Publicité

Revoir son île et y mourir

21 novembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Noëlline Paul a la mémoire qui flanche ces derniers temps. Ses 74 ans lui pèsent, et elle ne se souvient plus des dates d?anniversaire, ni de l?année de la disparition de son mari et de leurs trois enfants à Peros Banhos. Les traits de leurs visages s?estompent peu à peu de sa mémoire. Parfois, elle a même l?impression de perdre le fil de ses pensées.

Pourtant, elle n?a pas oublié la vie paisible qu?elle menait sur l?archipel des Chagos. « Mo Peros, mo Diego, zame mo pas pou blie », lance-t-elle, les larmes aux yeux. Va-t-elle retrouver un jour cette vie de jadis ? Noëlline le souhaite ardemment. Son c?ur brûle de ce fol espoir. Dans ses songes elle se voit fouler le sable blanc de Peros Banhos et caresser la mer du regard. « Zot dir nou pou kapav al fer enn visit lane prosenn. Mo ti a kontan al lor tom mo fami. Mon désir c?est d?être enterrée auprès d?eux. » (voir hors-texte)

<B>La fin d?une vie idyllique</B>

Le rire des enfants résonne encore à ses oreilles. « Mo lepok pa ti ena lekol.

Kan nou grandi, nou donn nou paran lame travay. » La vie s?écoulait ainsi, ponctuée par la messe dite par le prêtre venu de Maurice. « Nou lasante pa ti frazil. Aster boukou finn gaign diabet ek tension. »

À Peros Banhos, il n?y avait pas non plus de cyclone, « forse enn gran divan zet enn de pie ». Les fêtes se déroulaient invariablement sur la plage, autour d?un feu de camp. « Letan mo koze sa mo frisone. »

Pour manger, il n?y avait pas de souci à se faire. « Nou pa aste narien. Ti ena poul, kanar, legim. Parfoi avek mo misie nous ti al lor pirog pou lapes ek la ligne. » Les pêcheurs ne rentraient jamais bredouille, et la mer était toujours généreuse. « Letan ou dibout ou trouve poisson. Kan lamer ba ou nek ena pou verse pou trap poisson. »

Un jour pourtant, elle est contrainte de quitter cette vie idyllique. C?était vers la fin des années 60, et Noëlline doit se rendre aux Seychelles pour une opération délicate. En quittant son île ce jour-là, elle ne se doute pas qu?elle ne la retrouvera plus jamais. « Enn zour mo gaign enn let depi Maurice. Mo ser dir moi bann zil inn ferme, ki nou pa pou retourne Diego aster. Mo ti gaign move sok. Mais mo finn dir li less-li, enn zour nou pou retourne. »

C?est cet espoir qui l?a gardée en vie pendant toutes ces années passées à Maurice. Veuve à 26 ans, sans enfants, elle débarquera chez sa s?ur, Lisette, à Pointe-aux-Sables avec pour seul bien sa valise. « Nou lavi ti bien difisil. Pour vivre à Maurice, il faut de l?argent. Je n?avais pas de travail sans parler de certaines personnes malveillantes qui se moquaient de nous », dit-elle.

Julia, sa vieille mère malade et aveugle, ne supportera pas le déracinement. « Tou letan li ti pe koz Diego. Finalman li finn mor avec sagrin. Kan mo mazinn tousala mo latet fatige. » Noëlline Paul souhaite aujourd?hui accomplir un pèlerinage dans ses chères îles. Au nom de sa mère.

<B>Trois jours aux Chagos?</B>

C?est le 16 novembre que Bill Rammel, le sous-secrétaire d?État aux Affaires étrangères et au Commonwealth, a annoncé qu?une centaine de Chagossiens pourront se rendre sur leur archipel en avril prochain. Olivier Bancoult, du Groupe réfugiés Chagos (GRC), souhaite que la visite puisse s?étendre à Diego Garcia, Peros Banhos et Salomon. « Nous demanderons de pouvoir passer trois jours dans chaque île, pour donner la chance aux Chagossiens de pouvoir se recueillir sur les tombes de leurs familles. » La liste des éventuels visiteurs sera soumise aux membres du GRC d?ici la fin de la semaine prochaine. « Nous n?oublierons pas ceux qui vivent aux Seychelles et les membres du Comité social des Chagossiens. »

Publicité