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Un adieu des plus émouvants

24 mars 2006, 20:00

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Comme prévu, ils étaient encore plus nombreux hier matin à venir dire adieu à sir Satcam Boolell. Le président d?honneur du Parti travailliste est mort jeudi après-midi des suites de complications cardiaques et rénales. Seul élément perturbateur à ses obsèques nationales : les grosses averses qui ont rendu difficile l?embrasement du bûcher au lieu de crémation dit Cipayes Brûlés à Vallée-des-Prêtres.

Les Boolell et leurs familles croyaient que le flot de visiteurs finirait par se tarir dans la nuit de jeudi à vendredi. Or, jusqu?à 2 heures du matin, des gens venaient encore à la rue Bancilhon à Port-Louis. Ils se sont recueillis devant le cercueil réfrigéré sur lequel quelques roses rouges et une couronne mortuaire de fleurs blanches ont été posées.

La situation n?a guère évolué hier matin, avec une foule importante massée sous le prélart aménagé devant la maison de sir Satcam. Mira Khushiram, rentrée au pays quelques heures plus tôt, est d?une pâleur extrême. Drapée d?un sari beige, elle se tient droite aux côtés de ses frères Arvin et Ajit et se laisse docilement embrasser et réconforter par les sympathisants. Les bouquets mortuaires ne se comptent plus.

Manjula Bhuckory-Bhujohory, nièce de sir Satcam, confie qu?en prévision de la menace du chikungunya, son oncle avait demandé à son personnel d?élaguer les arbres et de ranger la cour, sans savoir ce que les jours à venir lui réservaient. Si bien que sa veuve et ses enfants ont pu accueillir les gens dans une cour bien entretenue.

<B>Jusqu?au bout</B>

Au fur et à mesure que les minutes s?égrènent, le va-et- vient augmente. On assiste à une scène particulièrement touchante quand la vitre du cercueil réfrigéré est enlevée pour dire les dernières prières. Myrta, l?épouse de sir Satcam, baise longuement son visage et asperge quelques gouttes d?eau du Gange sur son front livide.

Satish Boolell, neveu du défunt, demande à ses cousines de constituer un cordon humain devant la dépouille pour garder les visiteurs à distance respectueuse. Elles s?exécutent.

Le rite funéraire à pratiquer donne lieu à un long conciliabule entre les membres de la famille Boolell. Quelques-uns sont pour l?application du système puranic, orthodoxe, alors qu?il est connu que les Boolell suivent le système vedic, épuré de rites. Au final, il est décidé de concilier les deux systèmes. L?archarya ne se fait pas prier.

Le cercueil en bambous nattés, dans lequel des mains habiles ont glissé des roses rouges et des anthuriums sanguines, est placé devant la baie vitrée en attendant de recevoir la dépouille de sir Satcam. Les photographes de presse immortalisent une belle brochette de politiques : le Premier ministre, Navin Ramgoolam, le président de la République, sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, leader de l?opposition.

A 14 h 40, huit hommes, la plupart de la famille Boolell, soulèvent le mort dans son linceul et le placent dans le cercueil. Il est porté en cortège jusqu?à la rue Labourdonnais, où huit officiers de la Special Mobile Force (SMF) prennent le relais. Le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh et Khemraj Servansing, commandant de la SMF, suivent juste derrière le cercueil sur lequel un quadricolore a été étalé.

L?orchestre de la police, dirigé par le surintendant Veeren, entame les marches funèbres de Chopin et Haendel. A la jonction de la rue Wellington, la dépouille est placée dans une fourgonnette de la SMF et le convoi prend l?itinéraire établi.

De chaque côté de la route, des Mauriciens, ayant quitté leurs bureaux à la hâte, regardent passer le convoi d?un air triste. Le cortège s?immobilise une minute devant l?Hôtel du gouvernement et le speaker, Kailash Purryag, et le personnel de l?Assemblée nationale rendent à sir Satcam un hommage silencieux. La petite pluie qui tombait sans répit se alors en grosses averses.

Les femmes n?assistent habituellement pas aux incinérations. Myrta Boolell tient à accompagner son mari jusqu?au bout. Elle est accompagnée de son amie de longue date, Patricia Mohamed, épouse d?Ismaël, frère de l?avocat Yousuf Mohamed et de Chandranee Bhuckory et ses filles, Manjula et Sadna.

De nombreuses personnes sont présentes au lieu de crémation. Nikhil Boolell, fils d?Ajit et petit-fils de sir Satcam, allume le bûcher en bois de manguier. La pluie retarde l?avancée du feu. Les préposés doivent ajouter plusieurs fois de la résine pour que les flammes s?activent.

