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Six ans après sa mort, Mère Teresa a été béatifiée
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Six ans après sa mort, Mère Teresa a été béatifiée
Le pape Jean Paul II a béatifié, hier, Mère Teresa lors d?une messe en prononçant la formule consacrée faisant d?elle une bienheureuse. Pèlerins, touristes, catholiques, hindous, fidèles d?autres religions avaient envahi la place Saint-Pierre au Vatican pour la cérémonie.
Les fidèles, arrivés en bus ou à pied, portant des banderoles et des drapeaux et venus d?un peu partout dans le monde, se pressaient aux points de contrôle pour essayer d?obtenir un emplacement de choix sur la place Saint-Pierre. ?Nous avons voulu arriver tôt pour être sûrs d?obtenir une place le plus près possible?, a déclaré Marcello, un jeune Italien attendant avec ses amis.
Quatre cents mille personnes étaient ainsi présentes au Vatican pour cet événement retransmis grâce à six écrans géants dans les rues avoisinant la place Saint-Pierre, qui ne peut accueillir qu?environ 50 000 personnes, point d?orgue des cérémonies du 25e anniversaire du pape Jean Paul II. Beaucoup de gens parmi la foule, dont des résidents romains d?origine indienne, ont confié qu?ils n?étaient pas catholiques mais souhaitaient participer à un événement historique et qu?ils admiraient grandement la religieuse.
Jean Paul II vouait lui-même une telle admiration à la lauréate du prix Nobel de la Paix 1979 qu?il a contourné les usages établis pour accélérer le processus de son accession à la sainteté. La messe de béatification est l?ultime étape avant la canonisation. Le pape avait même envisagé de la canoniser en brûlant cette étape intermédiaire. C?était aller trop loin pour les traditionalistes de l?Eglise, celle-ci exigeant le témoignage d?un miracle accompli par le ou la candidat(e) pour la béatification, et d?un deuxième pour la canonisation.
Respectée dans le monde
Mais la fondatrice de l?ordre des Missionnaires de la charité, frêle silhouette vêtue d?un sari blanc bordé de bleu, inspirait un tel respect dans le monde, catholique ou non, que le pape n?a eu aucun mal à faire avancer sa béatification. Le souverain pontife a octroyé une dispense en vertu de laquelle la procédure d?examen du ?dossier? de Mère Teresa dans la perspective de sa canonisation pouvait débuter deux ans après sa mort, au lieu des cinq années requises en principe. Mère Teresa est morte le 5 septembre 1997 à Calcutta, à l?âge de 87 ans.
Cette Albanaise, née le 27 août 1910 à Skopje, capitale de l?actuelle République de Macédoine qui faisait partie de l?Empire ottoman à l?époque, avait acquis notoriété et prestige à l?échelle mondiale en se consacrant pendant des décennies aux malades et aux mourants, aux sans-abri ou aux lépreux dans l?une des villes les plus déshéritées du monde.
Elle crée les Missionnaires de la charité en 1950 avec douze religieuses. L?ordre en compte aujourd?hui 4 500, qui administrent des foyers, des écoles et des hospices disséminés dans 133 pays.
Mère Teresa ? de son vrai nom Agnes Gonxha Bojaxhiu ? est envoyée en Inde à 18 ans par les Soeurs de Lorette, communauté irlandaise dont une mission se trouve à Calcutta. Elle enseigne dans les écoles de l?ordre une vingtaine d?années avant de se consacrer aux bidonvilles de Calcutta. En 1971, son action tenace est reconnue au point que le Vatican lui décerne le prix de la Paix Jean XXIII. L?année suivante, l?Inde lui remet le prix Nehru et, en 1979, elle reçoit le prix Balzan pour son rôle en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples.
?Symbole d?harmonie communautaire?
Outre son oeuvre pour les pauvres, qui touchait à l?une des grandes préoccupations de Jean Paul II, Mère Teresa s?opposait comme ce dernier à l?avortement et au contrôle des naissances.
Bien que la religieuse n?ait jamais dissimulé le caractère chrétien de sa vocation, son action auprès des laissés-pour-compte de Calcutta lui valut l?admiration des hindous et des musulmans de la ville, et même des communistes qui administrent l?Etat du Bengale Oriental depuis 26 ans.
Des milliers d?Indiens de confession catholique ont participé, hier, à des messes spéciales, notamment à Calcutta, dans l?est du pays, quelques heures avant la cérémonie de béatification de mère Teresa au Vatican. ?Elle nous demande de poursuivre sa mission? de ?paix et de service en faveur de l?humanité?, a ajouté le père Maliyackal lors d?une messe à Calcutta dans une simple chapelle de l?ordre des Missionnaires de la charité. ?Mère Teresa m?a inspiré pour servir les autres?, a expliqué Debashis Das, un hindou. Elle est ?un symbole d?harmonie communautaire?, a renchéri Mohammad Ismail, un musulman.
© Le monde distribué par The N. Y. Times Syndicate
Calcutta
Des lépreux dansent pour leur ?sainte?
A des milliers de kilomètres des fastes du Vatican pour la cérémonie de béatification de Mère Teresa, des lépreux, à Calcutta, chantent et dansent à la mémoire de la célèbre soeur d?origine albanaise. Parmi eux, John Dumale, un ancien lépreux, est convaincu que Mère Teresa est une sainte. ?Je l?ai rencontrée il y a plusieurs années, et j?ai tout de suite ressenti sa bonté. C?était une incarnation divine. Je suis sûr qu?elle va devenir une sainte?, affirme Dumale qui se trouve dans la léproserie mise en place par Mère Teresa à Titagarh en 1958. Dumale, 70 ans, et dont les mains et le nez sont rongés par la lèpre, fait partie de ces gens qui, avant de connaître la religieuse, étaient exclus de la société.
Parmi les 400 anciens lépreux du centre de Titigarh, la sainteté de la religieuse ne fait pas de doute. Elle a passé plus de 50 ans à Calcutta, se consacrant aux lépreux, aux sans-abri, aux mourants et aux orphelins. ?Quand elle est venue ici, j?ai touché ses pieds en signe de respect. Elle doit être canonisée, et elle le sera. Elle s?est toujours occupée de nous quand tout le monde nous repoussait?, se souvient Madhusudhan Nandi, 60 ans, dont les doigts lépreux sont recroquevillés.
Les pensionnaires du centre Titigarh, qui gagnent leur vie en fabriquant des saris pour le compte de l?ordre religieux fondé par Mère Teresa en 1950, considéraient la nonne comme une véritable déesse vivante. Elle a été l?une des rares personnes à tendre la main aux lépreux. Six ans après sa disparition, l?héritage de la nonne est toujours présent dans les coeurs de ceux qu?elle a croisés à Nirmal Hriday (Coeur tendre), un foyer pour les mourants qu?elle a créé en 1952. Là, plusieurs dizaines de personnes ? dont beaucoup ont été sauvées de la rue ?- sont allongées sur des matelas, une photographie de Mère Teresa accrochée au-dessus d?eux.
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