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Robert Scheiber, Monsieur océan Indien

24 octobre 2007, 00:00

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Robert Scheiber, Monsieur océan Indien

Notre actualité de 2007 est aussi faite d?échéances régionales que nous impose l?Europe élargie et de moins en moins soucieuse de ses anciennes colonies ACP. Après avoir semé la zizanie totale entre les différents peuples africains, pendant les longs siècles de colonisation mais aussi d?esclavage et d?exploitation du colonisé par le colonisateur, de l?homme noir par l?homme blanc, après nous avoir imposé des ancêtres gaulois, saxons, wallons, flamands, teutons et même latins, après avoir tracé, à la règle berlinoise, des frontières que nous nous entêtons stupidement à respecter, après avoir même démembré certains territoires africains (les Chagos, Mayotte, le Sahara espagnol) et fomenté des guerres sécessionnistes quand il ne s?agit pas de coups d?Etat, après avoir maintes fois sauvé la peau de tyrans sanguinaires et même cannibales, véritables ennemis No 1 de leur peuple, mais distributeurs connus d?alléchants dessous de table, de commissions occultes, de caisses noires et parallèles, quand il ne s?agit pas plus prosaïquement de diamants offerts à des cousins, voilà que l?Europe joue les professeurs de morale, de vertus et de bonnes manières. Elle, en guerre de l?an 1000 à l?an 2000, oblige les Etats de cette Afrique émiettée et morcelée par elle, à se regrouper et à s?inventer des intérêts régionaux. Elle rend encore plus ardue et plus controversée l?aumône, qu?elle veut bien nous promettre, à titre de mesures d?accompagnement, après l?abolition unilatérale de toutes les conventions de Yaoundé, de Lomé, de Cotonou, au nom de la Mondialisation, ce nouvel ordre économique planétaire, inventé afin d?enrichir encore les nations riches et appauvrir davantage les Etats pauvres, y compris ceux rongés par la désertification, le manque d?eau ou perpétuellement menacés par les cyclones, les tsunamis, le réchauffement de la planète. A l?heure où Flamands et Wallons déchirent le royaume de Belgique, quand l?ETA basque défie la royale autorité madrilène, quand les moutons blancs chassent les moutons noirs et pas seulement des prairies helvétiques, émerge, dans nos souvenirs, la fraternelle silhouette de Robert Scheiber.

Jamais un Européen n?aura autant combattu et milité pour faire de nos peuples malgache, comorien, seychellois, mahorais, réunionnais, rodriguais, chagossien, agaléen et mauricien, une véritable fratrie indocéanique par le truchement, entre autres, d?une Commission de l?océan Indien (COI), capable, espérait-on, de rapprocher ces peuples frères d?îles s?urs mais que ronge et épuise le débilitant complexe d?insularité.

En octobre 1982, Robert Scheiber, docteur en droit, devient le représentant à Maurice de la CEE avec juridiction sur les Seychelles, les Comores, la Réunion et Mayotte. En début de carrière, il est journaliste et même correspondant du Monde d?Hubert Beuve-Méry et de l? ?Associated Press?. Le conseil de l?Europe lui confie son département Presse et Information. Depuis, il occupe diverses fonctions, dont celles de secrétaire de la Convention de Yaoundé, de délégué de la CEE à Madagascar, au Cameroun et, en 1982, à Maurice. A ce titre, il est étroitement lié à l?association de Maurice à la Convention de Yaoundé, en 1972. Plus tard, il guidera les premiers pas de la COI qu?il porte littéralement sur les fonts baptismaux. Il en sera le premier directeur, traçant la voie de ce que doivent être et faire, ceux et celles qui, après lui, devront la diriger afin que l?avènement d?une authentique fratrie indocéanique ne soit plus un objectif, sans cesse reporté aux calendes grecques, mais une réalité vécue au quotidien et dispensant ses fruits entre ses citoyens membres, en commençant par les plus démunis.

En tant que délégué de la CEE à Maurice, d?abord, et secrétaire de la COI, ensuite, Robert Scheiber se multiplie. Il est partout. On le rencontre partout et toujours le plus aisément du monde car il n?attend jamais qu?on vienne à lui. Il est toujours le premier à aller vers autres et plus particulièrement vers les journalistes, ses confrères, car il connaît autant qu?eux la valeur inestimable de la communication que seule peut assurer en plénitude la presse écrite et parlée. Il multiplie les occasions de réunir les journalistes des différents pays indocéaniques pour leur communiquer ses convictions régionalistes, sa foi dans la fraternité d?une Humanité nouvelle, transcendant les frontières et les divisions. Il n?hésite pas à inventer des prétextes pour aller visiter les journalistes de l?océan Indien sur leurs lieux de travail, dans leurs salles de rédaction. Son amitié ouverte et communicative est irrésistible. Il suffisait de le rencontrer et de bavarder quelques minutes avec lui pour se sentir davantage indocéanique.

Aux diplomates présents à Maurice, en 2007, comme aux fonctionnaires de cette COI, de plus en plus invisible, nous souhaitons seulement qu?on puisse penser autant de bien de vous, dans un quart de siècle, qu?on peut le faire, en 2007, de l?inoubliable Robert Scheiber.

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