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Un ballon d?oxygène pour le textile

25 janvier 2004, 20:00

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L?année commence sur une note mitigée pour le textile. La Compagnie Mauricienne de Textile (CMT) annonce Rs 720 millions de bénéfices tandis que les Hongkongais nous annoncent qu?ils s?en iront à terme. Quelle est votre analyse de l?état de santé de ce secteur ?

A court terme, la situation s?annonce difficile. Nous avons fait face à trop de circonstances défavorables en même temps. Le ralentissement économique mondial, l?adhésion de la Chine à l?Organisation mondiale du commerce (OMC) à partir de 2000 et la crise malgache, qui a mis un frein brutal à nos efforts de délocalisation, sont autant de facteurs négatifs qui se sont abattus sur nous ces trois dernières années.

Dans un tel contexte les fermetures d?usines et les pertes d?emplois ne sont guère surprenantes. Mais de cette situation difficile à court terme émergent aussi plusieurs points positifs. Les industriels savent aujourd?hui qu?ils se trouvent à la croisée des chemins et qu?ils ne peuvent plus se fier à la dépréciation de la roupie et à des marchés protégés.

La montée de gamme par un investissement intensif en technologie est une étape indispensable qui ne peut plus être renvoyée. L?amateurisme n?a plus sa place. Un management moderne est une condition sine qua non pour survivre. La CMT est un exemple qui illustre la capacité de nos industriels à relever les plus grands défis.

Cette entreprise montre la voie à une nouvelle industrie moderne, compétente et technologiquement avancée. Autre signe positif, le groupe Ciel, le géant de l?industrie textile locale, est en redressement.

Vous me parlez du départ des Hongkongais, effectivement c?est une tendance qui s?accentuera avec l?attraction grandissante de la Chine comme centre mondial de production du textile. Malgré tout, nous pensons qu?avec les avantages de l?AGOA III, ils garderont encore un pied-à-terre à Maurice pour prendre avantage du marché américain.

Vous dites qu?a court terme la situation sera difficile. Vous prévoyez donc de la casse ?

Oui, toute notre action en ce moment est de tenter de limiter la casse comme vous dites. Nous avons une stratégie claire et bien définie à cet effet. À moyen terme, notre objectif est de faire évoluer l?industrie vers des technologies plus avancées et une gestion améliorée.

Malgré les circonstances atténuantes que vous évoquez, les faits sont têtus. L?industrie du textile-habillement a subi une contraction ces deux dernières années et près de 10 000 pertes d?emplois. Cela démontre un mal plus profond ?

Certes il y a certaines entreprises qui n?ont pas été capables de faire face aux difficultés du marché. Avec le démantèlement de l?Accord multi-fibre en 2005, il y aura des bouleversements encore plus profonds. Il n?y a pas de doute que certaines entreprises étaient condamnées à disparaître car elles ne pouvaient pas continuer à vivoter dans un environnement libéralisé et plus compétitif. Notre stratégie consiste à assurer la survie de celles qui sont susceptibles de le faire. Avec le TEST nous sommes confiants de pouvoir permettre à de nombreuses entreprises de se restructurer et de redémarrer sur de nouvelles bases.

Ces fermetures et pertes d?emplois ne sont-elles pas un préambule à ce qui nous attend après 2005 ?

Honnêtement je pense que le pire est en voie d?être dépassé. Ce sera bientôt derrière nous. L?industrie est consciente des difficultés à venir. La reprise de l?économie mondiale devrait aider. Il y a en ce moment même une recrudescence des commandes et nous constatons qu?il y a une demande insatisfaite pour 3 000 à 4 000 emplois dans le textile. C?est ainsi que les prévisions sont pour une croissance, faible mais positive, dans la zone franche en 2004. Ce sera une amélioration considérable par rapport à la contraction sévère des deux dernières années. Tous ces signes sont annonciateurs d?une consolidation, d?un redressement. Les mesures que nous comptons prendre pour accélérer la restructuration de ce secteur vont accentuer ce redressement.

Quelles sont ces mesures ?

