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Ségolène Royal, la madone qui dérange?
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Ségolène Royal, la madone qui dérange?
L?opposant viscéral à François Mitterrand se signalait d?emblée par sa manière d?élider le ?e? de son nom : ?Mitt?rand?. Ceux dont la survenue de Ségolène Royal a bousculé les habitudes de penser et les catégories grammaticales la traitent volontiers de madone. Il va sans dire que, dans leur bouche, cette madone ne renvoie guère à Giovanni Bellini, encore moins à Raphaël. La dénomination s?est changée en insulte. Il y a aussi des variantes régionales. Dans ce jeu de massacre à tir tendu, on peut à volonté la caparaçonner en Jeanne d?Arc, la Lorraine, ou l?affubler en Bécassine, la Bretonne.
Mais c?est la madone qui revient le plus souvent, son beau visage semblant exciter chez ses détracteurs une angoisse de castration. On voudrait voir Ségolène Royal incarner le bon vieux conformisme catholique. Jusqu?à son prénom dont on lui fait grief. Est-on responsable de son prénom ? Elle aurait raccourci le sien, la Marie-Ségolène des origines, pour avancer masquée et mieux dissimuler son passé d?enfant de Marie. Surprenante madone en effet, qui permit la distribution aux mineures, et sans autorisation parentale, de la pilule du lendemain.
Etrange madone, qui refuse dans son pacte présidentiel toute remise en cause de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l?Etat, et demande qu?on intègre à la Constitution une charte de la laïcité. Efficace madone, qui préfère prévenir que guérir. Des dispensaires dans les zones rurales, des soins gratuits pour les jeunes dont les parents n?ont pas de mutuelle, la contraception gratuite pour les jeunes femmes et la négociation de toute réforme sociale grâce à un syndicalisme au financement transparent et plus largement représentatif.
La candidature de Ségolène Royal à la présidentielle était déjà inscrite dans son triomphe aux élections régionales. La presse nationale n?avait presque pas parlé de la campagne qu?elle menait en silence sur ses terres du Poitou-Charentes. Je le connais ce pays-là, il est le mien. J?ai du côté de La Rochelle des attaches d?enfance et j?ai goûté mes premières huîtres avec mes premiers biberons. Je sais que ce pays ne se livre pas aisément, qu?il garde le secret de sa beauté, qu?il ne se jette jamais à la figure des gens. Ségolène Royal l?a conquis de haute lutte. Il n?est pas un village ni un hameau, il n?est pas une école, une ferme ou une entreprise qu?elle n?ait un jour visité.
Il y a du côté de Ségolène Royal et de son équipe un projet, encore inachevé, qui surprend parce qu?il privilégie l?action dans la durée et les réformes en profondeur. Elle veut éviter à la France de mourir d?une thrombose. Elle dérange. Mais, têtue comme elle est, elle tiendra ses promesses.
Oui, il y a un élan et une cohérence dans le projet de Ségolène Royal. Ce n?est ni le grand soir ni la grande illusion. C?est la volonté opiniâtre de remettre peu à peu chacun dans le jeu collectif quels que soient son origine sociale ou son sexe. De plus, les débats participatifs, la longueur et l?intensité de la campagne électorale, la rapidité (et la brutalité) des échanges sur Internet, permettent de libérer des forces qui seront précieuses au moment de passer à la réalisation des propositions. Faisons le pari que ce moment viendra.
<B>Nicole AVRIL
© Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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