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Ruby Kapoor, du cafard à la créativité

13 février 2005, 20:00

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Et si tout compte fait, l?ennui était productif ? Ruby Kapoor est de celles qui refusent de succomber à l?oisiveté. Originaire de Bombay, l?Indienne aux manières décidées est à l?image de sa cité. Effervescente, presque jamais calme. Le tohu-bohu du trafic routier semble imprimé dans sa circulation sanguine.

Dès la poignée de main, Ruby Kapoor bouillonne. Nous happe dans son univers en nous empoignant par les mots. Un vocabulaire syncopé, avec de brusques coups de klaxons, des virages à la corde, et rarement des coups de freins. Un inextinguible besoin de se raconter, qui ne cache rien de l?envers de son décor de rêve.

Expatriée depuis douze ans, c?est pour évacuer sa ?frustration? que Ruby Kapoor se lance dans la peinture. Nourrie du remue-ménage de l?activité humaine, la sérénité de Pointe-d?Esny est bien morne pour celle qui s?y installe en 1982. Le coin paradisiaque manque de basculer en enfer pour celle qui ne supporte pas le soleil, qui lui donne ?mal à la tête.?

Dans une existence de ?bourgeoise?, le shopping, les déjeuners avec les copines, les visites de ses deux filles chez le dentiste, ça ne remplit pas le quart d?une journée. Comment meubler deux douzaines d?heures quand une armée de domestiques s?occupe du ménage et de la cuisine ? Comment canaliser son énergie quand on est marié à un pilote de ligne chez Air Mauritius, qui vous dispense d?avoir à gagner votre croûte ?

Ce sont les vitres de la maison qui en feront le frais. À force d?attendre que les aiguilles de sa montre avance, la ?frustration? pousse Ruby Kapoor à jouer avec les couleurs. Le support qu?elle choisit : les fenêtres de sa résidence. Figuratif, abstrait, il n?est pas encore question de style, mais de manière d?exister. Suivent alors quatre ans à badigeonner.

Le visuel, ça la connaît. Ruby Kapoor possède un ?discret? diplôme en Visual Communication du Arts Institute d?Atlanta. Pour sa deuxième exposition, elle a choisi ni plus ni moins de reproduire des tableaux de maîtres. Son concept ? qu?elle ne se lasse jamais d?expliquer ? jouer avec la lumière. Jongler avec transparence et opacité pour que s?animent des constructions signées à l?origine par les maîtres : Picasso, Van Gogh, Gaugin, Renoir, Matisse? Des couleurs posées sur des plaques de verre de trois pieds par trois pieds.

<B>S?entendre appeler la star</B>

Une collection qui ne pouvait avoir autre thème que Reflection. Vingt-sept pièces seront exposées du 23 au 27 février à l?hôtel Labourdonnais. Un thème que d?aucuns pourraient juger prétentieux. Mais Ruby Kapoor est la première à revendiquer sa part de vanité. À l?assumer avec ce naturel déconcertant qui fait les personnalités qui ne butent pas souvent contre des portes fermées. Se moquant un peu d?elle-même et gentiment des autres, Ruby Kapoor affirme dans un sourire, ?je n?achète le journal que quand je sais qu?il y aura ma photo dedans. On a fini par me demander si je payais pour que ma photo soit publiée aussi souvent, mais je n?y peux rien si l?objectif m?aime bien. Et puis, c?est pas plus mal de s?entendre appeler la star.?

Une vérité facile à avaler quand on voit le soin qu?elle met à se recoiffer avant que le photographe ne lui tire le portrait. ?I hope you?ll make me look damn pretty,? lui ordonne-t-elle, moitié coquette, moitié impératrice. Consciencieusement, Ruby repoudre son nez. Rajuste son haut safrané à effet toile d?araignée. Montre le profil droit, puis le gauche. Réagit devant l?objectif un peu comme dans ces films qui caricaturent les séances de photos de mode. Ses cinq minutes de lumière terminées, le visage à l?instant rayonnant de Ruby Kapoor se transforme en une petite moue boudeuse : ?Ce fut très rapide?, dit-elle un peu déçue. Les flashes qui crépitent ne l?aveuglent pas. Bien au contraire. Appuyant sur les mots, elle ressort- comme des certificats triomphants ? des souvenirs des jours où elle animait Countdown, à la MBC-TV, au début des années 80. Plus de 20 ans plus tard, Ruby Kapoor devient Monica Varma pour les besoins d?un talk-show sur Top FM.

Sans reprendre son souffle, Ruby Kapoor, également collaboratrice à l?express Outlook livre des bribes d?une enfance protégée dans une famille de pilotes. Son père, son beau-père, son frère, son mari. Tous ont pris la voie de l?air. Laissant Ruby faire face à l?absence et l?inaction. À son tour, elle s?apprête à s?envoler dans les salons du Labourdonnais.

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