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Rencontres virtuelles :pas toujours « Net »

6 décembre 2003, 20:00

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«J eune couple cherche jeune fille entre 22 et 30 ans pour faire connaissance et plus si affinité » ; « Salut vous les hommes. Nous sommes un groupe de filles et nous voulons jouir avec des hommes ou des garçons : les discothèques, la plage, s?amuser, l?amour et jouir (N.D.L.R. : ici on donne même les numéros de téléphone portable à contacter). Et faites vite » ; « Salut les filles. Suis une fille de 20 ans et suis bisexuelle. Cherche filles bisexuelles seulement pour le plaisir sexuel, rien que le plaisir, l?amour hard quoi ! » Ceux qui, il y a quinze jours, s?amusaient à éplucher la rubrique « Rencontres » du site Servihoo, n?ont sans doute pas dû rater ces trois petites annonces très particulières qui figuraient parmi d?autres du même acabit. Mais, il faut être honnête, car il n?y a pas que du sexe. De nombreuses annonces donnent l?impression d?être sérieuses, comme celles de ces célibataires ou divorcés (es) à la recherche d?un bon parti ou d?une seconde chance dans la vie, ou encore ces jeunes qui cherchent des amis avec lesquels ils pourront s?éclater pendant les vacances. Si certains se contentent des rencontres virtuelles et ne vont pas plus loin, d?autres souhaitent des contacts plus? physiques. Quoi qu?il en soit, ce qui sûr, c?est que les rencontres classiques ont pris de vilaines rides et que ceux qui désirent séduire leur partenaire doivent se plier aux règles du changement et adopter de nouvelles techniques de drague. Sur le Net, par exemple.

Mais qu?est-ce qui explique cet engouement soudain pour les rencontres vite faites, quitte à se jeter dans l?inconnu avec tous les risques que cela peut impliquer ? Cayum Jahangeer, psychologue, et chargé de cours au Mauritius Institute of Education (MIE) et Martine Henne-quin, psychologue clinicienne, nous donnent leur avis sur la question.

Le premier attribue ce phénomène à l?évolution de la société, à l?avancée de la technologie et aux fantasmes. « Il y a cette sensation de liberté totale où l?on choisit si l?on veut ou non dévoiler son identité, surtout si l?individu est timide. Ici, on n?a pas besoin de flirt ou d?intermédiaire, sans compter cette dimension d?aventure et de fantasme qui est amplifiée par le fait que l?on peut laisser courir son imagination sur son interlocuteur. Ce sont là autant de choses qui ajoutent au plaisir ! », explique-t-il. Martine Hennequin est du même avis : « Ce qui est fascinant, c?est d?envisager de trouver le prince charmant de la manière la plus simple qui soit, et qu?il soit là, disponible, au bout de quelques phrases tapées sur le clavier. Cela permet d?abord une très large palette de fantasmes que l?on a sur ce fameux prince charmant car on ne le connaît pas encore vraiment : on ne voit pas son visage, sauf pour ceux qui utilisent une webcam?, on n?entend pas le son de sa voix, on peut donc lui prêter toutes les qualités que l?on veut. Tous les espoirs sont permis, et c?est cela qui est très excitant dans toute rencontre virtuelle. Il est vrai aussi que le facteur temps n?est plus le même, que les étapes préalables à la relation amoureuse sont franchies beaucoup plus rapidement qu?en temps « réel » et que cela convient mieux à beaucoup de personnes qui sont impatientes de trouver l?âme s?ur », fait-elle ressortir.

Le profil de ce type d?internaute, selon Cayum Jhangeer, n?est pas forcément jeune, même si les ados constituent la majeure partie du lot. En effet, le psychologue pense que les moins jeunes sont beaucoup plus nombreux qu?on ne le croit. « Ce qui est sûr, c?est qu?ils disposent du matériel nécessaire, du temps et de l?argent, car pour ce genre d?activité, il en faut beaucoup et il existe des services spécialisés payants qui peuvent vraiment corser la note. C?est comme un jeu du hasard où l?on gagne mais où l?on perd aussi », dit-il. Martine Hennequin situe, quant à elle, les mordus du chat dans la tranche d?âge de quinze à vingt ans. « Pour eux, les heures passées devant l?ordinateur augmentent de jour en jour au point où ils finissent par délaisser leur vie sociale. Ils restent alors scotchés devant leur écran. Il est vrai que beaucoup de liens d?amitié se créent sur le Net et que certains se transforment en amour? entre guillemets bien sûr, car je pense qu?il manque toujours cet ancrage dans la réalité qui est nécessaire dans toute vie de couple. Il me semble qu?une relation amoureuse virtuelle ne peut pas se pérenniser sans ancrage dans la réalité, c?est-à-dire, sans rencontre physique, sans confrontation avec un certain nombre de situations réelles de la vie quotidienne. Il est nécessaire de passer par cette transition entre le virtuel et le réel, pour espérer que la relation dure dans le temps », souligne-t-elle en ajoutant toutefois que ces rencontres permettent à l?individu de se sentir moins seul.

Selon elle, beaucoup de ceux et celles qui sont à la recherche d?une rencontre sur le Net, vivent sur le plan personnel une solitude plus ou moins importante ou ont connu de la frustration dans leur famille ou dans leur couple. Il y a, affirme- t-elle, un manque affectif qui est vécu douloureusement et qui est compensé par la rencontre virtuelle au cours de laquelle l?individu se rend compte qu?il y a d?autres personnes qui se trouvent dans la même situation de solitude. « Cela est très réconfortant, on a quelqu?un à qui se confier. De plus, beaucoup de ces dialogues amoureux restent totalement anonymes, ils ne risquent donc pas d?affecter notre vie réelle. Ce qui résulte en un clivage entre vie réelle et rencontres virtuelles. C?est comme si la personne menait une double vie. Cela ajoute au fantasme », dit-elle. Cependant, les psychologues préconisent la modération, au risque de devenir cyberdépendant et de peu à peu se couper de la réalité pour vivre dans un univers totalement virtuel.

Selon Cayum Jahangeer, ce phénomène est considéré comme une nouvelle pathologie. Des psychologues et psychanalystes travaillent sur cette dépendance pour analyser leurs conséquences sur le plan social et individuel. Voilà un phénomène qui est bien de notre époque .


« Ce qui résulte, c?est un clivage entre vie réelle et rencontres virtuelles. C?est comme si on avait une double vie. Cela ajoute au fantasme.»

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