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Sunday Star publie une lettre ouverte à Bérenger

1 septembre 2008, 00:00

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On ne peut mieux fermer le chapitre de notre histoire politique, faisant la part belle au scrutin législatif du 21 août 1983, ou plus exactement à la victoire bleu-blanc-rouge et conséquemment à l?éclipse mauve, autrement qu?en se référant à une lettre ouverte mais anonyme (simplement initialée G.H.M.) adressée à Paul Bérenger. L?auteur de cette missive s?y veut à la fois son accusateur et son défenseur. L?intérêt de cette lettre tient au fait qu?elle exprime tout haut ce que toute l?île Maurice pense tout bas, y compris l?île Maurice qui ne le porte pas forcément dans son c?ur, pour cette fois, pas mauve.

Elle commence par «mon brave Paul». Nous n?avons aucune peine à souscrire à cette salutation qui nous envoie dare-dare aux années de braise 1969-72. Nombreux, majoritaires mêmes, sont les Mauriciens à avoir reçu comme un coup de fouet l?annonce de sa défaite, pourtant des plus honorables, car il lui manque une cinquantaine de voix pour être, il est vrai, non plus le 1er élu, mais le 3e député de Belle-Rose-Quatre-Bornes. G.H.M. se permet d?être le porte-parole des militants au c?ur blessé, pour l?accuser «d?être le seul responsable de la cuisante défaite du MMM, lors de ces élections».

G.H.M. demande brutalement à Bérenger : Qu?as-tu fais de neuf mois au gouvernement ? Pourquoi cette démission collective du 22 mars, alors que les ministres pro-Bérenger étaient majoritaires au Conseil des ministres ? Il l?accuse d?avoir incité les autres à cette démission collective. Pourquoi ce coup de tête ? interroge-t-il. Un chef d?Etat ne peut réagir comme un enfant gâté. Quatorze ans de lutte militante, ainsi anéantie en seulement 24 heures. Qui l?eut cru : le MMM marginalisé comme l?ex-PSM d?Harish Boodhoo.

Il suffisait seulement d?un peu de patience. Anerood Jugnauth tombe malade, lors de chaque crise politique. Mais ce sont les nerfs de Bérenger qui craquent les premiers. Le pouvoir, véritable papaye mûre politique, ne pouvait manquer de tomber tôt ou tard dans ses bras (N.B. : C?est confondre, pour le coup, Popol et Charlot de Windsor, prince de Galles déjà à la retraite (record anglais) et se morfondant toujours, non pas au pied d?un podium, mais au pied d?un trône toujours maternellement occupé). Les autres aussi éprouvent des envies, ressentent des besoins. Où trouver une explication plausible ailleurs que dans une incapacité chronique d?assumer des mesures impopulaires d?un nouveau budget d?austérité à présenter ?

G.H.M. pousse plus loin son interrogation : qui dicte la politique d?austérité ? Le FMI (celui de Bretton Woods et non pas celui de Gaëtan Duval et de Marc Hein) ou la Banque mondiale ? (N.B. : Et pourquoi pas la simple nécessité d?équilibrer les recettes et les dépenses gouvernementales ou encore, notre balance commerciale). Défend-on forcément les capitalistes, en pratiquant une rigueur financière et en privilégiant la production et les sources de revenus, aux dépens de la consommation et des frénésies de gaspillage ?

G.H.M. insiste sur l?absence de dialogue avec le peuple, pourtant promis par le MMM, avant les législatives du 11 juin 1982. Il accuse Bérenger d?être devenu plus arrogant que les arrogants du pouvoir travailliste, qu?il pourfendait avant cette date inoubliable. Il l?accuse d?avoir provoqué des élections anticipées, rien que dans le vain espoir de pouvoir devenir «le Premier ministre du vrai changement». Ce faisant il n?a fait que ressusciter les cadavres de la droite politique.

G.H.M. se penche sur le signe zodiacal de Bérenger. Il insinue qu?il serait né sous celui du Bélier. D?où sa propension à foncer tête baissée, sans plus réfléchir qu?une mule. Il allègue qu?il a l?habitude de sappe lors cale brite brite. Il ne peut pas, seul, avoir tout le temps raison et les autres, tout le temps tort. Il connaît certes ses dossiers et les maîtrise totalement. Sa force de persuasion cloue le bec à ceux qui osent le contester. Il a tout simplement les défauts de ses nombreuses qualités. Il frôle la quarantaine en 1983. On attend de lui une certaine maturité politique et non pas des nerfs à fleur de peau. Il est peut-être diplômé en philosophie mais n?a rien d?un philosophe.

Pourquoi vouloir cumuler autant de portefeuilles ministériels : Premier ministre, Finances, Information, Sécurité intérieure. La communauté musulmane est la seule, en 1983, à être restée fidèle au MMM. Mais jusqu?à quand ? Ayant été rejeté par l?électorat, pourquoi Bérenger ne nomme-t-il pas un élu comme chef de l?opposition ? Pourquoi ne pas confier ce poste à un Cassam Uteem ? L?électorat musulman lui en saura gré de récompenser ainsi la méritocratie. Ce serait d?ailleurs la réponse militante au camouflet d?Anerood Jugnauth à la communauté musulmane, en refusant à Kader Bhayat le poste de vice-Premier ministre, pour l?offrir sur un plateau, à un Gaëtan Duval, leur principal adversaire de 1970 à 1983. G.H.M. promet toutefois de rester fidèle au MMM tant que Bérenger restera l?âme de ce parti. Il le supplie seulement de corriger son baizère caractère. Pourquoi demander l?impossible à un ami ?

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