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Saddam Hussein traqué à Takrit

3 août 2003, 20:00

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?Il y avait au moins une douzaine de blindés et une cinquantaine de soldats. Ils m?ont aussitôt plaqué au sol et m?ont lié les mains. Ma femme et mes deux filles ont été enfermées dans une pièce du fond?, raconte Ahmet al-Rifaj. Cet habitant d?un village proche de Takrit, le fief d?origine du dictateur irakien déchu, a été réveillé en sursaut au coeur de la nuit par le fracas des chenilles et des grilles du jardin enfoncées, puis les G.I., l?arme au poing, ont fait irruption de partout. La première question a été directe : ?Quand as-tu vu Saddam la dernière fois ?? Il a répondu que ?c?était à la télévision, quand ils ont passé sa photo en même temps que le message enregistré saluant la mort au combat de ses deux fils?. L?interrogatoire en est resté là, mais la perquisition a duré encore quatre heures. ?Ils ont tout fouillé, examiné tous les papiers, sondé les murs de la cave, creusé au bulldozer dans le jardin?, témoigne sur un ton blasé cet ingénieur en bâtiment. Cette ?descente? était la troisième à son domicile en moins d?un mois.

Politique aggressive

C?est peu ou prou le sort de toutes les maisons du village d?Al-Alam (le Drapeau). La plus imposante, au milieu d?une belle palmeraie, appartient à Radman al-Musluk, un des gardes du corps de l?ex-numéro 1 irakien, qui, comme son patron, a plongé dans la clandestinité depuis le 9 avril. La famille a quitté les lieux il y a quinze jours. ?Ils n?en pouvaient plus des perquisitions répétées?, explique un voisin indigné ?par cette répression inouïe?. Bastion du clan Hussein, la ville et ses alentours ? 250 000 habitants ? avaient été épargnés par la terreur qui régnait sur le pays et l?ancien régime y garde de nombreux partisans. Les Américains pensent que celui qui reste leur objectif numéro 1 pourrait y avoir trouvé refuge, et la traque contre ?Elvis?, comme l?ont surnommé les G.I., se durcit. ?Notre politique, plutôt agressive, commence à donner de bons résultats?, assure le lieutenant-colonel Bill MacDonald, porte-parole de la 4e division, soulignant que, dans la région, les attaques antiaméricaines ont diminué de moitié en un mois. De nombreux dépôts d?armes et d?explosifs ont été saisis. ?Nul ne peut dire avec certitude que Saddam se cache encore ici, mais si c?est le cas, nous le trouverons?, renchérit le colonel Jim Hickey, de la 1er brigade, qui centralise les recherches dans des tentes réfrigérées bourrées d?informatique. Le Pentagone a fourni aux soldats des photos retouchées, montrant les nouveaux aspects que pourrait avoir le dictateur déchu, sans moustache ou avec une longue barbe. Arrêté à la mi-juin, son secrétaire personnel avait affirmé qu?il s?était laissé pousser la barbe.

Isoler la cible

Toutes les ressources technologiques, les films et les photos satellites comme les écoutes de toutes les communications, sont mises à contribution. Et en premier lieu les ?infos? des locaux qui pourraient être tentés par une récompense de 25 millions de dollars. Le colonel Hickey est un fonceur aux principes carrés : ?Attaquer même si tu as des doutes, réagir vite, tenir compte du terrain et surtout écouter les gens sur place.? La grande traque semble obéir à des règles classiques : isoler la cible en faisant un vide systématique autour d?elle. ?Les seuls sur qui il peut vraiment compter sont ses gardes du corps personnels et quelques anciens hauts cadres de l?appareil de répression qu?il paie toujours largement, soit en tout à peine 250 personnes?, assure Hussein al-Juburi, le maire de Takrit désigné par les Américains et qui fut l?un des généraux les plus décorés d?Irak avant de tomber en disgrâce et d?être emprisonné. Bon nombre des nouveaux policiers de la ville sont membres de la puissante tribu Juburi de Takrit et participent désormais à la chasse. Ils connaissent les réseaux de Saddam, ses amis, ses obligés par les liens du sang. Le maire lui-même a toujours son pistolet à barillet à portée de main, même quand il monte dans sa Mercedes entourée de deux 4 x 4 bourrés de gardes du corps surarmés. ?Chaque fois que nous arrêtons un des très proches de Saddam, nous marquons un point car cette personne est susceptible de parler et lui ne peut plus prendre le risque d?utiliser les planques dont elle connaît l?existence?, dit Bill MacDonald.

?Comme un lâche?

?Même pour les vrais patriotes ou les islamistes qui veulent que les Américains quittent l?Irak au plus vite, Saddam est encombrant car, tant qu?il est en liberté, tout acte de résistance s?assimile à un soutien à un régime dont personne ne veut le retour?, explique un ancien militaire, convaincu que la mise hors d?état de nuire de l?ancien dictateur, loin de calmer les attaques antiaméricaines, pourrait au contraire leur donner un nouveau souffle. Nul ne se hasarde à faire des pronostics quant à la fin de la ?cavale? d?Elvis. Le terrain est certes devenu brûlant pour lui à Takrit, mais il y a beaucoup d?autres zones de l?Irak central, en majorité sunnite, où il peut trouver des appuis, sans même parler de la capitale et de ses cinq millions d?habitants. Les rumeurs vont bon train. Mais chacun reste convaincu que dans quelques jours ou dans quelques semaines arrivera le moment de la curée. L?ex-général Hussein al-Juburi a une seule crainte : ?J?espère seulement qu?il ne se laissera pas prendre vivant comme un lâche, car ce serait une honte pour la dignité du pays.?

Marc SEMO

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