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Sans-papiers à Paris
Manoj, Bunty, Kevin, Menon et Dada : à les voir, ils n?ont rien en commun. Et pourtant, ils partagent le même sort, celui des sans-papiers. Obligés de vivre dans l?ombre, ils nagent entre le désespoir et la peur. Impossible de connaître leur nombre exact. Selon plusieurs sources, ils ne sont pas plus de 1 500 à poursuivre leur aventure en terre française.
Les Mauriciens en situation irrégulière à Paris gagnent leur vie en travaillant au noir. Ils arrivent tant bien que mal à dénicher un ou même plusieurs boulots, que ce soit dans une usine de confection, une boulangerie, le gardiennage d?immeubles ou une société de distribution de produits animaliers. Mais travailler clandestinement signifie abus. Rémunération en dessous des salaires officiels, heures supplémentaires non payées, pas de retraite et aucune couverture médicale, sont monnaie courante. « Il faut faire attention à ne pas se blesser, parce que rien ne nous est remboursé. En plus, aller à l?hôpital est un gros risque. Heureusement qu?ici la tendance est beaucoup plus, soins d?abord, formalités après », explique Manoj, qui vit à Paris depuis trois ans déjà. Dada, un autre Mauricien sans papiers, parle même de « menaces » de la part de son employeur. « Vivre en situation irrégulière est synonyme d?existence sans identité. Nous n?avons donc aucun pouvoir de faire valoir nos droits. »
Mais travailler au noir ne présente pas que des inconvénients. C?est aussi une win-win situation pour les deux parties. L?employeur est dispensé des charges sociales et l?employé n?a rien à déclarer au fisc. « Franchement, je gagne bien ma vie en travaillant au noir », assure Bunty. « Je suis ici depuis 3 ans, je me suis fixé un objectif précis : travailler 6-7 ans à Paris, économiser le maximum et puis après, je retourne dans mon île. J?ai peur certes, mais régulariser ma situation est le cadet de mes soucis. » Ils sont nombreux à avoir choisi cette méthode. Certains sont même rentrés à Maurice avec une petite fortune ; leurs économies converties en roupies? ça fait pas mal d?argent (1 euro = 34 roupies).
« Mauriciens avant tout »
Leur passe-temps favori : le foot et le cinéma. Ils arrivent à intégrer une équipe de football de quartier et jouent un ou deux matches par mois. En revanche, les sorties, surtout aux heures tardives, sont très rares. Il faut à tout prix éviter les endroits dits « dangereux » et là où les policiers sont nombreux. « Nous nous retrouvons régulièrement entre Mauriciens autour d?une bonne bière et de gajacks, raconte Kevin, 25 ans. « Ce qui est bien, c?est qu?ici nous sommes des Mauriciens avant tout. Il n?y a pas de distinction de communauté. » Kevin était venu étudier, il y a six ans. Il a craqué trois mois après et abandonné ses études. Vivre dans l?illégalité ne lui plaît pas, mais il ne veut pas retourner à Maurice non plus. « Mo pèse néné mo boire di l?huile. » Il faut dire qu?il existe une grande solidarité entre les Mauriciens, clandestins ou pas ; partage d?aliments, aide financière en cas d?extrême nécessité et surtout soutien moral.
Pour les sans-papiers mauriciens, le groupe avec lequel ils partagent le lieu de résidence tient lieu de famille. Dans certains cas, ils sont jusqu?à dix à vivre dans un appartement de 30 à 50 mètres carrés, pour partager les frais. Ils habitent dans les quartiers les plus abordables mais pas nécessairement les plus sécurisés. Pour les repas, c?est pour la plupart du temps des plats tout prêts, les bistrots mauriciens ou les « restos pas chers ». Le dimanche, c?est le jour du « bon menu mauricien » : un briani ou un curry de poulet et des faratas. Le mariage, ils en parlent à peine, mais ils ont pour la plupart une copine (pas forcément mauricienne). Beaucoup d?entre eux ont aussi de la famille installée depuis longtemps à Paris. Mais les rencontres sont assez rares. À Maurice, les proches et amis ne se sont pas au courant de la vérité. « Mo pou perdi face devant mo fami si arrivé banne autorités renvoye moi Maurice », avoue Manoj. Ce qui explique cette peur de se faire prendre et d?être expulsé. Si certains ne soucient pas de régulariser leur situation, d?autres attendent l?ouverture de l?immigration, comme c?était le cas dans les années 80 et il y a six ans. Pour le moment, pas question d?enclencher les démarches, ils se feraient repérer.
Reportage : Bindu Boyjoo et Vikash Bhageerutty.
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