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Réserve de Naturel

12 mars 2007, 00:00

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C?est, à première vue, un profil atypique que celui de Pushpa Seepaul. À 22 ans, cette titulaire d?une licence en biologie de l?université de Maurice vit sa passion pour la conservation comme la racine qui se nourrit du ferment de la terre.

Entre elle et la nature, c?est comme un pacte secret. Cela ne tient pas à un naturel sauvage. C?est sans timidité qu?elle accepte de rencontrer le journa-liste, sur l?Ile-aux-Aigrettes, ce lieu magique où la flore et la faune mauriciennes retrouvent leurs ailes, aidées de toute l?équipe de la Mauritian Wildlife Foundation.

Y aller, c?est vraiment sortir de chez soi, de l?indifférence obligée à laquelle nous condamne le consumérisme pressé. Même si, comme la plupart des visiteurs, cela n?est pas pour faire du fieldworking, mais pour se ressourcer. Le bras d?eau turquoise, l?air tonifiant de la mer, le majestueux défilé des montagnes de Grand-Port-Savanne, sont d?ailleurs un bref, mais sublime, prélude et une mise en bouche pour les sens.

On approche de la petite jetée au bout de laquelle se tient déjà la jeune femme. Ici, très peu d?arbres ont été affectés par le cyclone Gamède. ?Normal, car la plupart sont des espèces endémiques, donc parfaitement adaptées au climat local.?

?Pushpa travaille donc à ce qui l?intéresse : la vie dans le milieu naturel, et sous ses formes les plus menacées.?

Pas évident, penserait-on, de s?isoler avec d?autres professionnels de la conservation sur une île six jours sur sept. Mais la jeune chercheuse de la MWF est là par choix. Un choix rendu facile par le soutien de ses parents.

Pushpa, toujours disponible pour ses amis guides de la MWF, Diane, Gianie et Rudy, n?est pas quelqu?un qui est là par rejet du monde. ?Je me suis passionnée tôt pour la biologie et je ne voulais pas finir dans un laboratoire?. Pushpa travaille donc à ce qui l?intéresse : la vie dans le milieu naturel, et sous ses formes les plus menacées.

À l?Ile-aux-Aigrettes, elle se consacre avec deux chercheurs étrangers au cardinal de Maurice, ce rouge-gorge dont le gringottement avait fini par disparaître de notre vocabulaire des cours, et avec ces cours, de notre vie, laissant la place chez les témoins les plus âgés à la seule nostalgie du paradis perdu... et au cardinal de Madagascar, aperçu avec surprise sur une vieille branche dans un impro-bable jardin.

Pushpa est de celles et de ceux qui ont recueilli ces passereaux, qui contrairement à ceux de la Grande-Île, furent les aides de camp ailés de notre emblématique dodo sur l?oasis béni de l?îlot aux rescapés, rares survivants de la bataille que l?homme a cru remporter sur la nature.

En décembre, après avoir bénéficié de trois années d?observation, de ravitaillement, de soins en milieu naturel, ces Mauriciens d?avant Maurice de Nassau furent 100 paires à prospérer. Au fond d?un sentier bordé d?une nature première, grouillante, accueillante, confiante, peu soucieuse des prédations, innocente et douce comme un peuple des forêts.

C?est dans ce cadre harmonieux qu?on rejoint Pushpa, au local de la MWF, un rustique campement de pierres et de tôle. Sur la varangue, un beau Telfair (grand lézard) promène sa silhouette argentée, se remplissant les narines de l?air aux parfums insoupçonnés, le regard ouvert sur un monde ignoré des microscopes, mû par la grâce que les poètes n?ont pu que graver. Un cardinal atterrit dans la cuisine, reprend sa mission avant qu?un ramier ne poursuive son inspection des broussailles.

L?ancienne collégienne du Droopnath Ramphul SSS, au sourire discret, semble complice de ce jeu inconscient. Le métier qu?elle exerce n?est pourtant pas de tout repos. Il demande une endurance et une patience de tous les instants. Ce n?est certes pas non plus un moyen de faire fortune.

C?est à l?université, encouragée par le professeur Vincent Florens, qu?elle a décidé de s?orienter vers la conservation et de consacrer le sujet de son mémoire de licence au désherbage en milieu naturel par les pesticides. ?Cela n?est possible que localement, après observation?, nous prévient-elle. Sa recherche, elle l?a menée à la Vallée de l?Est, à quelques encablures d?une vallée autrement médiatisée, celle de Ferney.

Lors de ses études universitaires (elle prépare actuellement sa maîtrise en Conservation), elle n?a pas été seule à épouser la cause environnementale : ses camarades de classes, de Schoma à Bhamini, sans oublier Yuvna se sont toutes prises d?une égale passion pour la sauvegarde du patrimoine naturel. ?Pour moi, faire ce travail c?est aussi le faire pour mon pays.?

Qui parle donc de jeunes dés?uvrés, de génération perdue, d?oisifs, matérialistes et sans vraies passions ? Certes, ils ne courent pas encore les rues, les Mauriciens qui travaillent pour l?écologie. ?On ne connaît pas assez bien les métiers de la conservation. Ce n?est pas par manque d?intérêt. Mais je rencontre souvent des gens ordinaires qui me posent des tonnes de questions sur ce que je fais.? L?intérêt est là. Reste à agir.

On peut donc comprendre l?enthousiasme de Vikash Tatayah, Conservation manager à la MWF, lorsqu?il a reçu la lettre de candidature de Pushpa pour travailler au sein de cette organisation.

À sa façon, elle est une pion-nière. Gageons qu?elle fera école car elle est de celles qui laissent une trace durable derrière elle. Sur le chemin du retour, retrouvant la mer si verte et si belle, nous en sortons le c?ur tout ragaillardi.

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