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Sida 25 années de lutte, 25 millions de morts

2 juin 2006, 00:00

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Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a tancé les États membres pour leurs manquements dans la prévention du sida, notamment à l’égard des femmes, à l’ouverture d’une conférence internationale visant à galvaniser la lutte contre la pandémie.

Après avoir atteint un pic à la fin des années 1990, l’épidémie s’est stabilisée dans le monde selon le rapport publié par l’Onusida, l’agence de l’Onu chargée de la lutte contre ce fléau.

M. Annan s’est d’ailleurs félicité des avancées constatées dans certains pays depuis l’adoption en 2001 d’objectifs ciblés pour stopper la propagation de la maladie, notant que 70 États membres avaient “quadruplé le nombre de personnes ayant accès aux méthodes de détection et aux services sociaux”.

Mais, a-t-il ajouté, “la grande majorité des pays sont dramatiquement loin” de ces objectifs et “le monde a été d’une incroyable lenteur dans un des aspects les plus vitaux de cette lutte: les mesures à prendre pour enrayer la propagation du virus chez les femmes et les filles”.

“Nous ne pourrons vaincre cette maladie qu’en travaillant ensemble avec détermination et en ayant les mêmes objectifs”, a-t-il lancé aux délégués des 191 États membres, parmi lesquels 10 chefs d’État ou de gouvernement et près de 80 ministres. “Ces insuffisances sont mortelles”, a-t-il déploré.

<B>Promesses creuses</B>

Le sida a fait plus de 25 millions de morts dans le monde depuis sa première détection en 1981 et 40 millions de personnes vivent aujourd’hui avec le virus HIV à l’origine de la maladie, selon l’Onusida.

Tout en appelant à redoubler de moyens pour enrayer la maladie dans les pays pauvres, le rapport indique que le monde marque des points dans la lutte contre le VIH, grâce aux efforts de financement et d’accès au traitement, mais la prévention reste insuffisante dans de nombreux pays.

Une personne séropositive a fait, pour la première fois dans l’histoire de l’Onu, une déclaration de la tribune de l’Assemblée générale. Khensani Mavasa, Sud-africaine de 27 ans victime de viols, a lancé un vibrant appel à une meilleure protection des femmes, qui représentent 77% des nouvelles infections par le sida en Afrique.

“J’appelle les dirigeants africains assis ici à protéger et promouvoir les droits de tous ceux qui appartiennent à des groupes vulnérables, en particulier les femmes et les filles”, a-t-elle dit.

Elle les a mis en demeure d’adopter en fin de conférence une déclaration qui ne soit pas une liste de “promesses creuses”, mais “une plateforme pour des actions ciblées”.

Elle faisait écho aux préoccupations de nombreuses ONG qui craignent que certains gouvernements conservateurs ne s’efforcent d’édulcorer le texte.

Le directeur de l’Onusida, Peter Piot, a souligné l’importance d’un financement adéquat de la lutte anti-sida. Ce financement a atteint l’an dernier 8,3 milliards de dollars, mais selon M. Piot il devra grimper à 20 milliards de dollars par an d’ici à 2008 si l’on veut atteindre l’objectif d’un accès pour tous aux techniques de prévention et aux soins.

Devant le siège de l’Onu, un millier de manifestants, dont de nombreux séropositifs, ont appelé les gouvernants à engager leurs pays dans des politiques de prévention audacieuses et basées sur les données scientifiques.

“Nous demandons à l’Assemblée générale de déclarer la guerre au déni (de l’existence) du sida et aux politiques d’échec”, a crié Sipho Mthathi, secrétaire général de la Campagne pour un accès aux traitements, une ONG d’Afrique du sud.

Vingt et un manifestants ont été arrêtés dans le hall de l’immeuble abritant la mission américaine à l’Onu, après avoir tenté de remettre à l’ambassadeur, John Bolton, une lettre critique de la politique de Washington en matière de prévention du sida. Selon la police, ils ont été accusés d’avoir résisté à leur arrestation.

