précisé le ministre de l’Intérieur vénézuélien, Jesse Chacon, a modifié son itinéraire et demandé à pouvoir atterrir d’urgence à l’aéroport Chinita, à Maracaibo dans l’ouest du Venezuela, mais il s’est écrasé sur la Sierra de Perija près de la petite ville de Machiques.
Chacon a précisé que l’appareil avait signalé en pénétrant dans l’espace aérien vénézuélien qu’il avait un problème à un moteur, puis à un autre. Ce mois d’août a été marqué par d’autres accidents aériens. Le 2, un Airbus d’Air France a pris feu à l’atterrissage à l’aéroport de Toronto, mais les 309 occupants ont pu évacuer l’appareil. Quatre jours plus tard, un ATR-42 de la Tunis Air s’est abîmé en mer au large de Palerme, faisant 13 morts. Dimanche, un Boeing 737 de la compagnie chypriote Helios Airlines s’est écrasé à une trentaine de kilomètres au nord d’Athènes. Les 121 passagers et membres d’équipage sont morts dans la catastrophe.
Les services de secours vénézuéliens ont retrouvé l’une des deux boîtes noires d’enregistrement des données de vol de l’avion de la compagnie colombienne West Caribbean qui s’est écrasé mardi dans l’ouest du Venezuela, tuant le 160 personnes à bord, dont 152 Français, annoncent les autorités.
<B>Série noire dans le monde aérien depuis début août</B>
Ce crash intervient trois jours seulement après le dramatique accident d’un Boeing 737 de la compagnie chypriote Helios, près d’Athènes, qui a fait 121 victimes. L’appareil aurait connu un problème de pressurisation ou de climatisation, selon les premiers éléments de l’enquête. Quelques jours auparavant, le 6 août, un charter tunisien ATR-42 s’était abîmé en mer au large de la Sicile, faisant 13 morts, trois disparus et 23 survivants. Dans ce cas, c’est la qualité du carburant fourni à l’appareil en Italie qui est pointée du doigt.
Une série noire, ouverte le 2 août par la sortie de piste d’un Airbus A340 d’Air France à Toronto, qui n’a toutefois fait aucun mort, grâce à une évacuation rapide des 309 occupants de l’appareil.
Cette succession d’accidents, survenus pour différentes raisons (techniques, humaines...) qui restent à déterminer, mais sans lien avec le terrorisme, fait monter en flèche le nombre de victimes du transport aérien recensés cette année.
Les 297 morts ou disparus dans les accidents du mois d’août s’ajoutent notamment aux 104 victimes du crash d’un Boeing 737 de la compagnie aérienne afghane Kam Air, en février, à l’est de Kaboul.
L’année 2004 s’était pourtant conclue sur le plus faible taux de mortalité en avion depuis 1945, avec 410 passagers tués contre quelque 700 en 2003, selon les données de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).
La hausse du trafic ne saurait toutefois expliquer à elle seule l’augmentation des accidents. A intervalles réguliers, le transport aérien connaît des années noires. Ce fut le cas en 1996 avec les catastrophes d’appareils de l’américain TWA (230 morts) et de la Saudi Airlines (312 morts), ou encore en 1985, marquée par la mort de 329 passagers d’un vol d’Air India. Les accidents les plus meurtriers de l’aviation civile restent la collision, le 27 mars 1977, entre deux Boeing 747 sur l’aéroport de Tenerife (Canaries), qui avait fait 583 morts et le crash, le 12 août 1985, d’un Boeing 747 de la Japan Airlines entre Tokyo et Osaka, provoquant la mort de 520 personnes.
BILAN DU CRASH D’ATHÈNES
<B>L’avion chypriote avait déjà eu un problème de dépressurisation</B>
■ Le Boeing qui s’est écrasé dimanche près d’Athènes, causant la mort des 121 personnes à son bord, avait déjà connu un problème de dépressurisation de cabine par le passé, déclare la compagnie chypriote Helios Airways. Les causes de l’accident n’ont pas encore été définies mais la maintenance de l’appareil et la réaction du pilote font partie des facteurs examinés par les enquêteurs, qui ratissent toujours la zone montagneuse où l’avion s’est écrasé. Pendant le vol, le pilote avait signalé que l’avion avait des problèmes de climatisation. Pour certains experts, il pourrait en fait s’agir d’une décompression lente, qui entraîne une baisse du niveau d’oxygène dans la cabine et le cockpit et la perte de connaissance des personnes à bord. Les premières autopsies laissent penser que l’équipage et les passagers étaient inconscients lorsque l’avion s’est écrasé près d’Athènes.“Nous pouvons confirmer que l’appareil qui avait déjà connu un problème de dépressurisation est bien l’appareil qui s’est écrasé”, a déclaré Helios Airways dans un communiqué. Les autorités n’avaient pas mis en question la maintenance de l’avion après le premier incident et il encore subi l’entretien de routine la semaine dernière, précise le communiqué. Le travail de maintenance était assuré par l’entreprise britannique ATC Lasham et l’avion avait été loué à l’entreprise Deutsche structured finance, basée à Francfort, a confirmé un porte-parole de la compagnie aérienne. Le fait qu’un Boeing 747, considéré comme un appareil sûr, s’écrase en pleine journée dans des conditions climatiques normales rend l’accident inhabituel, soulignent des experts. Encore plus étrange est le fait que les pilotes aient perdu connaissance alors qu’ils disposent d’une réserve d’oxygène indépendante dans le cockpit. “Il semble très bizarre que les passagers aient mis leurs masques à oxygène et pas les pilotes. Cela pourrait signifier que (la réserve d’oxygène des pilotes) a mal fonctionné ou que les pilotes manquaient d’entraînement», estime Henry Lupa, spécialiste aéromédical et consultant auprès de l’entreprise britannique Qinetiq. Deux avions F-16 se sont approchés du Boeing peu avant l’accident, lorsque le contact radio avec les contrôleurs aériens a été coupé. Selon les pilotes des F-16, le co-pilote était effondré dans le cockpit, où il n’y avait aucune trace du pilote, et leurs masques à oxygène pendaient dans la cabine de pilotage. On a pu constater sur le site de l’accident qu’une partie des victimes étaient gelées, ce qui laisse supposer que la cabine a subi une forte décompression dûe à une fissure ou à un trou dans la carlingue. Les passagers auraient alors été soumis à une température de moins 50 degrés celsius. “Si les rapports faisant état d’une chute de la température sont exacts, les chances pour qu’une erreur technique en soit à l’origine sont faibles. Il s’agit plus probablement d’une fissure dans le revêtement de l’appareil”, explique Lupa. Plusieurs facteurs peuvent expliquer une fissure dans le revêtement d’un avion : l’usure due à la fatigue du métal ou un accident, qu’il s’agisse d’une collision avec le matériel de ravitaillement ou de chargement, ou encore avec un oiseau. Mis en service en 1997, l’appareil d’Helios était récent selon les normes de l’aviation. En 1998, un Boeing 737 qui transportait également 121 personnes a subi une décompression alors qu’il se rendait de Dubrovnik, en Croatie, à Londres. La réserve d’oxygène de secours avait permis au co-pilote de ramener à lui le pilote inanimé. L’avion avait pu être descendu à une altitude respirable pour les passagers et avait atterri sans encombre. Une fissure dans une porte de la soute était à l’origine de l’incident. Le Bureau d’enquêtes et d’analyses, à Paris, doit examiner la boîte noire d’enregistrement des données de vol retrouvée mercredi sur le site de l’accident, près d’Athènes.
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