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Touche pas à ma vague !

2 août 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un vent puissant souffle ce samedi sur le lagon à la pointe du Morne. Une cinquantaine de windsurfers et de kiters s?en donnent à c?ur joie sur ce spot désormais réputé internationalement. La petite plage casée entre deux hôtels est pleine à craquer : voitures, planches, voiles, parcs pour bébé? En majorité européen, ce public s?affaire et s?organise dans l?eau et sur la plage alors qu?un ?il non initié n?y verrait qu?un vaste désordre de voiles, de mâts et de cordes. Une discussion éclate entre deux véliplanchistes. Des surfeurs mauriciens s?adressent à un couple de touristes. «Vous n?avez rien à faire là le week-end. Vous devez nous laisser le plan d?eau? » Quelques étrangers s?interposent. «Calmez-vous. La mer est à tout le monde, non ?»

Des gamins regardent la scène, interloqués. D?autres rigolent. La tension est redescendue mais pour combien de temps ? L?un des touristes en tremble d?énervement. Son épouse a été prise à partie. Sa planche aurait été heurtée par celle d?un autochtone sur le plan d?eau et ce dernier était prêt à la rembourser lorsque des énergumènes ont surgi pour donner tort à la touriste.

L??uvre d?un franc-tireur

De retour à son bungalow, un des windsurfers se plaint à son loueur qui reçoit justement des membres du gouvernement pendant le week-end. Ce dernier va leur communiquer un tract qui aurait été imprimé par des surfers locaux et qui demande aux touristes de la glisse de rester chez eux ? Interrogés, les Mauriciens nient avoir édité ce tract. Ils en désapprouvent tous le ton virulent. Ce tract serait donc l??uvre d?un franc-tireur?

Ce n?est pas la première fois que le ton monte sur cette plage. En hiver, le nombre d?amateurs de glisse est multiplié par cinq ou six et le lagon se remplit vite de voiles, surtout le week-end. Les surfeurs locaux se sentent alors agressés. Les conditions de navigation, disent-ils, deviennent dangereuses car beaucoup de touristes se défoulent sans vraiment faire attention. En outre, explique Nicolas, un Mauricien de 38 ans qui pratique tous les sports de glisse, il faut savoir que la côte Ouest est sous le vent et qu?il n?y a que ce petit bout de pointe pour naviguer en windsurf ou en kite.

« Il est impossible d?assurer la sécurité pour tout ce monde. Nous avons dû intervenir très souvent pour aider des étrangers.» Nicolas explique ensuite pourquoi l?endroit est particulièrement dangereux : les courants, les passes, les récifs. « Comment se fait-il, dit-il, qu?on n?ait pas imposé au loueur de planches à voile installé au Berjaya son propre bateau de sécurité après qu?un de ses clients a disparu ici il y a quelque temps ? » Le week-end dernier, ajoute-t-il, le courant tirant vers le large était énorme dans la grande passe.

La plage du Morne, à la pointe immense il y a à peine 10 ans, est aujourd?hui réduite à des petites bandes de sable encaissées entre les hôtels. Et ce n?est pas fini. La piste d?atterrissage pour hélicoptère du Berjaya va être transformée en base nautique. « Ils ne savent pas ce qu?ils font », raconte Priscilla, une mère mauricienne originaire de La Gaulette. « C?est une plage familiale. Ils ont déjà pris presque toute la plage pour la donner aux hôtels. Il nous restait ce petit bout et ils vont nous l?enlever. » Un groupe de Tamarin s?approche. Parmi eux, des surfeurs, des enfants, des parents. L?un d?eux essaie de temporiser. « Nous n?avons rien contre les touristes. C?est vrai qu?il y a des extrémistes chez les locaux, mais c?est une minorité. »

Il faut comprendre les exaspérations, explique un Basque qui vient à Maurice depuis très longtemps et qui loue une chambre à Tamarin. « Il n?y a plus de plage ici. C?était un coin tranquille pour faire du surf et de la planche. ça l?est d?ailleurs encore pendant la semaine, mais les vagues et le vent, c?est surtout en hiver. » Notre interlocuteur confirme qu?il existe bien quelques têtes brûlées à Maurice et qu?il y a déjà eu des bagarres. En fait, dit-il, il existe une bande de copains qui surfent depuis longtemps où ils veulent et quand ils veulent et qui entendent bien continuer ainsi. « Je préfère les éviter. C?est assez facile. De toute façon, on peut surfer à plusieurs endroits à Maurice. »

Il nous explique que la plupart des surfeurs mauriciens sont très « cool ». Il suffit de les respecter et de les laisser surfer, dit-il. « À Hawaï, il existe une sorte de mafia du surf qu?on appelle les Black Shorts. Ils protègent leurs vagues et son parfois violents. C?est une grande famille dans laquelle on trouve des figures de légende mais aussi des brebis galeuses. »

