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Sur la table de chevet de Hart la Médaille miraculeuse
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Sur la table de chevet de Hart la Médaille miraculeuse
Vendredi dernier, nos réminiscences évoquaient la question, posée au début de novembre 1982, par André Masson : Robert Edward Hart est-il mort croyant ? Elles ont alors invoqué les différentes rumeurs, circulant autour des funérailles religieuses, accordées à Hart et concernant plus particulièrement leur officiant, le Père Alain Henriquet et son évêque, Mgr Daniel Liston. André Masson cite une lettre particulièrement émouvante de Hart, écrite à une amie (Madeleine Mamet ?), seulement trois jours avant sa mort pour, entre autres, l?inviter à prier sans cesse, comme lui, jusqu?à l?arrivée du sommeil, en alternant les Pater et les Ave et en lui recommandant la plus grande dévotion à la Vierge et au Père Laval. André Masson révèle également qu?on trouve sur la table de chevet du poète, des instructions intitulées «Pour qu?on ne m?enterre pas vivant.» On peut y voir les consignes données pour que, après sa mort, on enlève le c?ur de sa dépouille. Sur la table de chevet, on y trouve aussi une Médaille miraculeuse qu?André Masson soutient être celle que lui a lancée subrepticement, un jour, le Père Alain Henriquet.
Mais qu?est cette Médaille miraculeuse ? Elle est gravée dès 1832, sur les instructions de l?archevêque de Paris, Mgr de Quélen, et sur les indications données par la religieuse novice, Catherine Labouré, qui confie à son confesseur avoir vu la Vierge Marie, lui apparaissant, au couvent des Filles de la Charité, à la rue du Bac, à Paris Ve. La médaille est de forme ovale. Les amateurs de rugby apprécieront. Au centre, s?y trouve la lettre M, qu?accompagne une croix et surmontant deux c?urs enflammés et transpercés d?une flèche. Dix étoiles à cinq branches entourent le tout, lui donnant une apparence européenne d?avant l?heure. Catherine Labouré (1806-1876) voit le jour dans une famille nombreuse de cultivateurs aisés de Bourgogne. A 24 ans, elle parvient à vaincre la résistance paternelle et entre comme novice dans la congrégation des Filles de la Charité, ordre religieux fondé par saint Vincent de Paul (1581-1660), religieuse portant l?habit des paysannes et ayant la rue pour cloître. La Vierge lui apparaît et lui demande de faire frapper une médaille portant l?inscription : « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. » (A ne pas confondre avec la prière de jeunes filles irresponsables à Notre Dame de l?Immaculée Conception : «Ô Marie, conçue sans péché, permettez-nous de pécher sans?concevoir», ni avec la doléance des sceptiques, se plaignant de cette conception sans qu?ils le sussent). Catherine Labouré accomplit jusqu?à la fin de ses jours, à 70 ans, des tâches obscures au service des malades et des vieillards dans un hospice de la rue Picpus, Paris. L?apparition de la Vierge, dont elle est le témoin, à 24 ans, ne sera divulguée qu?après sa mort. Mais déjà la Médaille Miraculeuse connaît une diffusion extraordinaire dans le monde. On lui attribue de nombreux bienfaits dont de célèbres conversions comme celle d?Alphonse de Ratisbone, un juif, qui fondera avec son frère, Théodore, l?Ordre de Notre Dame de Sion. Le pape Pie XII canonise sainte Catherine, en 1947, sept ans avant la mort de Hart. C?est cette Médaille miraculeuse qu?André Masson retrouve sur la table de chevet de celui-ci.
Cette médaille hartienne a une histoire qu?André Masson nous conte. Connaissant la réputation sulfureuse que font certains milieux ecclésiastiques à saint Crétiste Robert Edward Hart, le Père Alain Henriquet ose une tentative à mi-chemin entre le miraculeux et le hasardeux. Arrivé devant la Maison de Corail, il se résout à lancer une Médaille miraculeuse, au milieu de l?allée de sable et de terre, une façon comme une autre de dire à la Madone : «Je fais ce que je peux. Tu fais le reste». Et Masson s?y connaît en table de chevet. Lors d?une polémique, il dit envoyer à Raoul Rivet son livre de chevet pour l?édification de l?âme du directeur du Mauricien. Courtois mais polémiste, Rivet accuse réception : «Je reçois le livre de chevet de Masson. Il n?est pas? découpé».
Masson et son épouse se disent les amis et intimes du Père Henriquet qu?il qualifie de Frère Simplet du Diocèse mais d?une sainteté incontestable (en ne préjugeant en rien, bien sûr, aux prérogatives «canonisantes» de l?Eglise, s?empresse-t-il de préciser). Henriquet devient leur confesseur. Comme pénitence, il leur prie de chanter avec lui le Gloria. Il tient le capitalisme pour une maladie du c?ur et le communisme pour une de l?esprit. Un jour où il n?a rien à manger, il invite pourtant Yves Ravat à? déjeuner. «Dieu y pourvoira !» lui lance-t-il. Effectivement, peu après, une paroissienne leur apporte un copieux repas. Une fois n?est pas coutume, la Médaille miraculeuse n?y est pour rien, apparemment. La Nef construite par Emile Labat pour son frère, Robert Edward Hart, n?est plus. Elle redevient un vulgaire tas de coraux. Le ministère des Arts se vante depuis de l?avoir rebâtie flambant neuve. On dit même qu?elle sent la? nephtaline. Savoir si la Médaille miraculeuse y est toujours sur la table de chevet du poète?Cela serait authentiquement miraculeux. Que l?Eglise le veuille ou pas.
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