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Un appel du chef juge éclipse l?actualité

6 octobre 2004, 20:00

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Ce matin, comme hier, cette réminiscence offre la part du lion à l?appel lancé, le 10 juillet 1979, par le chef juge Maurice Rault aux magistrats de l?époque. Cette exhortation n?a rien perdu de son acuité bien au contraire. Cela ne signifie pas que l?actualité de l?époque suspendait son vol pour se suspendre aux lèvres de celui qui présidait alors notre Cour suprême. Ne dit-on pas qu?il y a loin de la coupe aux lèvres et que, en 1979 comme de nos jours, la coupe déborde souvent. Pendant que Maurice Rault faisait appel aux sentiments les plus nobles de ses magistrats, les faits divers suivants se déroulaient et faisaient, entre autres, la une des journaux :- Expansion de l?élevage bovin à Médine ; la MSPA répond à la MPA de Jugdish Goburdhun, le spécialiste mauve des petits planteurs sucriers ; projection du film Sylvia et l?amour ; lever de boucliers contre les nouveaux tarifs de l?eau et tentative d?explication de K. Jawaheer, le No 1 de la CWA ; le CPE déclenche les hostilités des langues ancestrales et universelles ; Curepipe, la ville dont le maire est Gaëtan Duval, pose sa candidature pour les prochains JIOI ; Burrenchobay inaugure le club hippique de Belle-Vue Albion, appartenant, entre autres, à Suresh Moorba ; inauguration de l?Hôtel Europa à Curepipe ; saisie d?une valise contenant 10 kilos d?opium ; le port travaille toujours au ralenti, imposant une conclusion : soit la PLHDWU ne tient pas ses engagements, soit ce syndicat mauve ne contrôle plus ses adhérents. Les compagnies maritimes ne se font plus d?illusions : ?Forget Port-Louis?, répondent-elles.

Comment ne pas donner priorité à la seconde partie de l?Appel du 10 juillet 1979 de Maurice Rault ? Le contraire du dialogue n?est pas le silence, mais le bruit? Cette forme d?agression?explique pour une grande part que la gentillesse spontanée, qui caractérisait le peuple, il y a dix ans, est remplacée par ceux qui massacrent le silence.

Un dernier mot sur ce devoir de connaissance vécue : combien d?entre vous ont visité nos lieux de détention ? Si vous envoyez quelqu?un en prison sans savoir les conditions générales qui l?attendent là-bas, vous maniez une arme dont vous ne connaissez pas la portée. Et si vous envoyez un enfant à l?Ecole industrielle sans savoir à quelle discipline il sera soumis, c?est un peu comme si vous le balanciez dans un trou dont la profondeur vous est inconnue?

La plupart des Mauriciens croient que pour devenir de plus en plus riche, il y a un moyen simple : travailler de moins en moins. Acceptons-nous que, dans cette bataille, où la vie même du pays est en jeu, le post-mortem vienne constater que le judiciaire s?était rangé du côté des streptocoques ??

N?oubliez pas : on vous regarde. Chaque fois que le peuple cherche un homme pour projeter la lumière sur les eaux troubles, quel cri lui vient aux lèvres, sinon : ?Donnez-nous un juge, donnez-nous un magistrat ! ?? Dans ce combat?nous sommes, très visiblement, en première ligne. Et la tenue de toute l?armée dépend de la première vague d?assaut : de nous. Selon notre exemple, elle va foncer ou se planquer?

La confiance populaire dont nous jouissons encore est un patrimoine hérité de nos aînés. Nous n?en sommes pas les propriétaires, nous n?en sommes que les usufruitiers? Nos cadets nous en demanderont compte.

Non-plaideurs et innocents? nous supplient?de rendre témoignage que l?honnêteté est possible et que, pour arriver, nul n?est forcé d?avancer ventre à terre.

Dans une allusion dépourvue d?artifice au rapport Glover, je disais qu?en ces jours, se réveille, en l?âme populaire, une soif d?honnêteté, qui, parce qu?elle est un besoin vital, au même titre que l?air et que l?eau, ne sera jamais assouvie, tant qu?il y aura des hommes.

Ces assoiffés comptent sur nous pour un peu d?eau vive. C?est pourquoi nous ne pouvons plus nous contenter d?une honnêteté privée et passive. Exigeons de nous-mêmes une honnêteté offensive. Nous voyons tous les jours que la corruption est contagieuse. Pourquoi la vertu, qui, par nature, a plus d?être que le vice, serait-elle moins active que lui ? Le courage était contagieux à Sparte, le sens du beau à Athènes, le patriotisme à Rome. Que les serviteurs du Droit rendent la droiture contagieuse !

Nous devons, non plus rêver, mais vouloir ensemble que chaque tribunal soit une place forte d?honnêteté rayonnante, une Citadelle où la Justice s?exerce et s?arme pour culbuter corrompus et corrupteurs.

Et c?est signé : Maurice Rault.

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