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Shanghai s?expose à la « galerie IBL »
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Shanghai s?expose à la « galerie IBL »
À l?occasion de la fête du Printemps 2007, les services culturels de l?ambassade de Chine nous ont offert une intéressante exposition de photographies. Celle-ci a eu lieu à la galerie d?Ireland-Blyth Limited (IBL), rue Dr-Ferrière, Port-Louis. Elle regroupait une soixantaine de photographies, ?uvres d?artistes de Shanghai.
Ils sont des professionnels, membres de plusieurs associations renommées ou encore des professeurs de photographie.
Il suffit d?ailleurs de contempler leurs ?uvres pour se convaincre de leur incontestable talent. Ils sont Mlle Chen Shu Min et MM. Pan Feng, Zhang Jun Hao, Huang Wen Long, Shi Jian Min et Xu Zhi. Ils exposent leurs ?uvres, tant en Chine que dans les plus grands centres culturels mondiaux et collectionnent les trophées tant chinois que mondiaux. Pour nous valoir cette belle exposition photographique, la ville de Shanghai se fait exagérément discrète, bien qu?une partie des ?uvres exposées chante le resplendissement de cette métropole.
Renaissance et prospérité
Shi Jian Min nous montre bien, mais en passant, quelques panoramas urbains de celle-ci, nous permettant d?admirer des tours démentielles et autres gratte-ciel, auprès desquels nos immeubles les plus élevés font figure de petite tabagie. Mais même chez ce talentueux photographe, ses vues de Shanghai, avec ses canaux, ses ponts à arche, ses bâtisses aux murs patinés d?histoire et de souvenirs, l?emportent sur l?effet Disneyland de toute ville contemporaine, sinon futuriste, et que des éclairages laser accentuent encore.
Pour belles qu?elles soient, les photographies de Shi Jian Min ne nous disent pas que Shanghai, simple bourgade fortifiée pour se protéger contre les pirates japonais, jusqu?en 1842, est aujourd?hui une métropole de plus de 12 millions d?habitants (dix fois notre population). Elle bénéficie d?une situation exceptionnelle, étant le principal débouché portuaire d?un territoire de 2 millions de km2 (mille fois Maurice et ses îles lointaines, Chagos et Agaléga compris) et de plus de 250 millions d?habitants. Il s?agit du bassin du Yangzi Jian, fleuve navigable sur 2 850 km, pour les navires de 5 000 tonnes.
Le Japon (Nagasaki) est à seulement 800 km. Shanghai est encore reliée par voie ferrée à Beijing, à Nankin et à Wuhan. L?ouverture de la Chine au reste du monde fait que cette métropole est à l?aube d?une renaissance et d?une prospérité économiques quasiment inimaginables. Il faut parler ici, bien sûr, de progression géométrique, pour ne pas dire vertigineuse.
Cette exposition de photographes de Shanghai est instructive à plusieurs titres. Tout d?abord, elle nous permet de tester notre curiosité sur ce qui progresse le plus intensément et le plus vite dans le monde d?aujourd?hui. Il nous faut convenir toutefois que nos six photographes ne nous disent pas grand-chose de leur ville natale. Un « pas grand-chose » qui nous est cependant immédiatement accessible pour peu que nous prenions la peine de consulter une source de documentation crédible (encyclopédie, Internet, guides touristiques, Quid, etc.). La connaissance du monde est donc davantage affaire de curiosité intellectuelle que de moyens techniques ou de guides disponibles.
Une exposition mystique et philosophique
L?exposition de Shanghai peut aussi nous offrir de précieuses indications sur la manière de présenter au reste du monde notre île Maurice et sa destination touristique. Il y aura, bien sûr, toujours autant de manières de voir et de montrer Maurice ou tout autre pays donné, qu?il y a de présentateurs et de contemplateurs.
L?exposition des photographes de Shanghai nous dit certes : « Venez admirer nos chefs-d??uvre. » Elle ne nous dit pas : « Venez visiter Shanghai resplendissante pourtant. » Mais Shanghai n?a pas besoin de promotion touristique tandis que nous dépendons étroitement des meilleures croissances touristiques soutenables.
Si elle n?est pas touristique ni encore moins géographique, l?exposition de Shanghai est éminemment photographique et artistique, pour ne pas dire philosophique et mystique.
Prenons, par exemple, Pan Feng qu?obsède la Grande Muraille de Chine. Il pourrait nous dire qu?elle a été construite entre 246 et 210 avant Jésus-Christ, qu?elle mesure, aujourd?hui encore, 3 460 km (Madrid-Moscou à vol d?oiseau) à quoi s?ajoutent 2 860 km de ramifications (37 fois le parcours Cap-Malheureux-Souillac ou 30 heures de voiture non-stop à 90 km/heure), qu?à certaines périodes de l?histoire elle a mesuré jusqu?à 9 980 km (Paris-Tokyo), qu?elle mesure huit à dix mètres de large, 4,50 à 13 mètres de hauteur, 16 m 50 de haut même par endroits, et qu?elle possède une tour de garde tous les 60 mètres.
Ces détails techniques ne semblent guère intéresser Pan Feng aux yeux de qui sa Grande Muraille est parfois frontière entre lumière et ténèbres, accrocheuse de parcelles de Lumière et donc de Vérité, de Rédemption.
Elle est dragon ou serpent dissuasif, à la queue assez longue pour paraître, sinon infinie, du moins interminable. Elle est invitation, non au voyage, mais à l?ascension des crêtes et des cimes, invitation au renouvellement, au dépassement, à la répétition des faits et gestes les plus humbles mais conduisant à l?Infini et à la Perfection.
On la pense escalier menant au ciel, elle est tout aussi bien voie olympienne permettant aux dieux de visiter la Terre des Hommes. Illuminée la nuit, la Grande Muraille permet aux nuages, reflétant ses couleurs rougeâtres, de compléter ce qui peut manquer à son ascension aux cieux. En Chine, le Ciel se confond volontiers à la Terre des Hommes. Le brouillard aidant, la Grande Muraille devient alors cette passerelle rejoignant deux mondes, l?un plus exaltant que l?autre.
Invitations à méditations
Les arbres-coraux et les arbres-fantômes de Huang Wen Long, accrochant ce qu?ils peuvent de l?abondante neige que nous offrent les cieux, sinon les dieux, sont également invitations à méditation encore plus fructueuses et à de révélatrices remises en question. On peut dire autant des paysages montagneux et baignés de brouillard et de lumière de Xu Shi.
Tout cela conduit à une inévitable conclusion : bénis soient les pays où il est difficile de déterminer avec précision où commence la Terre des Hommes et où s?achèvent les cieux de tous les dieux que nous révérons personnellement.
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