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Souvenirs de 40 ans de télé

6 février 2005, 00:00

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A soixante-treize ans, Yacoob Bahemia est un homme à part, élégant et très épris de la vie. A Port-Louis, son magasin de robinetterie dans lequel règne un ordre quasi impeccable, ressemble à son gérant. Chaque chose à sa place, une place pour chaque chose.

Avec une gaieté légère et une contenance de gentleman, il effeuille ses souvenirs, cherchant, sans difficulté, à réveiller ceux qui sont enfouis. « C?est nous autres qui avons commencé la télévision locale. C?était à l?époque de la colonisation anglaise. Nous travaillions donc avec une équipe anglaise. C?était la belle époque. L?époque de la télévision en noir et blanc, à l?époque nous travaillions dans le direct, dans les studios, avec des équipements destinés uniquement à l?usage interne. Il fallait alors beaucoup de créativité pour illustrer un bulletin d?informations en ayant recours à des diapositifs, du carton ou des illustrations. »

Ces équipements rudimentaires faisait pourtant la fierté de ceux et celles qui y étaient employés. «Tout le monde était enthousiaste, personne ne rechignait, on ne manquait jamais d?initiative ou de ressources. Nous avions pour mission d?apporter l?image dans la vie des rares Mauriciens qui avaient à l?époque un poste de télévision. »

Yacoob Bahemia raconte alors comment pour ses premières émissions, diffusées quotidiennement, entre 18 heures et 21 heures 30, sa mission de producteur tenait d?abord aux visites guidées, caméras au poing, de la maison de la rue Pasteur. « Les gens voulaient savoir comment cela se passait. Ils pensaient à l?époque que la télévision allait leur apporter des images comme ils pouvaient voir au cinéma. » Mais en l?absence de moyens pour créer des décors ou encore partir en reportages, l?espace télévisuel n?était pas très grand. « On fonctionnait à l?époque avec une présentatrice, au début c?était Monique Ohsan, c?était bien avant que n?arrivent Manda Boolell ou Marie-Josée Baudot. On alimentait la grille en proposant des pièces de théâtre qui étaient jouées en studio, ou encore en invitant des artistes. » L?attachant septuagénaire raconte ainsi comment ses meubles se retrouvaient en studio à faire office de décor ou d?accessoires. « C?était absolument normal, nous le faisions tous. La MBC n?avait pas de moyens. Et pendant la pause déjeuner, on se retrouvait chez l?un ou l?autre pour manger ensemble. Nous étions soudés comme une famille. »

Avec franchise il avoue ne pas beaucoup regarder aujourd?hui la télévision, faute de temps. Ce qui ne l?empêche pas de penser que la créativité et l?inventivité, ne semblent pas être l?atout majeur des porte-drapeaux actuels de la rue Pasteur. « Que serait la télévision sans l?imagination ? C?est pour moi le B A Ba du métier. Comment fournir de l?inspiration et du divertissement aux téléspectateurs si l?on manque d?imagination ? » s?interroge-t-il. « Il faut toujours chercher à faire mieux, savoir se remettre en question, est primordial pour avancer dans la vie. »

<B>Cameraman pour la BBC à Londres </B>

L?histoire véritable de Yacoob Bahemia commence alors qu?il a dix-sept ans. Il quitte Maurice pour rejoindre Londres et l?Electric & Musical Industries, pour devenir ingénieur en électronique. Institution qui fournissait à l?époque, les équipements de la BBC (British Broadcasting Corporation). C?est ainsi qu?en 1952, il se retrouve caméraman pour la BBC, lors du couronnement d?Elizabeth II. De retour au pays, il met ses compétences au service de la télévision nationale.

Aujourd?hui, la MBC le sollicite quand il y a un anniversaire à célébrer. « Je fais figure de dinosaure de la MBC télé ! C?est un honneur, je me sens flatté. Qui ne le serait pas à ma place ? » Pour lui, le secret de sa sérénité, c?est incontestablement le travail et une foi inébranlable dans la vie et dans ce qu?elle a de meilleur à offrir.

Ses petits pêchés mignons s?articulent autour de sa famille, le football, avec une passion pour la petite équipe de Southampton, dont il détient quelques actions. « Ce n?est pas grand chose, mais j?y suis attaché. J?étais trainee à l?époque à West Wood Télévision, dont le propriétaire, un certain Peter Cadbury, était un des initiateurs de l?équipe. Il nous avait alors offert la chance d?être nous aussi des actionnaires de l?équipe. » Entre deux matchs de football, même tard dans la nuit, Yacoob Bahemia s?accorde le temps de regarder l?émission Thalassa. « Comme disait mon grand-père, la télévision doit permettre aux gens de voyager. Thalassa complète mes voyages. » A cette station de télévision qui a tant apporté à sa vie, il lui souhaite encore «de belles années au c?ur de la vie des Mauriciens. »

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