ÉTUDE

<B>Le “réservoir naturel” du virus identifié chez des chimpanzés du Cameroun</B>

Vingt-cinq ans après la découverte du virus du sida, une équipe internationale de chercheurs a identifié le chimpanzé Pan troglodytes troglodytes comme le “réservoir naturel” du VIH, selon une étude publiée par le magazine scientifique Science.

Partie prenante à ces travaux, l’Institut français de recherche pour le développement (IRD) précise dans un communiqué que plusieurs de ses chercheurs, associés à des confrères des universités Montpellier-I (France), d’Alabama (États-Unis) et de Nottingham (Grande-Bretagne), et du projet Presica (Prévention du sida au Cameroun) sont parvenus à lever le voile sur l’origine du VIH-1, responsable de la pandémie.

L’IRD rappelle que, dès 1989, la mise en évidence par deux de ses chercheurs de l’infection au Gabon d’un chimpanzé captif par un virus proche du VIH-1, le SIVcpz, avait suggéré que “la présence du VIH-1 dans la population humaine résultait d’une transmission inter-espèces”.

Ces singes sont en effet des porteurs sains du SIVcpz, qui se transmet à l’homme vraisemblablement par la chasse et la consommation de viande de brousse infectée.

Les équipes qui publient leur étude dans Science n’ont par la suite retrouvé que de rares chimpanzés captifs porteurs du SIVcpz, tous originaires du bassin du Congo, ce qui renforçait les incertitudes sur un “réservoir naturel” du virus.

Les scientifiques ont alors voulu étudier la prévalence de ce virus chez les chimpanzés sauvages. Afin de ne pas perturber cette espèce menacée, ils ont mis au point une méthode originale, non invasive, basée sur l’analyse des excréments.

L’équipe a ainsi examiné 599 échantillons de fèces de différentes communautés de chimpanzés, collectés dans les régions les plus reculées de la forêt tropicale camerounaise. De là, les chercheurs ont isolé en laboratoire les anticorps anti-SIVcpz et séquencé l’ARN viral présent dans ces fèces. C’est ainsi que, pour la première fois, ils ont observé des communautés de chimpanzés chez lesquelles le SIVcpz est très répandu.

Chez certaines, note l’IRD, “près de 35 % des individus sont porteurs du virus”. Ces travaux ont permis de mettre en évidence au moins 16 souches différentes du SICcpz, “dont certaines très proches du VIH-1 groupe M, le virus responsable de la pandémie, et d’autres proches du VIH-1 groupe N, une souche non pandémique”.

Fruit de plus de quatre années de recherches sur les singes sauvages, cette étude identifie donc la sous-espèce de chimpanzés Pan troglodytes troglodytes comme le réservoir naturel du VIH-1. “Le réservoir naturel du VIH est établi, mais il ne faut pas le confondre avec l’origine de la pandémie”, met toutefois en garde Martine Peeters, de l’IRD.

En effet, il reste à déterminer pourquoi la localisation de ce réservoir naturel est différente des zones géographiques où les premiers cas de la maladie sont apparus, mais aussi pourquoi seul le VIH-1 du groupe M s’est diffusé, provoquant une pandémie mondiale.

Le premier cas humain d’infection par le VIH est celui d’un homme de Kinshasa, capitale de l’actuelle République démocratique du Congo (RDC), dont un échantillon de sang avait été prélevé en 1959 dans le cadre d’une étude médicale, des dizaines d’années avant que les scientifiques ne connaissent même l’existence du virus du sida.

Ce virus a déjà fait 26 millions de morts et infecte aujourd’hui plus de 40 millions de personnes dans le monde, surtout en Afrique subsaharienne. Malgré l’apparition des tri thérapies, qui retardent, voire dans certains cas bloquent l’évolution du VIH dans le corps de l’homme, il n’existe à ce jour ni remède ni vaccin contre cette maladie.

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