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Rodrigues l'île orpheline

30 juillet 2006, 00:00

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Port-Mathurin, ce samedi matin. Un petit attroupement devant l?Assemblée régionale. Cela n?a rien à voir avec la politique, c?est simplement le Mauritius Pride qui accoste. Un peu plus loin, les gens font leurs courses tranquillement dans la traditionnelle foire. Pourtant on aurait pu s?attendre à un climat de tension, eu égard à la crise politique sans précédent que connaît Rodrigues.

« Nous sommes en état de choc. Les gens ne réalisent pas vraiment que Serge Clair est parti », confie Jean-Alex, un jeune marchand de journaux. Les gens jettent un coup d??il rapide sur les titres qui annoncent que c?est le Mouvement rodriguais (MR) qui détient désormais la majorité à l?Assemblée régionale. Et ils passent leur chemin.

« C?est vendredi qu?aura lieu la prestation de serment du nouveau chef commissaire et de son équipe. Et c?est alors que le changement à la tête du pays sera officialisé », explique un responsable de la police.

Il nous assure que les policiers, venus en renfort de Maurice, n?ont pas eu à intervenir. « Il n?y a pas eu de dérapages entre les partisans. » Toutefois, quelques incidents isolés ont été signalés ça et là, mais aucun serait lié à la transition qui se prépare.

« Je suis un homme libre »

En attendant que le nouveau commissaire, Johnson Roussety, soit élu, l?île se retrouve orpheline d?un gouvernement régional et d?une opposition. Cette absence à la tête de l?île provoque le désarroi et l?incompréhension de la population. L?ancien député, France Félicité, trouve la situation « pas correcte ». Jean-Claude Pierre Louis, l?Island Chief Executive, se contente, lui, d?« expédier les affaires courantes », le temps que le vide institutionnel se comble.

Dix heures à Mont-Lubin. Serge Clair et son épouse installent des chaises sous la varangue de leur maison. Dans une trentaine de minutes, il animera sa première conférence de presse en tant que simple membre de l?opposition. « Je vais bien. Je suis un homme libre », nous déclare-t-il. Plus tard, entouré des membres de l?OPR, il explique comment la proportionnelle a fait basculer le pouvoir. « Ce qui s?est passé à Rodrigues est une leçon pour Maurice. Il est temps qu?on adopte une loi-anti transfuges afin d?éviter une pareille situation. »

Pas de « chasse aux sorcières »

Se disant nullement découragé, Serge Clair déclare être prêt à affronter le MR lors des prochaines consultations. « Il faut des élections générales anticipées. Le plus vite sera le mieux. » Son parti est déjà en campagne électorale. Et c?est parti pour une longue série de critiques contre les « transfuges Mercure et Castel », contre son rival Johnson Roussety « qui avait affirmé qu?il ne voulait pas de transfuges ». Et puis cet appel au président de la République : « Vous n?avez pas le droit moral de cautionner par votre présence ceux-là même qui ont bafoué le vote des partisans de l?OPR. »

Au même instant, Nicolas Von Mally, le leader du MR, anime son point de presse à Port-Mathurin, avec Johnson Roussety à ses côtés. La décontraction contraste avec le sérieux de Mont-Lubin. « L?espoir peut renaître pour le pays. Le nouveau chef commissaire et son équipe sauront relever le défi malgré la situation économique catastrophique. »

Un slogan que Von Mally a sans doute retenu à Maurice, tant il est utilisé à tous les coups.

Le MR promet qu?il n?y aura pas de « chasse aux sorcières » et que tout le monde devra « travailler ensemble » pour relancer l?économie. « On va favoriser la compétence, peu importe la couleur politique. » Une Business and Investment Unit sera mise sur pied pour aider à la création d?emplois.

En attendant que les promesses du MR se matérialisent, que les intentions de l?OPR (de se lancer dans une énième campagne électorale) se précisent, l?incertitude plane toujours. Est-ce que le prochain chef commissaire et son équipe se contenteront de gérer une période de trois mois comme « caretaker committee » ou prendront-ils le relais pour boucler le mandat de l?OPR qui se termine en septembre 2007 ? Y aura-t-il des partielles entre-temps, personne ne le sait à ce jour. Le peuple rodriguais est comme un enfant orphelin, incertain quant à son sort immédiat et futur?

Nad SIVARAMEN de Rodrigues

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