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Se former à la réforme
On est en début d?année et déjà le pays est exposé aux remugles d?une marmite politique singulièrement bouillonnante. Une telle agitation du Landerneau signale en fait la vulnérabilité des principaux acteurs. De Navin Ramgoolam à Paul Bérenger en passant par Pravind Jugnauth sans oublier les leaders des partis satellites, tout le monde a les yeux rivés sur l?échéance 2010. C?est bien prématuré, on peut en convenir. Pourtant nos dirigeants politiques s?investissent beaucoup dans cette dramaturgie. Pour eux, la course est lancée.
Tout cela est bien lorsqu?on sait que Maurice est une île qui souffre atrocement d?un déficit de loisirs. Mais fondamentalement, nous ne pouvons plus nous permettre ces jeux icariens. Il y a d?autres exigences. D?autres exercices de hautes voltiges à réaliser. Le premier est évidemment économique. L?inexorable dépréciation de la roupie et la graduelle paupérisation de larges franges de la population commandent un didactisme prévoyant. Car le plus important est de protéger la machinerie de ces grains de sable qui risquent d?enrayer la dynamique réformiste. C?est une priorité.
L?enjeu est grand. Il est de loin plus important que de savoir si l?OPR va rejoindre les travées de l?opposition ou si Anil Bachoo attendra une nouvelle fois la veille des prochaines législatives pour abandonner le train gouvernemental. Les Mauriciens sont certes un peuple aguerri à la rigueur mais ils se demandent de plus en plus ce que la réforme leur rapportera. Depuis qu?ils subissent des pouvoirs qui se disent réformistes, ils ont eu le loisir de se construire une représentation bien péjorative du concept de la réforme. Celle-ci a fini par être assimilée à un régime coercitif qui handicape surtout les classes moyennes et ouvrières. Il est un fait aujourd?hui que la révolution économique rime directement avec le réformisme. A travers le monde, c?est le même leitmotiv. Exception faite, dans une certaine mesure de la Chine, tous les pays se sont engagés dans la voie de l?économie de marché. A Maurice, entre 2000 et 2005, Paul Bérenger et Pravind Jugnauth ont proposé leur version de la réforme, basée essentiellement sur le développement foncier et infrastructurel.
Depuis 2005, Navin Ramgoolam et Rama Sithanen esquissent une vision plus libérale de la gestion économique. L?accent est mis sur une modernisation de l?Etat avec ce que cela entraîne en termes de remise en question de pratiques et de mentalités. D?où une certaine résistance de la ?rue? face à certaines décisions gouvernementales. Mais le pouvoir a encore du temps. Cette opposition de l?opinion ne dérive pas dans l?immédiat vers des situations de contestation radicale.
Les Mauriciens attendent de récolter les fruits de leur sacrifice. Rien que pour cela, il faudrait tout entreprendre pour qu?ils ne perdent pas foi dans la réforme. La réforme non en tant que préceptes et commandements venant des pays riches qu?il faut adopter. Mais réforme comme rejet du statu quo et de l?immobilisme. A Maurice, le défi est double. Car il ne s?agit pas que de réformer l?économie mais aussi de susciter une révolution culturelle. Les deux sont inextricablement liés. Cependant le bestiaire politique fait abstraction de cette réalité, prétendant que, même sans changement des mentalités et de manière de penser, on peut faire progresser le pays.
Entreprendre une pédagogie de la réforme ne s?articule donc pas uniquement autour de la population mais aussi autour de la classe politique. Il importe de ne plus prendre dix ans pour réaliser ce qu?on peut faire en une année si on ne veut pas être condamnés à courir après le temps.
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