A une personne qui, au vu de l?affluence, ne manque pas de dire que sir Satcam Boolell avait un grand nombre d?amis, un de ses intimes réplique cyniquement : «Tout dimounn ti so gran kamouad me personn pa finn vote pou li dernie foi.» S?il était encore en vie, et avec le franc-parler qui le caractérisait, sir Satcam ne l?aurait pas mieux formulé?

Témoignages

<B> Mahmood Tally ancien ambassadeur au Caire</B>

«Mes relations d?amitié avec sir Satcam Boolell datent de plus de 40 ans. C?était au début de mes années en politique. C?est sir Kher Jagatsingh qui me l?a présenté et dès lors nous avons gardé ces relations intimes. Sa sincérité est sans égale.»

Aux élections de 1976, alors qu?on était en campagne au n° 10 (Montagne-Blanche-Grande-Rivière-Sud-Est), il m?a fait part de l?importance des contacts directs avec l?électorat. De tels contacts ont été à la base de son succès dans cette circonscription, et il les a cultivés depuis 1953. Sir Satcam Boolell était convaincu qu?un député d?une circonscription ne doit jamais abandonner son électorat et qu?il faut toujours lui dire la vérité malgré les circonstances. Il a été élu sept fois au n° 10.

Pour sir Satcam Boolell, quelqu?un peut servir son pays à n?importe quel niveau. Pour cette raison, il a accepté d?être ambassadeur à Londres malgré le fait qu?il était autrefois le chef de la diplomatie. Sa contribution au Protocole sucre est énorme.

Sir Satcam Boolell était un homme d?une grande sagesse. Dans un siècle on a qu?une fois un homme de cette trempe. Il était un homme d?une grande franchise et d?une profonde honnêteté.»

<B> Subash Lallah avocat</B>

«C?est triste car c?est un pilier du Parti travailliste qui s?en est allé. Ce qui était formidable, c?est qu?il est resté fidèle à ce parti et les gens devraient s?en souvenir».

<B> Razack Peeroo ancien ministre de la Justice et avocat</B>

«Sir Satcam Boolell était un grand parmi les grands du Parti travailliste. Sa personnalité a rayonné pendant des années au firmament de la politique nationale. Outre sa contribution à l?indépendance il est reconnu pour le rôle dans le Protocole sucre. Son passage au ministère de l?Agriculture a donné une base moderne à ce secteur sur laquelle ceux qui lui ont succédé ont construit. Je l?admirais pour sa simplicité, la chaleur de ses relations et sa grandeur d?âme.»

<B> Somduth Dulthumun président de la Mauritius Sanathan Dharma Temples Federation </B>

«Bien qu?il ait occupé de hautes fonctions, sir Satcam était resté proche du peuple. Nous perdons là un leader charismatique.»

<B> Yousuf Mohamed avocat </B>

«C?est un ami de mon père et un ami personnel qui est parti. Je me souviens de lui comme de celui qui s?est battu pour le Protocole sucre, qui a libéré les prisonniers, qui m?a aidé lorsque j?étais ministre du Travail et que j?ai dû faire face à la grève générale menée par Bérenger en 1979. J?ai eu pour mentor un grand patriote.»

<B> Rajesh Bucktowonsinghavoué </B>

«Pour moi, sir Satcam est un humaniste qui avait foi en ses convictions. Maurice devrait se souvenir de lui comme un des architectes de l?indépendance et ne pas oublier son apport dans le domaine sucrier.»

<B> Christian Rivalland conseiller du Premier ministre </B>

«J?ai bien connu sir Satcam de 1976 à 1991. C?était un homme profondément humaniste et toujours à l?écoute.»

<B> Leckranee et Jeenarain Soobagrah directeurs de Bonny Air Travel, parents de sir Satcam</B>

«Il aimait profondément les gens et faisait tout son possible pour les aider. Sa porte était toujours ouverte pour eux. Il était sincère et fidèle et n?hésitait pas à dire ce qu?il pense. Il a été un exemple pour sa famille.»

<B> Sattyadeo Appadoo son garde du corps pendant 15 ans lorsque sir Satcam était au gouvernement: </B>

«C?était un homme simple et sincère qui adorait recevoir les gens de toutes catégories socioprofessionnelles et les aider s?il le pouvait.»

<B> Rashid Beebeejaun vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques </B>

«Sir Satcam est un grand homme de la politique mauricienne, un visionnaire car à peine venait-il de rentrer de ses études en Grande-Bretagne qu?il évoquait déjà le développement régional. C?était aussi un exemple de fidélité et de bon sens.»

<B> James Burty David ministre des Administrations régionales et porte-parole du PTr: </B>

«C?était un homme d?une grande sagesse, au franc-parler parfois dérangeant, doté d?un sens de l?humour qui faisait mouche. Il avait aussi une fine plume. Malgré la diminution de sa force physique, il a conservé la force de ses convictions jusqu?au bout.»

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