« À Maurice, certains se font appeler les White Shorts, mais c?est un peu du folklore et ça a démarré lorsqu?un reporter est venu faire un article sur Maurice. Les locaux lui ont expliqué qu?ils faisaient la loi sur leurs sports, comme les Black Shorts? Le nom est resté. »

On est loin de l?image peace and love des années 70 : le surfeur globe-trotter avec sa planche sous le bras et une fleur dans la bouche. Il faut dire qu?à l?époque, les vagues étaient presque désertes en dehors de celles de Floride et de Californie. Des Australiens passaient l?hiver à Maurice, surfant à Tamarin, au Morne et ailleurs. Ils ont d?ailleurs apporté le surf avec eux, créant une véritable communauté. La mode du surf s?est ensuite vite répandue. Le windsurf a fait son apparition, puis le kite surf, pratiqué aujourd?hui par de très nombreux locaux et touristes.

Ce « localisme » existe donc partout. Il va du simple avertissement aux menaces. Les magazines spécialisés montrent régulièrement des photos de panneaux plantés sur les plages et sur lesquels est écrit « locals only ». Hollywood s?en est même inspiré pour son film Point Break où Patrick Swayze joue un surfeur cambrioleur prêt à mourir pour la vague de sa vie. « Maurice, à côté, explique un Français, c?est de la rigolade. D?ailleurs, lorsque je viens ici, je loue une voiture et surfe presque tous les jours autour de l?île. Je n?ai jamais d?ennuis. » En fait, explique un proche de ces White Shorts, « il y a des étrangers corrects, mais certains ne respectent pas les locaux. Ils n?ont qu?une idée en tête, c?est en profiter au maximum et après moi le déluge? Ils viennent en territoire conquis. »

L?eau la plus rapide

Paul a 13 ans. Il surfe depuis l?âge de six ans. « Les anciens ont raison de se faire respecter. Parfois, des touristes débarquent, prennent toutes les vagues et font comme si nous n?étions pas là. »

À Tamarin, c?est encore un autre son de cloche. C?est un endroit mythique du surf, bien que les vagues s?y fassent rares. Mais quand la houle se lève, le village s?anime et grouille de surfeurs de 5 à 55 ans. Ici, les habitants sont plutôt indulgents avec les étrangers. La plupart des habitants ont déjà touché à ce sport ou ont un surfeur dans la famille. Certains pêcheurs sortent encore leur vieille planche héritée d?un copain australien quand la houle gronde. Et puis, nombreux sont ceux qui louent des chambres aux surfeurs. Les amitiés se lient. Un local explique qu?il existe une hiérarchie sur les vagues. Les anciens, ceux de Tamarin, et puis les autres. De toute façon, dit-il, le problème du Morne, c?est surtout pour les planches à voile et le kite. La plage est petite et le spot se remplit vite.

En réalité, il n?y a pas de véritable problème « surf » à Maurice. Le malaise est plutôt à chercher dans le développement. Les touristes ont des droits. Ont-ils tous les droits ? Certains surfeurs locaux accusent le gouvernement de prostituer leur île. Où le racolage commence-t-il ? D?autres se lancent dans les affaires et comptent bien profiter de cette manne. Comme disait le grand sage Duke Kahanamoku (demi-dieu hawaiien qui surfait des vagues de dix mètres sur des troncs d?arbre), après avoir battu un record du monde de natation dans la rade d?Honolulu : « Je n?y suis pour rien si je nage vite, nous avons l?eau la plus rapide du monde? »

Bertrand MEUNIER

Surf, windsurf et « kite surf »

Trois principaux sports de glisse sont pratiqués à la pointe du Morne.

-Le surf nécessite une planche d?environ deux mètres, un leash (corde attachée à la cheville) et un peu de wax pour rendre la planche antidérapante. Le surfer va en ramant sur le spot, l?endroit de déferlement des vagues. Au Morne, il faut ramer une quinzaine de minutes jusqu?au-delà du récif. Pour retourner sur la plage, il faut traverser le récif car le courant est trop fort pour rentrer par la passe.

Il existe des règles de priorité universelles et d?autres coutumières : on ne descend pas une vague de récif à deux surfeurs, c?est trop dangereux. Oursins et corail de feu sont là pour le rappeler.

-Le windsurf ou planche à voile : la planche mesure entre 2,50 m et 3,50 m et est équipée d?un mât et d?une voile. Le lagon permet de faire de grandes traversées en relative sécurité. Mais attention aux passes et au courant qui tirent vers le large ! Parmi les windsurfers, on trouve les funboarders équipés de planches adaptées aux vagues. Ces derniers vont au-delà des récifs, surfent les vagues et réalisent des sauts. Ils cassent fréquemment leur matériel et doivent alors rentrer à la rame.

-Le kite surf, enfin, est assez récent. Inspiré du cerf-volant, il est équipé d?une voile de type parapente avec un boudin gonflable, de cordes, d?un palonnier et d?une minuscule planche. C?est un sport très technique qui permet de faire des sauts spectaculaires.

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