L?objectif est de restructurer et de moderniser l?industrie. Le TEST a permis d?établir que près de la moitié des entreprises qui y ont participé sont solvables malgré leurs faiblesses. Elles ont besoin d?un appui financier et d?expertise de gestion qui leur seront fournis. Les entreprises qui ont besoin d?un ballon d?oxygène financier pour accompagner le processus de restructuration auront un soutien accru des banques commerciales, de la Banque de développement et du National Equity Fund. Nous travaillons activement avec ces diverses institutions et aussi avec la Banque de Maurice pour permettre cette facilitation financière. Je veux être bien clair sur la position du gouvernement; il ne s?agit pas de sauver les entreprises qui ne peuvent l?être mais d?aider celles qui peuvent se restructurer et survivre.

Le TEST a établi qu?il existe deux types d?entreprises que nous pouvons soutenir. Il y a celles qui se portent plus ou moins bien mais qui ont besoin de se moderniser et il y a celles qui sont en difficulté et qui doivent se restructurer pour survivre. Pour la première catégorie, il s?agit plus de modernisation que de restructuration et nous nous emploierons aussi à leur donner les moyens financiers de le faire. Nous mettrons en place un meilleur encadrement financier pour encourager les investissements dans la technologie moderne pour une industrie haut de gamme. Nous allons renforcer le cadre de soutien à l?industrie dans les mois à venir.

Tout cela a l?air bien beau mais les divers plans d?appui financier élaborés jusqu?ici ont échoué car ils étaient destinés aux entreprises solvables uniquement. En quoi votre nouveau plan va -t-il résoudre ce dilemme ?

C?est vrai que c?est difficile. Nous sommes aussi en train de penser à quelque chose de nouveau, une idée de l?équipe de TEST d?ailleurs. Nous sommes conscients que l?endettement des entreprises est u n obstacle à l?investissement dans la modernisation et la restructuration. C?est pour cela que nous envisageons un programme de rééchelonnement des dettes des entreprises. Nous travaillons sur un plan cohérent et bien établi pour permettre à certaines entreprises clairement identifiées de pouvoir mieux respirer financièrement tout en appliquant un programme de restructuration. Nous essayons d?obtenir l?aide d?experts pour ce programme de debt rescheduling, comme celui qui a déjà été appliqué en Inde et en Malaisie notamment. Nous avons déjà engagé des discussions avec la Banque centrale à ce sujet.

Le temps presse. Quand ce programme sera-t-il lancé ?

Avant la fin de mars certainement. Nous finalisons le raffermissement du programme de soutien à l?investissement, la modernisation et la restructuration.

Vous parlez des entreprises qui peuvent être sauvées. Le paradoxe est que les rares entreprises en expansion butent sur un manque de main-d??uvre alors que le chômage est en hausse. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

A force de crier au loup, certains ont entamé la bonne image de l?industrie. La plus grande fréquence de fermetures suite aux circonstances exceptionnelles que j?ai évoquées a sans aucun doute créé un climat d?incertitude qui fait peur aux employés de ce secteur et à ceux qui voudraient s?y joindre. C?est naturel comme sentiment face à une impression d?insécurité.

Nous devons modifier cette perception. Il faut expliquer que ces difficultés sont temporaires et que l?industrie textile perdurera même si elle représentera un pourcentage moins important de l?emploi total de l?économie. Par contre, une main-d??uvre moins nombreuse peut envisager une rémunération supérieure et un meilleur plan de carrière car engagée dans une industrie à plus forte valeur ajoutée. La CMT est un exemple de ce que j?avance.

Pour tenter de modifier justement cette perception erronée de sunset industry, je vais personnellement visiter un nombre d?entreprises de textile-habillement et aider à mieux les faire connaître du grand public. Je compte solliciter l?aide du Premier ministre lui-même à cet effet et organiser une journée de réflexion avec toutes les parties prenantes de l?industrie afin de reconfirmer l?engagement du gouvernement en sa faveur .

?Je pense que le pire est en voie d?être dépassé. La reprise de l?économie mondiale devrait aider. Il y a une recrudescence des commandes et une demande insatisfaite pour 3 000 à 4 000 emplois dans le textile.?

Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN

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