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?Stealing a nation?, citoyens escroqués par l?Histoire
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?Stealing a nation?, citoyens escroqués par l?Histoire
Démasquer le cynisme humain. L?enquête journalistique de John Pilger a frappé les esprits mardi soir, au centre communautaire de Pointe-aux-Sables. Une première diffusion choc sur le territoire mauricien d?un documentaire généreusement orienté vers la dénonciation de la politique coloniale de la Grande-Bretagne.
Stealing a nation, documentaire de 55 minutes, a le mérite de s?attacher au vécu des déracinés avant de décortiquer les rouages du raisonnement stratégique du Foreign Office. L?impact de l?enquête est nourri par la chronologie à rebours.
Dès les premières minutes du documentaire, le journaliste britannique force le spectateur a affronté le regard des Chagossiens lésés par l?Histoire. Les figures emblématiques défilent : la détermination de Charlesia Alexis, l?accent morne et désespéré de Lisette Talatte, les lunettes défiantes de Rita Bancoult ; toutes avec leur passeport britannique à la main.
Passeport pour l?enfer. Il débouche sur l?extrême dénuement de ces citoyens débarqués, sans ménagements, par bateaux entiers. Mais le pire est à venir. Juxtaposant images d?archives et visages ravagés par le présent, John Pilger distille savamment les horreurs qui ont émergé à la fois des témoignages recueillis et de ses recherches du côté de l?administration.
Soulignons le choix judicieux du journaliste de conserver la voix d?origine des intervenants, sous-titrés en anglais. C?est ainsi qu?il a fixé pour la postérité le créole chantant et infiniment triste de Lisette, Charlesia, Rita et les autres. Comme pour mieux couvrir d?opprobre les accents british et policés de Marcel Moulinie, Chagos Islands Plantation Manager, James Schlessinger, ancien secrétaire américain à la défense ou Bill Rammel du Foreign Office.
<B>Une souffrance inscrite dans la chair</B>
Le petit vent frisquet qui souffle sur la petite foule rassemblée en plein air au centre communautaire de Pointe-aux-Sables, n?est rien comparé à l?effroi qui nous glace quand nous apprenons le sort réservé aux chiens des Chagossiens. Arrachés à leurs maîtres, ils seront gazés à l?aide des pots d?échappement des camions militaires de l?armée américaine.
Les soldats bourreaux poussent le cynisme jusqu?à menacer les Chagossiens en passe d?être exilés du même sort s?ils opposent une quelconque résistance. Les photos en noir et blanc brouillent les larmes que notre compassion voit rouler sur les joues des enfants. Un peu d?eau salée, noyé dans l?océan de tristesse que bon nombre de Chagossiens traversent à bord du SS Nordvaer.
Le récit de l?inhumanité continue. Entre autres détails sordides, nous apprenons que les infortunés ont effectué la traversée assis sur du fumier. ?Nou mem ti zanimo lor Nordvaer?, lâche Lisette Talatte laconiquement. Elle en a vu d?autres. Mais elle n?en est jamais revenue. Guérit-on jamais de la perte de deux enfants, l?un mort de chagrin, l?autre décédé d?avoir bu le ?dile lasagrin? de sa mère ?
Les statistiques sur les cas de suicides par désespoir affolent le spectateur. Pour mieux l?épouvanter, le journaliste se met en scène dans un cimetière aux côtés du leader charismatique : Olivier Bancoult du Groupe Olivier Chagos. C?est comme si nous comprenions tout à coup d?où émane l?intensité de ses convictions.
À coup de phrases sobres, Olivier Bancoult range sa casquette de chef de troupe pour assumer sa douleur de frère éploré. N?a-t-il pas perdu en très peu de temps quatre frères et une s?ur. Alcool, drogue, immolation par le feu, sont là les moyens qu?ils ont choisi pour rejoindre le paradis des ancêtres. Celui dérobé à coups de documents gênants où l?identité chagosienne est rabaissée au rang de non-existence.
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